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Notre destin en mains

On ne cessera de le dire, le changement climatique est (et restera pour un bon moment encore) le grand défi de notre siècle. En d’autres mots, soit nous arriverons enfin à le contrôler en mettant un terme définitif à notre soif de « toujours plus », soit nous serons rapidement réduits à assister, impuissants, à notre propre extinction.

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Aussi la protection de notre environnement revêt-elle d’une importance capitale. Malheureusement, non seulement nous n’en prenons pas la mesure, mais nous avons même tendance à accentuer l’érosion de la biodiversité, au nom, le plus souvent, du profit immédiat.

Avant d’aller plus loin, rappelons d’abord ce qui apparaîtra pour certains une évidence, bien que nous ayons cependant tendance à l’occulter : qui dit biodiversité ne dit pas uniquement les seules espèces animales, mais aussi l’ensemble du monde végétal. Ainsi, si nous savons tous l’importance d’une présence suffisante d’arbres sur la planète, afin de maintenir à la fois les écosystèmes intacts, mais aussi de par leur pouvoir de captage de dioxyde de carbone, les autres espèces végétales sont le plus souvent négligées, si ce n’est bien entendu celles dont nous faisons la culture à des fins alimentaires, mais aussi et surtout purement mercantiles.

C’est notamment le cas des espèces que nous trouvons dans les zones humides, et uniquement dans ces endroits, et qui participent activement à la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi, saviez-vous par exemple que les mangroves, que l’on trouve dans les zones humides côtières, et comme il en existe encore chez nous (mais pour combien de temps encore ?), séquestrent le CO2 près de… 55 fois plus vite que ne le font les forêts tropicales ? Idem pour les tourbières qui, même si elles ne représentent que 3% à peine de la surface mondiale, piègent pas moins de 30% du carbone présent sous terre. Autant dire que ces puits de carbone constituent un élément extrêmement vital dans cette course contre-la-montre dans laquelle le monde s’est engagé.

Néanmoins, il faut dans le même temps savoir que ce bénéfice, en cas de dégradation des zones humides, est non seulement perdu, mais peut même avoir un effet inverse, car ces mêmes zones peuvent alors devenir d’importantes sources de gaz à effets de serre. Or, le problème, c’est que nos zones humides se dégradent d’année en année, que ce soit du fait du réchauffement lui-même ou de nos développements infrastructurels. Ainsi, les Nations unies estiment-elles que 35% des zones humides mondiales ont disparu en l’espace d’à peine 50 ans, soit depuis 1970.

Comme nous venons de le voir, les dégâts ne datent donc pas d’hier. Le souci, c’est que l’on ne rattrape pas un demi-siècle de destruction en quelques années seulement, et que restaurer les régions affectées, humides ou pas, requiert non seulement de l’engagement, mais aussi de la patience. À l’instar des programmes de reboisement auxquels nous assistons depuis peu aux quatre coins de la planète et qui, au final, sont en partie voués à l’échec. Aussi devrions-nous davantage nous concentrer aujourd’hui sur la préservation de ce qui peut encore être sauvé de notre folie, à l’instar de ce qu’il reste de la forêt amazonienne.

Une fois encore, la problématique est anthropique et purement sociétale, car liée à notre économie de marché. Combien de millions d’hectares de forêts, par exemple, ne se sont-ils envolés en fumée pour faire place à des espaces cultivables et des pâturages ? Certes, manger est important, mais respirer et ne pas griller sous des températures létales l’est tout autant. D’où l’urgence de commencer à réfléchir à un autre mode de production, notamment en s’engageant au niveau mondial dans une agriculture raisonnée. Idem pour nos élevages industriels, et dont la première des finalités reste d’alimenter un marché de plus en plus carnivore.

Le monde de demain, nous ne cessons de le répéter, ne sera jamais plus celui d’hier. À cette croisée des chemins, il nous revient donc de faire le bon choix. Soit nous poursuivons notre route, avec son lot de conséquences de plus en plus lourdes, et sans espoir de retour, soit nous changeons de cap et empruntons une route plus rationnelle. Là est en effet la seule certitude, à savoir qu’en 300 000 d’histoire, Sapiens n’aura jamais été aussi maître de sa destinée.

Michel Jourdan

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