Rs 520 millions comme Management Grant et Rs 20 M pour la Performance Grant à 86 collèges pour l’année financière 2020-2021

PSEA Staff Association: « L’élimination de l’exercice des évaluations annuelles des bâtiments est un Blank Cheque to managers »

Les dernières manifestations d’élèves  au sein du Mauritius College – et ayant contraint la Private Secondary Education Authority (PSEA) à y dépêcher trois inspecteurs la semaine dernière pour écouter enfin les nombreux griefs des élèves et ceux du personnel – relancent les débats dans le secondaire privé subventionné et dans le public sur l’utilisation des Grants octroyés par le gouvernement pour le bon fonctionnement des établissements.

L’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE) dénonce régulièrement l’état physique déplorable de certaines écoles et d’autres manquements et fustige la Private Secondary Education Authority (PSEA) pour l’absence de contrôle quand ce n’est pas carrément l’attitude  « accommodante » de cet organisme envers des  managers qui font fi de certains règlements. En effet, des 86 collèges Grant-Aided (incluant 8 à Rodrigues) un certain nombre d’entre eux ne sont pas « up to standards » et l’organisme de contrôle est parfaitement au courant de cette situation depuis plusieurs années. Selon le constat des officiers de la PSEA,  les écarts de certains opérateurs se seraient amplifiés avec la décision de cet organisme d’abolir   l’« Assessment of Physical and Recreational Facilities » avant le déboursement des Grants. « True, the Assessment Forms and Modus Operandi for Payment of Grants needed to be revamped, but certainly not by giving blank cheques to managers » écrit la PSEA Staff Association dans une lettre à la vice-Première ministre et ministre de l’Education, Leela Devi Dookun-Luchoomun.

D’abord, il faut savoir que la PSEA est l’organisme de contrôle des collèges privés recevant des subventions de l’État, et des établissements payants. Quant au secondaire subventionné, cet organisme paie directement au personnel enseignant et non-enseignant leurs salaires; pour cette année financière l’enveloppe salariale et autres Staff Costs s’élèvent à Rs 3,9 milliards. En revanche, pour ce qui est du financement d’autres dépenses relatives au fonctionnement de l’école (entretien des bâtiments et de la cour, facilités pédagogiques et récréatives, dépenses administratives, entre autres), la PSEA verse aux écoles ce qui est connu un Management Grant et dont le budget global s’élève à Rs 520 millions pour cette année financière. Et les 86 collèges subventionnés perçoivent aussi depuis quelque temps une Performance Grant à Rs 20 millions dans le budget de l’Education pour  2020-2021. Ces Grants sont répartis ensuite aux 86 collèges concernés, qui reçoivent chacun un Block Grant, le montant variant en fonction du nombre d’élèves et d’autres critères (superficie de l’école/bâtiments, laboratoires/specialist rooms, facilités récréatives etc.).

Cependant, d’après le constat de l’UPSEE, l’environnement physique de certaines écoles s’est   « détérioré » en dépit des subventions que reçoivent les managers.  « Les récentes manifestations au Mauritius College contre  l’état déplorable des infrastructures et contre d’autres problèmes qui perdurent ne sont pas un cas unique. C’est clair qu’il y a une mauvaise utilisation des fonds publics de la part de certains managers lorsqu’on voit l’environnement honteux de leurs écoles », estiment les dirigeants de l’UPSEE. Toutefois, ce syndicat de même que des officiers de la PSEA reconnaissent qu’un bon nombre de collèges opèrent « dans un cadre remarquable et offrent un service de qualité ». Et d’affirmer : « Il y a certainement des collèges qui sont bien gérés et ont constamment amélioré leurs infrastructures, sans compter qu’il y a de bonnes relations entre employeurs et employés. »

