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Pourquoi créer ?

La création est un geste multiforme, vanité, narcissisme, libération de soi, quête spirituelle, tout s’y mêle, elle est au confluent de nombreuses virtualités mais, au bout du compte, quand il y réfléchit, quand il épuise toutes les strates du superficiel pour excaver l’essentiel, la création sert à parvenir au sens de l’être et de la vie, elle est ce dialogue incessant avec la mort, créer est rompre le pacte avec la fatalité d’un destin, ainsi quand il écrit il s’inscrit dans l’élan du présent, juguler la langue pour qu’elle soit plus pure, nouer des correspondances entre les mots et les émotions, penser la séduction du texte, il en est de même quand il photographie, mettre à nu la lumière pour que la lumière de l’autre puisse être, composer l’image pour qu’elle soit fidèle à l’âme de l’autre, pour qu’elle engendre les ivresses du regard mais au-delà des rituels du présent, il y a la sourde angoisse de la précarité, il y a cette quête de sens, écrire un poème ou faire un portrait est cette tentative de figer les mots et la lumière hors des dérobades du temps, d’enraciner dans la matière les requiems d’une possible éternité et parfois il a sentiment que c’est possible, bien plus avec la lumière que les mots, qui lui échappent depuis toujours, parfois quand il fait un portrait le visage de l’autre resplendit d’une lumière qui n’est pas de ce monde et cette lumière qui devient ensuite une image a le caractère de l’absolu, un fragment hors du temps, qui vainc le temps ou peut-être pas, non pas encore, cela viendra, il faut être patient, s’atteler à la tâche, ne pas s’arrêter, tout à l’heure, demain, il écrira quelques mots, un poème, il fera un portrait, tout sera alors parfait, le gouffre qui sépare l’être de ce qu’il est sera scellé et il saura qu’il est parvenu à créer l’éternité dans le théâtre de l’éphémère, il saura qu’il peut enfin mourir, parvenu au sens de ce qu’il est. Tout à l’heure ou demain.

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