Lucien finette

Les examens sont-ils devenus le but premier de l’enfant, l’objectif ultime des parents, l’obsession de nos gouvernants ? Sinon, comment expliquer cette obstination à vouloir maintenir différents examens coûte que coûte, peu importe les conséquences pour l’enfant, ses parents, ses professeurs, ses amis, les prestataires des différents services ? Cela fait beaucoup de monde, n’est-ce pas ? Presque toute la population, quoi ! Oui, mais pas pour nos dirigeants ! Ils n’ont pas les mêmes priorités que les gens ordinaires ! La santé physique de nos enfants et de la population est prioritaire ? Mais non, il faut faire les examens ! La santé mentale de nos enfants est-elle primordiale ? Ils ont la peur au ventre, comme leurs parents d’ailleurs ! Ils ratent les autobus et appellent au secours ! Les parents préfèrent attendre la fin des questionnaires aux abords des centres d’examens. Tous les enfants n’ont pas des chances égales ? Normalement tous les participants à un examen sont offerts les mêmes conditions qui leur permettront de donner le meilleur d’eux-mêmes. On s’attend à ce que les examens soient libres et justes. Tel n’est assurément pas le cas en ce moment ! Certains enfants sont déjà en quarantaine ! Et certains parents aussi ! Ce n’est pas grave pourvu que les enfants prennent part à leurs examens ! Tout est sous contrôle ! Le transport est déficient malgré les gros efforts déployés. On pourrait et on aurait dû s’y attendre, d’autant plus que les défis sont énormes, quasi insurmontables, dans le contexte local en cette période extrêmement difficile ! Tous les enfants n’ont pas non plus les moyens de se faire véhiculer par des parents. Plusieurs doivent marcher de longues distances ! D’autres arrivent en retard ! D’autres encore doivent s’absenter ! Pas étonnant ! Pour toutes sortes de raisons pratiques liées au confinement ou à la quarantaine ! Est-ce qu’on s’en soucie sérieusement ? Le spectacle doit continuer ! Les cas déclarés de COVID sont en hausse, mais on ne s’en soucie pas. L’économie, semble-t-il, est plus importante. On bafoue tous les principes que nous avons enfin réussi à incruster dans la tête de la population. On ouvre des zones rouges pour toutes les personnes concernées par les examens! La distanciation sociale est battue en brèche dans des autobus, dans des cours d’école et même dans des salles. Qu’importe ? On va enquêter ! Les flacons de solution hydroalcoolique sont de beaux objets décoratifs ! Peut-on vraiment empêcher les enfants de se regrouper pour des échanges après une heure ou deux de concentration sur une épreuve d’examen? Espère-t-on vraiment que la contamination régresse dans de telles conditions ? Mais non, comment peut-on ne pas faire les examens ? Impensable ! Examens ! Examens ! Examens !

Et pourtant ! Les examens sont d’importance inégale ! Les examens locaux ne sont pas comparables aux examens internationaux. Il ne faut pas oublier que les examens de la PSAC concernent de très jeunes enfants vulnérables. En a-t-on vraiment besoin ? Et le National Certificate of Education (NCE), en quoi est-ce que ce nouvel examen sélectif est si important ? Sommes-nous à ce point démunis que nous ne pouvons pas évaluer autrement ces petits ? Y a-t-il quelque chose de plus important que la santé et le bien-être de nos enfants, petits et grands ? Il semblerait que oui, aux yeux de nos gouvernants ! Les examens ! Lorsque le discernement n’est plus le fondement de notre action, politique, sociale ou pédagogique, le désespoir s’installe. Les enfants ont déjà raté les examens de 2020 et ne peuvent pas rater ceux de 2021, dit-on ! Et pourquoi ? Eh bien, les examens sont plus importants que tout ! Il y va de leur avenir, même s’ils doivent être marqués pour la vie par des conséquences du COVID. Et puis il y a la compétition ! Ils vont perdre une année ! Les autres vont les dépasser et seront leurs « seniors » et auront des promotions à leur place ! Il ne faut pas oublier que les risques de contamination et de propagation vont aller en s’accroissant. Cela prend 10 à 15 jours avant que les chiffres le confirment. Comment s’empêcher de penser que toute une génération est en train d’être sacrifiée ? Et ensuite, il faudra faire les corrections ! Autres rassemblements et regroupements prévus !