Ce syndicat souligne la situation économique difficile dans laquelle se trouve le pays et de ce fait, le  gouvernement, selon eux,  « le gouvernement ne peut continuer à être généreux envers les collèges privés qui ne donnent pas satisfactionL’argent est donné pour le développement de l’école et il ne faudrait pas que certains directeurs trichent sur cette question. » L’UPSEE réclame donc que « dans l’intérêt des enfants et de l’éducation en général, il faut un meilleur système de contrôle sur les fonds alloués aux collèges privés ? »  Au vu de la diminution du nombre d’élèves, plusieurs propriétaires de collèges  auraient décidé de ne plus investir dans l’amélioration des locaux. « C’est révoltant parce que les managers  continuent à percevoir l’argent des contribuables », fait ressortir ce syndicat. Il y aurait aussi d’autres pratiques abusives de la part de certains managers, dont le recours aux School Attendants pour entreprendre des travaux d’entretien et de jardinage à leur domicile et sur d’autres sites à l’extérieur de l’école.

Du côté des managers, quelques-uns d’entre eux ne nient pas que les écarts de certains opérateurs peuvent  ternir l’image de l’ensemble du secondaire privé et ils suggèrent donc aux autorités de sanctionner des  personnes qui useraient de Grants pour d’autres projets ne correspondant pas aux objectifs de cette subvention gouvernementale. « Au lieu de mettre tout le monde dans le même panier, les autorités devraient prendre des actions à l’encontre des mauvais élèves, c’est-à-dire, les écoles qui ne sont pas Up To Standards », est d’opinion Ramparsad Mungar, Manager du New Educational College, situé à Bel-Air.

A l’heure où les managers des collèges privés subventionnés réclament la révision du quantum du grant – ayant expiré en 2018 – les mauvaises pratiques de certains responsables risquent de faire tâche dans les négociations.

Y aurait-il des manquements de la part des inspecteurs de la PSEA ? « Les supervisors sont au courant de certains manquements mais ils ne peuvent agir »,  affirme un cadre de cet organisme. « Il y a effectivement un manque de contrôle parce que la direction de la PSEA a aboli les évaluations régulières qui étaient sous la responsabilité des  supervisors », explique-t-on. Et celui-ci de souligner : « Autrefois, les supervisors avaient les mains libres pour entreprendre des inspections et faire des rapports sur certains travers constatés. C’est la direction de la PSEA qui est à blâmer et non les officiers. »

En mai dernier, la PSEA Staff Association, irritée par des critiques venant de la direction à l’encontre des supervisors, a déballé dans une lettre à Leela-Devi Dookun-Luchoomun, vice-première ministre et ministre de l’Éducation, les contraintes auxquelles sont confrontés ces employés dans l’exercice de leurs fonctions. « Supervisors have suffered severe humiliation and have resisted the threats and arrogance of certain owners/managers who succeeded in getting rid of the erstwhile efficient control by the Authority », écrit Girish Ramsahye, alors le président du syndicat.

Des employés de la PSEA ayant une parfaite connaissance du secondaire privé subventionné ainsi que d’anciens cadres de cet organisme à la retraite n’hésitent pas à avancer que ce secteur d’activité « représenterait un business lucratif » pour certains opérateurs. « Tout le monde sait qu’il n’est pas facile de gérer de nos jours un établissement scolaire et pourtant quelqu’un est devenu durant ces dix dernières années le nouveau propriétaire de quatre collèges …  », invoquent pour leur part les  dirigeants de l’UPSEE.

Au sein de la PSEA, on fait état d’une somme de Rs 2 millions que la direction d’un collège de Curepipe paierait par an à un … ancien manager à la retraite et ce déboursement est fait à partir du Management Grant. Cette découverte il y a quelque temps a motivé la direction de la PSEA à venir avec la mesure suivante, stipulée dans une lettre aux écoles le 27 août  dernier : « The authority will entertain payment of grants only if the bank account is in the name of the private secondary school ». Soulignons que la majorité des collèges privés subventionnés appartiennent à des compagnies ou sociétés, voire Trusts. Les Managements grants et les Performance Grants sont versés à ce jour sur le compte bancaire de ces entités et non selon le nom des écoles. Selon nos informations, certains propriétaires de collèges ne seraient pas contents de cette décision de la PSEA de changer la pratique de paiement et envisagent même de contester cette mesure en Cour.

