Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a frappé très fort jeudi en révoquant son principal collaborateur au niveau de l’exécutif, en l’occurrence le Premier ministre adjoint Ivan Collendavelloo. Il a vraisemblablement voulu démontrer qu’il ne tergiverserait pas avec ses principes, notamment la tolérance zéro contre la corruption. Il avait d’ailleurs lancé un avertissement lors de sa conférence de presse donnée le 16 juin dernier en annonçant qu’il sera « sans pitié » contre tous ceux dont les noms pourraient figurer dans l’affaire concernant l’achat des moteurs de la centrale thermique de Saint-Louis. Toutefois, la révocation du vice-Premier ministre n’est pas une fin en soi. Même si le Premier ministre a confié tout le dossier à l’ICAC. Tout ce qu’on sait à ce stade, c’est que le chef du gouvernement est en présence d’un résumé du rapport de l’enquête effectuée par la BAD. On ne sait si c’est un « executive summary », extrait du rapport principal, ou un résumé concernant quelques points du rapport.
Le grand problème dans des circonstances pareilles, c’est qu’on en dit trop, ou pas assez. Ainsi, alors que le document fait mention d’intermédiaires et de personnes à qui l’argent remis aux intermédiaires était destiné, pourquoi avoir cité seulement deux noms, à savoir ceux d’Ivan Collendavelloo et de Paul Bérenger ? À moins que les autorités veuillent volontairement entretenir la confusion et cultiver le doute pour des raisons politiques, il est essentiel maintenant que le document en question, qualifié de « farfelu » par Ivan Collendavelloo, soit désormais rendu public. Rendez publics tous les noms et entités mentionnées dans le document en question de manière à ce que la population puisse se faire une idée globale, et non pas sélective !
Toutes les dispositions, tant au niveau local qu’international, doivent être prises pour que l’enquête effectuée par la BWSC ainsi que le rapport publié par la BAD soient mis à la disposition de Maurice. Tous les moyens diplomatiques et légaux doivent être déployés afin d’obtenir ces documents. Le vrai combat contre la corruption doit être mené dans la transparence. En vérité, sur quoi l’ICAC va-t-elle se baser pour mener son enquête si elle ne dispose pas des éléments d’autres enquêtes déjà effectuées ? Faute de ces éléments, tous les débats se résumeront à de pures spéculations et il ne serait dès lors pas étonnant que l’ICAC vienne nous dire que son enquête ne peut avancer en raison de l’absence de collaboration des deux autres parties concernées, à savoir la BAD et la BWSC.
Il s’avère que si une commission d’enquête présidée par un juge est nécessaire pour éclaircir toute l’affaire, il faudra le faire. Il faut à tout prix démasquer tous ceux qui ont été directement impliqués dans des actes de corruption dans le cadre de l’allocation de ce contrat, et que les coupables soient punis comme il se doit. La perception de « cover-up » et d’impunité, lorsqu’il s’agit de délits de corruption par des proches du pouvoir, reste un problème majeur dans la lutte contre la corruption. Transparency International, dans un commentaire intitulé « Is Mauritius at a tipping point in the fight against corruption ? », publié en juillet de l’année dernière, soulignait : « Mauritians benefit from some integrity in public institutions and some very effective anti-corruption strategies, but they are right to worry that corruption is rising and that those in power aren’t serious about tackling it. »
Alors que l’attention est focalisée actuellement sur l’affaire de la centrale thermique de Saint-Louis, il ne faut pas non plus perdre de vue d’autres scandales qui ont été dénoncés ces dernières semaines au Parlement. Il faudra se montrer très vigilant par rapport aux grands contrats qui seront alloués dans le cadre des projets de construction prévus par le budget, et qui mobiliseront des investissements de l’ordre de Rs 40 Mds, sans compter les projets totalisant des investissements de l’ordre de Rs 80 milliards et dans lesquels MIC Ltd sera engagée. Gare à la corruption !

JEAN MARC POCHÉ