Municipales : le suspense maintenu

Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, continue de maintenir le suspense concernant l’organisation des élections municipales dans les cinq villes du pays. Il a indiqué cette semaine aux journalistes qui l’interrogeaient à ce sujet que les conseils municipaux ne seront pas dissous avant l’année prochaine, en précisant qu’il ne fallait pas compter sur lui pour donner la date des élections, une prérogative jalousement préservée par tous les Premiers ministres.

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Cette date n’est normalement annoncée publiquement qu’après que les procédures strictes prévues par la Constitution aient été suivies. Sur le plan purement légal, les municipales auraient dû avoir été organisées depuis l’année dernière, soit six ans après les dernières élections, qui ont eu lieu en 2015. Toutefois, pandémie Covid oblige, elles ont été renvoyées par une majorité simple à l’Assemblée nationale. Le délai pour la tenue de ces élections expire en juin 2023. Cela n’empêche pas le gouvernement de convoquer ces élections avant cette date butoir ou de les renvoyer à nouveau à la suite d’une motion à l’Assemblée nationale.

Pravind Jugnauth a fait cette annonce jeudi alors qu’il était en tournée à Rose-Hill afin de faire le point sur l’état d’avancement des travaux en cours entrepris par la CWA et la remise en état des routes. Ce qui peut être interprété par les édiles des Villes-soeurs comme une activité organisée dans la perspective des élections municipales. En fait, les Mauriciens en général ont attendu deux jours avant d’avoir cette précision du Premier ministre. En effet, une question à ce sujet figurait sur la liste des interpellations adressées au Premier ministre à l’Assemblée nationale mardi.

Toutefois, le temps alloué pour les Prime Ministers Questions a été entièrement consacré à la première question concernant la mère du bébé abandonné à l’hôpital, et qui a été par la suite transféré au Shelter L’oiseau du Paradis. La question, il est vrai, était très importante, et concernait un sujet d’intérêt national, amenant le Premier ministre à annoncer des mesures afin de renforcer les pouvoirs de la CDU. Cette unité est parfois critiquée pour ses failles mais, malgré tout, elle a aussi sauvé la vie de dizaines de bébés mauriciens. C’est un domaine qui devrait intéresser tous les bailleurs de fonds de Maurice. On reproche cependant au Premier ministre d’avoir traîné en longueur sur cette question, ce qui lui a permis d’éviter d’autres questions, non moins importantes, dont celle concernant justement les municipales.

À la lumière de la déclaration du Premier ministre à la presse, on peut donc conclure, avec soulagement, que les citoyens mauriciens seront en mesure de suivre les 64 rencontres de football prévues pour la Coupe du Monde, qui débute demain au Qatar, en toute quiétude. Ils ont cette année la possibilité de le suivre non seulement à la télévision, mais également sur leurs portables à partir d’une application, moyennant le paiement d’un montant de Rs 210, un bonanza pour la MBC.

Mais la question qui se pose actuellement est la suivante : est-ce que le gouvernement a peur d’organiser les municipales ? Pense-t-il que le jeu n’en vaut pas la chandelle, d’autant plus que tous les pouvoirs concernant la gestion des municipalités sont détenus par le ministère des Administrations régionales ? Craint-il de perdre des plumes face aux partis de l’opposition, qui semblent attendre des élections avec délectation ?

Au niveau de l’opposition, les partis continuent d’exercer une forte pression sur le gouvernement, considérant que le renvoi des municipales constitue une violation de la Constitution. Les partis de l’Entente de l’Espoir et du Parti travailliste sont déjà arrivés à un accord de principe pour un front commun si les élections municipales sont organisées. Pour eux, ces élections constitueraient un Warming-up pour les prochaines élections générales, prévues pour 2024. Cela dit, des élections générales anticipées peuvent être organisées si le Premier ministre considère que les circonstances lui sont propices.

Jean Marc Poché

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