Funestes perspectives

L’an dernier, la pandémie mondiale aura occulté, si ce n’est complètement effacé, la lutte contre le réchauffement climatique des priorités mondiales, toute autre considération que la problématique sanitaire liée à la Covid – et plus encore la question économique associée – étant reléguée au second plan. Une hérésie pour ceux qui comprennent les véritables enjeux de la question climatique mais qui, pour la plupart d’entre nous, semble être totalement normal, au vu du nombre de décès enregistrés depuis le début de la pandémie et des récentes variantes du virus, qui font craindre le pire. Pourtant, les experts ne cessent de nous le répéter : si nous ne faisons rien, le climat s’emballera sans espoir de retour, avec des conséquences autrement plus désastreuses que ce que nous aura laissé la Covid comme bilan une fois que nous en serons débarrassés (si nous y arrivons).

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Pour autant, même dans le cercle très fermé du monde scientifique, la question continue de faire débat. Non pas sur le fait que le réchauffement climatique doive faire l’objet d’actions immédiates (il y a sur ce point consensus), mais sur la question justement des conséquences dans les court et moyen termes. C’est en tout cas ce que viennent de révéler 17 scientifiques de haut niveau par le biais d’un rapport (basé sur plus de 150 études) aux conclusions pour le moins peu réjouissantes. Ainsi, selon eux, non seulement notre planète fait face à un « horrible avenir », pour reprendre leurs propres mots, mais l’humanité, dans son ensemble (y compris donc les scientifiques eux-mêmes), ne serait aucunement consciente de l’urgence de la crise touchant la biodiversité et le climat. Et de prédire, dans le même souffle, « des extinctions de masse, des problèmes de santé croissants et des troubles induits par le changement climatique, qui menacent la survie de l’espèce humaine en raison de notre ignorance et notre inaction ».

Pour expliquer notre laxisme chronique sur cette question d’urgence planétaire, ces experts avancent le délai existant entre nos actes destructeurs et leurs conséquences visibles. Chose que nous avions évoquée plusieurs fois dans ces mêmes colonnes. S’il nous fallait d’ailleurs une seule preuve, nous pourrions reprendre l’exemple du virus qui, bien que ne pouvant être vu à l’œil nu, a des conséquences directement palpables sur les populations. Et pour cause : en quelques jours seulement, un porteur du virus peut potentiellement passer de vie à trépas, tout en transmettant pendant ce même laps de temps le virus à autant de personnes avec qui il aura été en contact. Ainsi, d’un « petit » foyer concentré dans une vague province de Chine, le coronavirus aura réussi, en quelques mois à peine, à toucher quasiment toute la planète, faisant au passage un peu plus d’un an après son apparition plus de deux millions de morts et mettant à genoux autant d’économies.

Le climat, lui, en revanche, n’est pas « vivant », dans le sens strict du terme. Aussi, la moindre de nos actions – bonnes ou mauvaises – ne trouve pas ici un écho immédiat, car ne pouvant être mesuré en temps réel. Ce qui explique notre laisser-aller, et que l’on ait préféré remettre le problème à plus tard dès lors que nous étions au courant de la nocivité de notre système sur la planète. Sans se rendre compte, ce faisant, que tout ce que nous pourrions faire pour rectifier le tir prendrait tout autant de temps pour que l’on puisse en mesurer les effets.

Les mêmes auteurs reviennent également (là encore comme nous l’avions également fait) sur le lien étroit qui unit les pandémies et le dérèglement climatique, expliquant implicitement que l’un comme l’autre sont induits par la structure même de notre système, basé sur la monétisation et le mouvement de biens, de services et de personnes. Aussi préconisent-ils des changements radicaux dans la logique capitaliste mondiale, dans l’égalité et dans l’éducation. « Cela passe notamment par une suppression de l’idée d’une croissance économique continue, une évaluation des impacts environnementaux externes et la fin des combustibles fossiles », disent-ils. Non d’ailleurs sans rappeler la probable multiplication des migrations de masse, du fait du climat, ainsi que des conflits autour des ressources. Autant de menaces donc dont nous ne prenons pas la mesure. Avec, au final, le risque pour l’humanité de finir dans le livre de sa propre histoire au chapitre des dernières grandes extinctions de masse.

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