Bruneau Laurette aurait-il fait un faux pas en convoquant une manifestation devant la résidence du Premier ministre le mois prochain ? Cette question avait, dès l’annonce d’une demande formulée dans ce sens auprès du commissaire de police, suscité un débat dans les cercles politiques, y compris au niveau de l’opposition et des groupes citoyens. La raison évoquée pour cette manifestation était « our deep concern regarding the failure of the Hon Prime Minister to give any explanation to the citizens of the Republic regarding the recent allegations on the acquisition of land at the said address (Angus Road) ». On sait que ce sujet est le cheval de bataille politique du Reform Party et avait été utilisé par les autres partis de l’opposition comme un des arguments pour le rappel du Parlement. Ce qui nous avait amenés à dire que Bruneau Laurette prenait le relais de Roshi Bhadain. C’est-à-dire qu’il quittait le champ citoyen pour entrer sur la scène politique.
En vérité, la décision de la police de lui refuser l’autorisation d’aller de l’avant avec son projet aurait été un simple fait divers si la police ne l’avait pas arrêté pour une question de chèque sans provision, perçue dans l’opinion publique comme une tentative d’intimidation. Même s’il affirme qu’il ne compte pas faire de politique active, en s’en prenant directement au Premier ministre, l’activiste s’inscrit dans une démarche politique partisane dont l’issue est incertaine.
Bruneau Laurette avait jusqu’ici été respecté pour ses efforts en vue de soutenir les sans-logis à Pointe-aux-Sables et dans le sud. Il est entré dans l’histoire pour avoir été le déclic ayant provoqué le réveil de la masse silencieuse, frustrée et en colère par la façon dont les affaires du pays étaient administrées, par la montée du chômage, par la situation économique et, comble d’exaspération, par le naufrage du Wakashio et la marée noire ayant causé le désastre que l’on sait. Ce qui avait débouché sur la marche pacifique nationale du 29 août, qui fera date dans l’histoire du pays et avait créé un sentiment national de patriotisme et de mauricianisme bénéfique, mais qui, dans le même temps, avait provoqué des réactions communalistes de certains extrémistes politiques fanatisés.
Si Bruneau Laurette est libre de son action politique ou citoyenne, il est de son devoir de s’assurer que son action n’exacerbe pas les tentatives répétées, observées ces derniers temps, de réveiller le démon communal et d’affecter l’unité nationale. Il devrait savoir que la lutte contre le communalisme et pour un vrai mauricianisme ne date pas d’aujourd’hui. Les membres présents ou passés du MMM savent que cette action a commencé depuis 1969 et n’est pas terminée. Tout faux pas lui est interdit ! Ce n’est pas parce qu’on mobilise de grandes foules qu’on est accepté comme politicien. Le père Grégoire en sait quelque chose.
Cette semaine aura aussi été marquée par des arrestations pour avoir utilisé les réseaux sociaux en vue de véhiculer la haine raciale. Il est temps que la police agisse avec beaucoup plus de fermeté contre tous ces fanatiques qui se cachent derrière Facebook ou WhatsApp pour de basses besognes. Par ailleurs, le retour du Premier ministre à Sainte-Croix jeudi, pour la messe du Tourisme, deux semaines après la fête du Père Laval, est un bon signal. Il démontre ainsi qu’il n’y a aucune animosité entre l’Église et l’État, et ce, après la remarque récente de Joe Lesjongard à l’effet que le cardinal Piat, dont le discours était notamment axé sur la drogue et la souffrance des sans-logis le 8 septembre à l’effet que ce dernier aurait dû « remercier l’État » pour les dépenses encourues en vue du pèlerinage du Père Laval, avait provoqué un profond malaise dans le pays.
Enfin, notons qu’il est dommage que le Premier ministre n’ait pas cru bon de répondre positivement à la demande du leader de l’opposition de rappeler le Parlement, à un moment où des défis majeurs, tant sur le plan économique et que social, attendent le pays.

JEAN MARC POCHÉ