Et quid de ces examens internationaux dont la tenue semble fatidique ? Argument fallacieux ! Il semble que l’égoïsme joue ici un rôle de premier plan. Une réforme a été initiée. Il ne faut absolument pas rater l’occasion de prouver qu’elle est bonne, et sous contrôle, comme tout le reste d’ailleurs, et surtout mettre en place les éléments élitistes de la réforme ; l’histoire des cinq Credits n’est jamais bien loin de même que l’inauguration des académies et leurs corollaires les polytechniques après la sélection opérée par le NCE. Il n’est pas question que le nouveau calendrier scolaire soit bousculé !

Cette attitude d’un autre âge est dépassée alors que nous vivons une atroce tragédie ? Il n’y a qu’à écouter les témoignages poignants de tous ceux qui sont directement affectés par un décès. Et cela ne va pas diminuer ! Le virus ne se manifeste pas instantanément ! Combien de ces enfants, surveillants et parents qu’on expose aux risques d’une contamination sur les arrêts d’autobus, dans les autobus, dans les rues, dans les zones rouges, dans les cours des écoles qui servent de centres et même dans les salles d’examens ne rentreront pas chez eux avec une de ces couronnes dont le virus est si généreux ? Ils auront servi de chair à Covid pour le fonctionnement d’un système. Il semblerait que le risque que tout le pays devienne une vaste zone rouge est gérable pour tous nos experts et spécialistes. Maurice aura servi de terrain d’expérimentation et notre population de cobayes.

Et pourtant ! Et pourtant ! Cambridge Assessment International Education, responsable des examens de Cambridge, a communiqué maintes fois sur son site pour faire part de sa préoccupation concernant les conséquences de la pandémie. Tout en étant prêt à assurer les examens normalement tenus en mars, juin et novembre, l’organisme se met à la disposition de tous les pays où il est présent pour s’adapter aux conditions sanitaires spécifiques de chaque pays et trouver les solutions qui sauvegardent les intérêts de tout un chacun sans mettre en danger les étudiants et le personnel qui rend possible la tenue des examens. Ajustements, exemptions, modifications des pratiques d’examens, accès aux équipements, tout est possible et négociable pour permettre que les examens se déroulent de façon sécuritaire. Les règles d’annulation des examens sont aussi flexibles ! Il suffit d’engager un dialogue avec les autorités de CIE. Ainsi un renvoi des examens pour une période plus sûre était tout à fait envisageable sans aucune pénalité financière. En plus, est-ce que ce n’était pas l’occasion idéale pour penser à une mauricianisation partielle de ces examens avec l’aide de CIE pour maintenir la reconnaissance des diplômes et les équivalences ouvrant la porte des universités étrangères. Le COVID peut être l’occasion de nouvelles opportunités pour peu qu’on s’attache à en tirer profit pour entamer une révolution difficilement pensable autrement et faire les choses différemment. On l’a assez répété : COVID est là pour longtemps et il ne faut plus vivre comme avant. L’UNESCO nous invitait encore récemment à réfléchir « combien cette pandémie était une occasion importante pour les enseignant(e)s, les étudiant(e)s et l’humanité toute entière de comprendre que ce que nous avons considéré comme « normal » n’est pas inévitable, mais plutôt un choix – le résultat de nos décisions » (UNESCO Débattre sur les futurs de l’éducation: La nouvelle normalité Sep 15, 2020). Les modes d’évaluation dont les examens font partie relèvent de ces décisions que nous sommes appelés à prendre dans ce débat sur les futurs de l’éducation. C’est l’occasion pour nous de nous renouveler. CIE fait ressortir dans une note émise à l’intention des écoles qu’elle peut changer le mode d’évaluation « from exams to school-assessed grades using student work, so that students can progress despite the impact of the pandemic ». Les examens sur table ne sont plus la norme dans de nombreux pays. Sommes-nous prêts à relever ce défi ? Nous n’aurions pas aujourd’hui à vivre cette situation ubuesque où nos enfants deviennent des frontliners impuissants. Et le pire est à venir puisqu’on prévoit la semaine prochaine la tenue de quatre séries d’examens avec l’entrée en scène des enfants de la PSAC pour côtoyer ceux de la NCE, la SC et la HSC. Nous ne pouvons que gémir ! Il est trop tard pour que le bon sens prévale ! Mais espérons !