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Exception et modèle !

L’Assemblée nationale, l’un des rares lieux dérogeant à la jauge de 50 personnes des restrictions sanitaires, vivra demain une séance d’exception. Le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, l’auteur de la motion de censure contre le gouvernement, dirigé par Pravind Jugnauth, avec ses alliés Steven Obeegadoo, Alan Ganoo et Ivan Collendavelloo, s’est fait un devoir de rappeler que la dernière remonte à 26 ans déjà. D’exception surtout pour le contexte, qui a débouché sur cette démarche, bénéficiant du soutien sans condition des autres partis d’opposition.

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L’exception à l’arithmétique parlementaire justifiant la présentation de cette motion de blâme est la perte du pouvoir… d’achat des ménages avec la flambée des prix sur le plan local. Un cauchemar sans exception pour ces pères et mères de famille qui, chaque jour, doivent jongler entre cartes de crédit et ce qui reste de liquidités, non pas pour remplir des caddies pour passer à la caisse des supermarchés mais assurer que l’essentiel.

Personne n’en disconviendra. La hausse des prix écrase la population et la séquence d’annonces poursuit sa route irrémédiablement comme une machine routière. Même si le Metro Express opère à l’électricité et qu’il n’y a pas eu de révision à la hausse des tarifs du CEB, le ticket de métro a déjà été ajusté en proportion. Probablement en anticipation de toute annonce du ministre Joe Lesjongard.

Le chauffeur au volant de cette machine routière et ses aides-chauffeurs plaident que cette situation est inévitable compte tenu des séquelles de la pandémie et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Certes, ils se bombent le torse en s’appuyant sur le modèle adopté pour faire face à la crise socio-économique depuis l’avènement de la pandémie du Covid-19.

Mais ce modèle a-t-il donné les résultats escomptés pour soulager la population dans son ensemble, voire alléger le fardeau des plus vulnérables de la société ? Les commentaires entendus au coin de la rue, dans un autobus avec le ticket majoré de 25% à 42 %, entre les étagères des supermarchés, sont suffisamment éloquents pour convaincre que tel n’est nullement le cas.

Probablement faudra-t-il ajouter les multiples initiatives sans tam-tam, littéralement en silence, des ONG sur le terrain en faveur de ceux qui souffrent le plus du passage inéluctable de cette machine routière. Ceux qui interviendront des deux côtés de la Chambre demain prêcheront à des convaincus de la misère au quotidien.

Au sein de la population, chacun vit ces moments d’extrêmes difficultés à des degrés divers à sa façon. Demain, les discours éloquents des uns et la rhétorique des autres ne feront pas recette pour assouvir la faim de la population.

Dans son ensemble, le pays s’attend à un autre modèle de débats pour répondre à la misère. L’hémicycle ne comprend pas de scoreboard comme sur des courts de tennis et des terrains de basketball ou de volleyball. Surtout, les points scorés ne seront pas comptabilisés pour départager les intervenants.

À la conclusion de ce débat sur la motion de censure, la population aura envie de prendre connaissance de la composition du menu concocté par les Honourable Members, susceptible de lui redonner espoir de pouvoir sortir de l’opacité contraignante qui a envahi l’espace sous prétexte du Covid-19 et de la guerre en Ukraine.

Mais la motion de censure contre le gouvernement ne se résume pas seulement à l’énigmatique corbeille de la ménagère. Il y va aussi de la vie de la cité. Et à ce chapitre, le modèle imposé par le gouvernement, avec des institutions pataugeant dans des excès, des dérives et des abus de pouvoir, est plus que patent.

Les travées du gouvernement feront-elles exception à la règle pour se prononcer en toute transparence sur le sujet aussi controversable qu’est le renvoi pour une nouvelle fois des élections municipales, privant les électeurs des cinq villes de leur droit de vote depuis sept ans ? Peu importe la formule d’art oratoire, le prétexte du Covid-19 ne tient pas la route.

Le gouvernement mettra-t-il encore en avant le paravent de la confidentialité des enquêtes de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) pour cacher la vérité sur les dessous frauduleux des procurements à la Santé pendant la pandémie ?

Dans la conjoncture : une seule question. Pourquoi l’enquête sur le million de doses de Molnupiravir, qui avait démarré sur des chapeaux de roues en décembre, inn gagn loke, quand le nom d’un Top Gun a été cité en début d’année ? Ou encore pourquoi les caprices du petit gamin privent des animateurs de courses hippiques de leur plaisir ou encore des pères de famille de leur gagne-pain. Sans compter les bavures de la police en infraction aux droits constitutionnels du citoyen.

En tout cas, l’enjeu de la motion de blâme du leader de l’opposition sera jugé par la capacité du gouvernement Jugnauth de se départir de son modèle Kot Mo’nn Fote ? et de se réconcilier sans exception à l’urgence de regarder la réalité du Mauricien les yeux dans les yeux. Mais surtout pas à la manière de celui qui avait tenté de convaincre de la probité d’Alvaro Sobrinho.

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