Le pays retient son souffle à une semaine de la réouverture des frontières aériennes, après 18 mois de fermeture. Ce qui a paralysé complètement l’industrie touristique et tout un pan de l’économie nationale, privant le pays de revenus annuels estimés à quelque Rs 63 milliards. Cette ouverture, si tout se passe bien, devrait déclencher le redécollage d’une économie frappée de plein fouet par la pandémie de Covid-19, qui a provoqué la plus grave crise économique et sanitaire qu’aura connue l’île Maurice moderne.
Dans son “statement” sur l’état de l’économie publié au début du mois, la MCCI constate que la pandémie a démontré la vulnérabilité de l’économie mauricienne face aux chocs extérieurs associés à la baisse importante des recettes touristiques et la fermeture des frontières. Elle observe une contraction économique de l’ordre de -14,9% en 2020 après une croissance de 3,1% en 2019. Si la reprise des activités commerciales et industrielles a donné des signes rassurants, le secteur touristique, lui, a enregistré une contraction d’environ -80%, alors que le secteur manufacturier a connu une contraction de -17,8%.
Le fondement de l’économie mauricienne a été sérieusement secoué avec un déficit budgétaire de 5,6% du PIB. Le déficit du compte courant a atteint 12,6%. Ce qui est directement attribué à la fermeture des frontières et à la chute des revenus touristiques. On connaît l’effet boule de neige provoqué par cette baisse. L’accès aux devises étrangères s’est raréfié, ce qui fait que les principales devises sont devenues plus chères. D’où la dépréciation de la roupie avec ses effets aussi bien sur le coût que sur la qualité de la vie.
Kevin Ramkaloan explique dans un entretien au Mauricien que la réouverture est importante non seulement pour l’industrie touristique, mais pour tous les secteurs de l’économie. Elle concerne le secteur financier, celui de l’éducation, qui accueille les étudiants étrangers, celui de la santé et celui de l’immobilier. Elle touche également le secteur de l’exportation et de l’importation grâce à une augmentation de la capacité de fret aérien. Ce qui permettra de compenser le problème rencontré au niveau du fret maritime, qui ne cesse d’augmenter en raison des embouteillages dans les ports internationaux. Dans les milieux commerciaux, on peut cependant espérer que l’approvisionnement du pays pour certains produits, et qui commençait à poser problème, pourrait graduellement retourner à la normale.
Bien entendu, le redémarrage d’un appareil aussi complexe que celui de l’économie demandera une période de rodage. Il serait totalement déraisonnable de s’attendre au passage à la vitesse supérieure dès les premiers jours, voire les premiers mois. Dans ce contexte, la décision du ministre des Finances, Renganaden Padayachy, d’étendre le paiement du Wage Assistance Scheme et du Small Entreprise Assistance Scheme jusqu’en décembre est salutaire. Cette réouverture constitue donc une étape cruciale pour le pays, et il importe que toutes les conditions soient réunies pour qu’elle soit une réussite.
Par conséquent, il est nécessaire que toutes les failles qui pourraient exister à tous les niveaux, y compris sur le plan sanitaire, soient corrigées au plus vite. Non pas en les poussant sous le tapis afin de ne pas être visibles aux yeux de la population, comme le dénonce l’opposition, mais en les traitant en toute transparence. On s’attend par conséquent à un contrôle renforcé à l’aéroport et ailleurs.
Mais la population a aussi son rôle à jouer en respectant les protocoles sanitaires, dont le port du masque et le respect de la distanciation sociale. La campagne de vaccination doit aussi se poursuivre de façon à ce que le plus grand nombre possible de la population soit vacciné. L’arrivée du vaccin Pfizer, grâce à un don américain à travers le mécanisme Covax, est à ce titre bienvenue, et le ministre Jagutpal a annoncé le début de la vaccination des jeunes de mois de 18 ans à partir de la semaine prochaine.
C’est à travers des résultats concrets que la population pourra surmonter sa peur et retrouver la paix d’esprit. Cela passe également par le bon fonctionnement de nos institutions dans tous les domaines, y compris électorales, alors que les élections municipales se pointent à l’horizon.

Jean Marc Poché