GILLIAN GENEVIEVE

Une goutte d’huile frémit sur les vagues avant de creuser

                                        un sillon noir dans le lagon apeuré

La mer crie sa douleur dans l’abîme du ciel de l’hiver

C’est parce que le temps est gris

C’est parce que leurs âmes sont ombragées par le

         sang caillé du gain et de la bêtise que ce soir

Dans le grand froid

Nous nous tenons

Face aux vents du sud

Les visages blêmes

À moitié achevés

Pour dire non à la marée noire

La tempête coule dans nos veines

Et la nuit devra être tumultueuse

Et la nuit devra être sauvage

Assez

Assez

Assez

Peuple insulaire

Citoyens

Mes sœurs

Mes frères

Îliens

Notre silence était pesant

Mais la marée noire nous brûle l’épiderme et les poumons

Et nos mots seront incendiaires

Pour dire leurs intentions obscures

Pour dire leur souffle nauséabond

Pour dire le paysage routinier de la médiocrité

Pour dire le vide immense

Et la cicatrice blafarde qu’ils nous laissent en héritage

Assez

Assez

Assez

La plage est noire de monde

Et on vous attend

Âmes noires

Marée noire

Nains déguisés

En décideurs

Ravalez votre salive

Et votre venin

Le vase de notre tolérance déborde

Cette goutte d’huile est de trop

Vous êtes de trop

Dans la cohue à venir

L’accablement suspendra son vol

Nous cesserons de nous voiler la face

Vous n’êtes pas à votre place

Âmes noires

Marée noire

Nains déguisés

En décideurs

Les mots ne cogneront plus en vain

L’eau a le goût du fioul et de vos carences

Et Pointe d’Esny sera le cimetière de vos errances

Face à la mer

Un petit garçon court sur la plage de Blue Bay

Il trace dans le sable votre épitaphe

Ici gît le joug de l’arrogance et de l’incompétence

Âmes noires

Marée noire

Nains déguisés

En décideurs

Il est temps que vous laissiez le gouvernail

Il est temps que vous partiez

Démissionnez

Il est temps que le bleu de la mer rattrape le ciel.