Affaire à suivre…

PSEA Staff Association : « Des propriétaires de collège allergiques à la présence de Supervisors »

Le syndicat du personnel de la PSEA dénonce dans un courrier à la ministre de l’Éducation, et en des termes sévères, la décision de la direction de la PSEA de mettre fin au mécanisme de contrôle du fonctionnement des collèges privés percevant l’argent des contribuables. Selon ce syndicat il est impossible que le directeur de cet organisme n’ait pas été au courant des conséquences d’un tel changement sur l’environnement scolaire. Voici ce qu’écrit le syndicat :

« The gradual disappearance of Assessment of Physical and Recreational Facilities meant for the purpose of payment of grants and its replacement by a ‘Block Grant’ with relaxation on accountability from the recipient is the result of a force operating both within the Authority and from outside (i.e.; from certain Managers who are the fat cats of the Sector). The Director who represented the Authority in the group cannot be unaware of the repercussion. True, the Assessment Forms and Modus Operandi for payment of grants needed to be revamped, but certainly not by giving blank cheques to Managers. Supervisors took note of the consequences of this new grant formula only after being allowed to visit schools in the context of verification of Norms and Standards of facilities in 2019. The list of problems associated with the Block grant Formula is exhaustive but beyond any doubt, the loser is obviously the student.

(…) Supervisors used to submit a comprehensive School Report for each school to the Director at the end of the year. The Report graded various aspects of the school to be used as basis for recommending the Renewal of Registration or otherwise of schools to the PSEA Board. It was a vital tool to encourage schools to improve every year. This Report was banned to the satisfaction and pleasure of a few school owners who are allergic to the presence of Supervisors in their school premises”.

L’UPSEE avance : « L’enquête de la PSEA au Mauritius College est biaisée »

L’UPSEE salue la démarche de la PSEA de dépêcher des inspecteurs au Mauritius College pour enquêter sur les plaintes des élèves ayant débouché sur des manifestations en deux occasions. Mais ce syndicat  exprime de sérieuses réserves quant à la manière dont se serait déroulé l’entretien mené par ces officiers de la PSEA. « Cette enquête ne s’est pas déroulée d’une manière objective et libre. Nous avons eu des informations selon lesquelles la direction de l’école avait déjà choisi des élèves et les membres du personnel que les supervisors devaient questionner.  Nos membres nous ont parlé aussi de tentatives d’intimidation et que la direction serait déjà au courant du contenu du rapport que soumettront les supervisors et qui serait en sa faveur. C’est une enquête biaisée et nous avons dénoncé cette manière de faire dans une lettre à la PSEA.  Nous réclamons  une nouvelle enquête et demandons que les interrogatoires se déroulent cette fois à la PSEA pour plus de transparence. Nous prendrons d’autres actions au cas où les autorités ignorent notre appel »,  a déclaré hier au Mauricien Bhojparsad Jhugdambi, président de l’UPSEE.

Le Mauricien a essayé de joindre au téléphone à plusieurs reprises jeudi et vendredi dernier les responsables de ce collège de Curepipe pour avoir leur version au sujet des manifestations des élèves et des reproches faits par le syndicat du personnel. Les trois numéros de téléphone fixe de cet établissement ainsi que les deux numéros du mobile du Manager sont restés sans réponse quand ils n’étaient pas hors service. Il convient de souligner que l’administration  de ce collège n’hésite pas à téléphoner plusieurs fois aux journalistes quand il s’agit d’un événement à célébrer dans leur établissement mais se mure dans un silence lorsque des problèmes sont évoqués par certains milieux.

Qui plus est, des officiers de la PSEA confirment pour leur part que cette autorité est en présence de plusieurs plaintes quant à la gestion même du  Mauritius College depuis quelques années déjà mais auxquelles la direction de cet organisme « n’a jamais donné suite » jusqu’aux récentes protestations des élèves.