S’il y a bien une ressource qui attise quasi depuis toujours la convoitise des hommes, c’est l’or. Il faut avouer que ce métal ne ressemble en rien aux autres. À commencer par sa rareté et sa couleur – d’un jaune si éclatant qu’il aura engendré l’appellation singulière de « doré » –, et que l’histoire aura rapidement associées à la richesse. Aussi, tout aussi rapidement, ce métal dit « précieux » sera devenu un moyen de transactions, se sera métamorphosé en parures et objets divers, utilitaires ou destinés à la simple ornementation. Avant de devenir, des siècles plus tard, une valeur refuge, puis d’être utilisé dans de multiples secteurs d’activité, le métal ayant en effet des propriétés uniques, notamment en termes de conductivité. Autant dire que la ruée vers l’or ne s’est jamais réellement éteinte. Bien au contraire. Non sans causer au passage de terribles dégâts à l’environnement.

Car le mythe de l’eldorado continue de faire des ravages à travers le globe, à commencer par l’Amazonie. Cette région unique du monde souffre en effet de l’exploitation outrancière des pays qu’elle chevauche, à l’instar du Pérou, de la Guyane, de la Colombie, du Brésil et de l’Équateur. À un point tel que cette immensité verte, et que nous aimions il n’y a pas si longtemps encore qualifier de « poumon de la planète », se métastase progressivement. En cause : une déforestation accrue, initiée il y a de longues décennies, et qui se perpétue encore aujourd’hui, à la fois sous l’impulsion d’un président brésilien visiblement dérangé et d’exploitants, légaux et illégaux, qui ne voient en ces forêts que de vastes étendues de billets verts. Et pour cause : en les rasant, non seulement ils en récoltent le bois, mais ils gagnent aussi de nouvelles surfaces cultivables. Sans compter que l’accès à des ressources jusque-là préservées, comme l’or, s’en retrouve grandement facilité.

Au Pérou, par exemple, l’orpaillage est devenu un sport national, bien que le plus souvent pratiqué dans l’illégalité la plus totale par les “garimperos”, appellation locale des orpailleurs clandestins. Au détriment de l’écosystème local et, bien évidemment, de populations, qui non seulement ont été pour beaucoup contraintes de quitter leurs terres, mais se sont aussi retrouvées intoxiquées par le mercure utilisé pour agglomérer les paillettes d’or puis rejeté dans les rivières. Pour preuve, près de 100 000 hectares de forêts ont été détruits entre 1985 et 2017 à cette seule fin. Au vu de ces chiffres, une question s’impose d’emblée : tout cela pour quoi ? Eh bien pour plusieurs raisons, bien humaines d’ailleurs, et donc loin d’être cohérentes dans l’état de nos connaissances.

Ainsi, si l’on analyse les chiffres de la dernière décennie (2010-2020), l’on se rend compte que 50 à 60% de nos réserves d’or sont utilisés pour le seul secteur de la bijouterie, suivi, en termes de quotas, par… l’investissement. En d’autres termes, l’exploitation aurifère sert principalement à « nous rendre riches et jolis ». Sauf qu’en alimentant notre système économique de la sorte, notamment par l’entremise de la spéculation, jeu dont nous ne maîtrisons d’ailleurs pas toutes les règles, nous faisons abstraction des dégâts que notre anthropocentrisme (encore lui) cause aux écosystèmes dont dépend pourtant notre existence.

Bien sûr, le phénomène est loin d’être nouveau. Pour autant, avouons qu’il est plus facile de pardonner aux Pharaons les dorures de leurs sarcophages qu’aux banques centrales d’amasser des lingots dans leurs caves blindées. Nos connaissances climatiques, aujourd’hui, sont en effet telles que l’on ne devrait accepter la poursuite de l’exploitation de nos ressources, y compris aurifères, à une telle cadence et à un tel prix. Certes, l’or sert également à d’autres secteurs, notamment technologiques, car étant à la fois un très bon conducteur d’électricité, mais aussi car étant peu sensible à la corrosion et l’oxydation, mais dans des proportions si réduites (environ 10% de nos réserves) que l’on pourrait laisser l’essentiel des filons qu’il nous reste à leur place. Il faut bien avouer que dans l’art d’enlaidir tout ce qu’il touche, l’homme est passé maître depuis longtemps. Enfin… À défaut d’avoir trouvé la formule de l’alchimie, nous aurons au moins réussi à transformer l’or en plomb !