KWANG POON

Lin Fengmian(林风眠) est né le 22 novembre 1900 dans le village de Ge Gong Ling à Meizhou. Dans le cadre donc de son 120e anniversaire de naissance, la municipalité de Meizhou a prévu une kyrielle d’activités pour marquer l’événement, parmi lesquelles figure l’inauguration officielle du musée Lin Fengmian en son village natal.

Il conviendrait de noter que le propriétaire de la libraire Le Cygne à Rose-Hill, connu de beaucoup comme Madame Mimi, est la nièce de Lin Fengmian. J’ai eu l’honneur de lui remettre un fascicule sur son oncle au nom de l’Association de Recherche sur Lin Fengmian de Meizhou.

Dès son jeune âge, Lin Fengmian démontra une inclination pour les couleurs et la peinture. Un beau jour à l’école, son professeur lui administra une note de 110/100… Les autres élèves, surpris, exigèrent une explication et le professeur répondit que l’élève avait dépassé le maître et mérite amplement ce score exceptionnel.

Après sa scolarité en cycle secondaire, il parvint à s’inscrire au programme de ‘Travail-Etudes’ et débarqua du paquebot André Lebon au port de Marseille en 1920. Ayant reconnu son remarquable talent, sa famille à Maurice l’aida financièrement dans ce périple. Il débuta au Lycée Fontainebleau pour acquérir les bases de la langue française. Puis, il fut admis à l’École Nationale des Beaux-Arts de Dijon (aujourd’hui connu comme l’ENSA Dijon).

À l’ENSA, il se fit très vite remarquer et le directeur, Ovide Yencesse l’encouragea et lui recommanda de s’inscrire à la prestigieuse École Nationale Supérieure des Beaux-Arts (ENSBA). À Paris, d’une part, il fut inspiré par les grands artistes contemporains parmi lesquels nous ne citerons que Cézanne, Van Gogh, Monet, Matisse et Picasso. Il aspira l’essence des grands courants artistiques de l’époque et parvint à la maîtrise technique de l’Impressionisme, du Cubisme, du Fauvisme et de l’Expressionisme, entre autres. D’autre part, il développa une fascination et tira aussi son inspiration de l’opéra chinois, des peintures sur porcelaine de la Dynastie Song et des magnifiques fresques bouddhiques dans les grottes de Dunhuang.

Le philosophe Schopenhauer eut aussi une grande influence sur le peintre. Dans son ouvrage Aphorismes sur la Sagesse de la Vie, Schopenhauer suggère que « la contemplation esthétique serait une échappatoire pour la souffrance humaine ». La mère de Lin Fengmian, alors encore enfant, fut chassée du village et l’épouse de ce dernier, Elisa von Roda, le quitta peu après son mariage; ces deux événements tragiques l’ont beaucoup marqué. On pourrait avancer que la poursuite artistique joua un rôle d’exutoire dans la vie du peintre et cela se reflète dans le ton mélancolique même de certaines de ses oeuvres.

Le frère de Lin Fengmian à Maurice n’est nul autre que le fameux photographe François Lim, qui a fixé sur pellicule de nombreuses personnalités politiques du pays et dont le portrait du Père de la Nation, Sir Seewoosagur Ramgoolam, figure sur le billet de banque de 2000 roupies. Aujourd’hui, le fils de François, Philip Lim, persévère dans la même lignée. Parmi les écrits qu’il a publiés, Philip Lim révèle comment son oncle lui avait inculqué quelques notions de la composition artistique quand il lui rendit visite à Shanghai dans le quartier français. L’ADN esthétique semble avoir été toujours présent dans la famille et ceci explique peut-être cela.

Pendant la révolution culturelle, Lin Fengmian fut emprisonné pour ses « idées importées jugées subversives ». Son frère François Lim fit un voyage exprès en Chine et intercéda auprès des autorités chinoises pour la remise en liberté de son frère. Sa demande tomba dans l’oreille du Premier Zhou Enlai, qui, coïncidemment, avait participé au programme ‘Travail-Etudes’ en France, et le General Ye Jianying, qui était aussi originaire de Meizhou. Finalement, Lin Fengmian retrouva la liberté et s’installa par la suite à Hong Kong.

Lin Fengmian est reconnu comme un des précurseurs de l’art contemporain chinois. Son style mariant l’Occident et l’Orient a laissé une empreinte indélébile sur le développement de l’art moderne chinois ou l’art moderne tout court. L’Association ‘East Meets West’ a organisé un événement autour de ce thème au Centre Commercial Super U de Grand-Baie en 2017.

Parmi ses nombreux élèves, relevons Zao Wou-Ki赵无极) et CHU Teh-Chun(朱德群) à qui l’on a conféré l’insigne honneur d’un ‘fauteuil’ à l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France. En 1979, en signe de reconnaissance, Zao Wou-Ki avait organisé une exposition en l’honneur de son maître, décédé le 12 août 1991, au Musée Cernuschi avec le concours de son proche ami sinologue et sinophile, Jacques Chirac, alors maire de Paris.