La dernière séance parlementaire de mardi dernier a offert au public mauricien un spectacle pour le moins choquant. Si on n’y prend garde, cela risque de ternir la réputation de cette noble Assemblée aux yeux des Mauriciens qui ne sont pas obligatoirement familiers aux procédures parlementaires et qui peuvent éprouver du dégoût face à un président autoritaire, des parlementaires bagarreurs et une majorité perçue comme hostile à la critique et réfractaire à la transparence.

Alors que l’attention était braquée sur le rapport de l’Audit, objet d’une PNQ, et le dénouement concernant les débats éventuels sur la gestion de la Covid, une déviation subite et inattendue s’est produite avec l’annonce du Speaker, Sooroojdev Phokeer, qu’une question posée par le député Patrick Assirvaden, la semaine précédente, avait été effacée du Hansard et enlevée de l’enregistrement des travaux parlementaires. Ce dernier avait demandé si l’ambassadeur Soodhun avait été déclaré persona non grata dans un pays du Golfe, ce à quoi le ministre Ganoo avait donné une réponse vague. Il n’en fallait pas plus pour provoquer l’étincelle qui allait déclencher l’incendie dans l’hémicycle.

Devant la persistance du président du Ptr à demander au Speaker de motiver sa décision, celui-ci a été “ordered out” de l’hémicycle. Ce qui devait enflammer immédiatement l’atmosphère et déboucher sur l’expulsion d’Arvin Boolell, de Paul Bérenger et de Rajesh Bhagwan. Un autre Speaker, y compris Maya Hanoomanjee, aurait, devant la résistance manifestée par le député rouge, suspendu momentanément la séance, soit pour ramener le député à la raison, soit pour lui demander de partir. Ce qui aurait évité tout le drame qui a suivi, prenant en compte que le Parlement n’est pas une assemblée de collégiens, mais une assemblée d’hommes et de femmes prompts à réagir avec énergie et vivacité contre ce qu’ils considèrent injustes.

En fin de compte, cette annonce n’a pas eu le résultat escompté, puisque non seulement elle a provoqué du désordre, mais elle a aussi entraîné d’autres questions, comme de connaître les raisons d’un tel empressement à défendre l’ambassadeur Soodhun. Mais aussi qui a demandé que cette question soit effacée du Hansard et des enregistrements ? Ou encore pourquoi, sur la vingtaine d’ambassadeurs en poste dans les capitales étrangères, dont d’anciens ministres, et qui sont accrédités auprès de plusieurs pays et organisations internationales, c’est uniquement l’ambassadeur Soodhun qui donne lieu à des controverses et le seul à solliciter le statut de “roving ambassador” ? Bref, de quoi alimenter les débats pendant les prochains mois.

Mais tout cela ne devrait pas détourner notre attention d’un autre sujet important, à savoir le rapport de l’Audit, dont le directeur est Sunil Charanjivsingh Romooah. Il faut savoir que ce dernier n’est pas né de la dernière pluie en matière de comptes de l’État, et qu’avant d’assumer ses fonctions, il était l’Accountant General. Les comptes de l’État n’ont donc aucun secret pour lui. Il doit certainement savoir ce qu’il dit lors qu’il dénonce les lacunes concernant les comptes de certaines institutions et dans lesquelles les finances publiques sont engagées – dont Mauritius Telecom –, en particulier lorsqu’il déplore l’impossibilité d’avoir accès à des documents concernant l’utilisation de l’agent public parce qu’ils sont protégés par des clauses de confidentialité.

De fait, il est essentiel que chaque sou dépensé des fonds publics puisse être expliqué et documenté. Il faut s’assurer que la nécessité du directeur de l’Audit de solliciter l’avis légal de l’Attorney General pour obtenir certains documents ne soit pas utilisée comme un subterfuge contre la transparence. À un moment où l’efficacité de certaines institutions dans la mise en œuvre des mesures de contrôle est remise en cause par certaines institutions internationales, comme la FATC, tout doit être fait pour protéger l’autorité du bureau de l’Audit. De même, à l’Assemblée nationale, la branche législative du pouvoir, la majorité et l’opposition doivent pouvoir assumer pleinement leur rôle afin d’empêcher que Maurice devienne une République bananière.

Finalement, avec la reprise partielle des activités économiques, le pays aborde une phase critique dans la lutte contre la COVID. Le public doit certes jouer son rôle, en respectant strictement les mesures barrières, mais le gouvernement doit aussi jouer le sien en s’assurant de l’approvisionnement des vaccins. Joyeuses Pâques à tous !