Il y en a beaucoup chez nous, des oubliés… Ou plutôt, ceux que le système a « décidé d’oublier » ! Et derrière chacun de ces cas, des drames humains, impliquant des familles entières. Prenons quelques-uns des plus récents.
D’abord et surtout, les habitants du sud, zone sinistrée depuis l’échouement du MV Wakashio et son cortège de saletés déversées dans le lagon. Non seulement souillant cette large partie de notre littoral pour longtemps hélas ! Mais handicapant sérieusement son exploitation par la communauté des pêcheurs, skippers et plaisanciers, qui vivent principalement de cette mer nourricière. Des dizaines de familles sont ainsi, depuis plusieurs semaines, sans boulot, sans le sou. Ni soutien, non plus. Et ce, en dépit des grandes annonces faites en fanfare par le gouvernement, à l’effet que des plans de secours et d’aide étaient mis à leur disposition. Les jours et les semaines se succèdent, et pourtant, ces pères et mères de famille ont été quasiment oubliés par le système. Ces compatriotes ne demandent qu’à gagner leur pain honnêtement, histoire de garder la tête hors de l’eau…
Au même chapitre, ces Mauriciens toujours “stranded” dans plusieurs pays étrangers qui n’ont pu être rapatriés et qui pourront rentrer au pays dès l’ouverture des frontières, moyennant Rs 50 000 pour payer leur quarantaine… Comme quoi, cela ne suffisait pas qu’ils aient eu, nombre d’entre eux, à presque mendier pour subsister. Tandis que d’autres ne doivent leur salut qu’à la générosité des uns et des autres. En quoi est-ce leur faute s’ils se sont retrouvés en terre étrangère en pleine pandémie de COVID-19, avec les frontières fermées un peu partout ? Qui pouvait prévoir ou anticiper les répercussions de cette crise sanitaire planétaire sans précédent ?
Et qu’advient-il des soldats du feu, des éboueurs, et des employés des supermarchés, entre autres ? Ces Mauriciens étaient au front durant le confinement. Assurant, au même titre que policiers et personnel soignant des hôpitaux, la sécurité des citoyens et veillant à ce que chacun d’entre nous puisse continuer à mener une vie aussi normale que possible malgré les inconvénients importants. Ces “frontliners”, eux, n’ont pas eu droit à l’allocation spéciale de Rs 15 000 que l’État a offert aux policiers et au personnel de la Santé. Comment interpréter cela ? Se peut-il qu’il y ait des définitions multiples de “frontliners” pour nos dirigeants politiques ? Malgré tout, les syndicats des pompiers, par exemple, ont bien tenté des médiations…
De même, on ne passera pas sous silence les décès des détenus Louis Michael Louise, Jean Alain Auguste, Jean Caël Permès et Joselito Evenord, tous survenus pendant qu’ils se trouvaient “in custody”, rappelons-le. Qu’a fait Mario Nobin entre son « transfert » des Casernes centrales et son accession au poste de commissaire des prisons (CP) sur ce dossier précis ? Serait-ce que le maroquin de CP lui sied si bien qu’il aurait décidé de s’y faire… oublier ?
Mais toutes ces pauvres âmes intéressent-elles vraiment Pravind Jugnauth ? Encore une fois, ce sont les « petites gens » surtout qui se retrouvent coincées, oubliées, délaissées…
Cette semaine a aussi été marquée par le bal des interpellations aux Casernes centrales. L’une d’elles concerne un travailleur social connu pour son combat en faveur des Mauriciens vivant avec le VIH/sida. Toute l’affaire entourant Dhiren Moher et ses “posts” circulés sur les réseaux sociaux, qu’ils soient « hors contexte » ou ce qu’en décidera, au final, l’enquête en cours, soulèvera pendant longtemps des questions. Ce qui marque cependant, brutalement, les esprits tant dans l’affaire Moher que dans d’autres types de messages à caractère communal qui pullulent actuellement et au sujet desquels on aurait souhaité que les autorités soient davantage réactives, c’est la haine et l’extrémisme prôné par des citoyens de notre République envers les uns et les autres. Qu’est-ce qui pousse certains à faire preuve d’autant de violence, verbale et psychologique, pour l’heure, envers l’autre ? Le souci (ou besoin ?) de plaire à ceux qui détiennent le pouvoir ? Le mal est profond. Pravind Jugnauth gagnerait à en faire une priorité, à notre sens, avant que l’harmonie ne se brise fatalement…

HUSNA RAMJANALLY