JEAN PIERRE LENOIR

Je n’avais pas été à Rodrigues depuis environ quatre ans….

On a toujours tendance, d’un voyage à l’autre, où qu’on aille dans le monde, à magnifier ce qui était au passé au détriment de ce qui est, au présent. Réflexe souvent idiot qui sert à nourrir une nostalgie pas toujours porteuse d’espoirs …

JEAN PIERRE LENOIR

J’ai pu le constater en fin de semaine dernière lors de quatre jours passés là-bas.
Rodrigues fait toujours partie de ces quelques destinations qui privilégient quelque part le temps qui y suspend son vol, comme le disait si bien le poète Lamartine dans ses méditations poétiques.
Et c’est dans cette perspective-là qu’on craint de constater à chaque nouveau voyage que le temps n’ait pas réussi à retenir son vol et que ce qu’on appelle prétentieusement le progrès y ait fait quelques ravages …Eh bien non ! Loin de là.
J’ai retrouvé Rodrigues avec la douceur qui a toujours fait son charme. Le sourire de ses habitants est toujours le même, spontané et à fleur de lèvres. Aucune prétention dans les propos échangés car là-bas les mots sortent des bouches paisiblement et sans se presser avec cet accent qui crée la différence et l’identité. L’identité est là-bas une réalité paisible et forte en même temps. Paisible et forte car le Rodriguais dégage une force tranquille qui m’a toujours fasciné.
Que dire ensuite de la propreté de l’île si ce n’est d’affirmer qu’elle est exemplaire. On y a banni le plastique et ça se voit. Des sacs en papier dans tous les commerces et très peu d’ordures en bordure de route. Le Rodriguais a appris à ne pas salir son île.
Le cœur de Rodrigues passe aussi par sa gastronomie, simple mais fortement identitaire. Pour se nourrir on va bien évidemment au marché du samedi matin ou le tout Rodrigues se presse dès l’aube pour acheter boudins, saucisses et autres charcuteries dignes des meilleurs établissements français. La salubrité de l’endroit est exemplaire, comme est exemplaire le développement harmonieux et cohérent du réseau routier.
Rodrigues n’a pas peur du progrès mais on sent qu’elle s’en méfie car elle sait qu’elle pourrait y perdre son âme et son cœur…
Amis rodriguais, conservez et cultivez précieusement ce capital humain et naturel qui fait votre force.
J’aimerais pouvoir refrapper à votre porte dans quelque temps en demandant,
– Rodrigues, as-tu toujours du cœur ?*
et m’entendre répondre
– Entrez et vous verrez que oui…

(*) “Rodrigue, as-tu du cœur ?” Question posée à Don Rodrigue dans la pièce de Corneille, Le Cid. Nous avons ajouté un S pour en faire Rodrigues, l’île voisine.