GAËL ETIENNE

Assez ! Comment un homme politique peut-il être autant enfermé et aveuglé par tout ce qui se passe autour de lui ? Comment ne pas comprendre une population en souffrance qui demande un changement de gouvernance ? Tristement, la réplique du Premier ministre aux manifestants aura été : « Bann frustre inn al marse … ». Monsieur le Premier ministre, tendez l’oreille et écoutez la misère du peuple ! Ouvrez votre esprit et sachez concevoir la précarité démocratique dans laquelle nous vivons. Derrière ces « BLD » se cachent de brûlantes envies de changement, de transparence et d’intégrité.

De cette journée qui n’aura point atteint les attentes chiffrées des organisateurs, deux fresques s’esquissent dans l’atelier de la grande transformation : replacer les citoyens au centre de tous les sujets. Et, restructurer en profondeur les mentalités politiques et les appareils partisans.

Le premier tableau qui se dessine est celui d’un combat ; d’une (r)évolution démocratique ! Des Mauriciennes et Mauriciens armés de leurs différentes compétences. Une population empreinte du dynamisme créatif et innovant ! Une foule consciente du poids de notre Histoire et de sa transmission au travers de notre patrimoine commun. Des projets réfléchis ayant l’audace d’être partagés pour la construction d’un bien-être commun ; pour la constitution du bien-être d’autrui. Des citoyens unis qui s’adonnent à l’acceptation de leur prochain et de leurs idées ! Une épopée d’esprits décolonisés des vices de la société ! C’est une fresque où la population fera face aux défis d’aujourd’hui et de demain. Une couche de social, d’économie et d’écologie. L’une ne pouvant trouver son équilibre sans la prise en considération de l’autre.

Pour ce faire, et comme le proposent déjà de nombreuses personnes, il faut à tout prix que soit lancée dans les mois qui viennent une grande consultation citoyenne avec l’ensemble des acteurs de la société. Un portrait du dialogue social, effectué par la création de différents comités, ayant pour principaux contours : la Réforme électorale et la fin du BLS, pour plus de représentativité et moins de communalisme ; l’éducation de nos enfants et de nos adultes, pour éclairer nos esprits et connaître nos droits ; l’égalité des genres, afin que la Femme mauricienne ait la place qu’elle mérite au sein de la grande famille ; la protection et la valorisation de nos mers et forêts, pour mieux les préserver et les rendre durables ; la transparence et la probité au parlement, afin que les Mauriciens soient parties prenantes des changements qui les concernent ; la recherche de nouveaux créneaux de développement économique, pour sortir notre tête de ce marasme financier ; et la préservation de notre culture matérielle et immatérielle, pour que jamais nous n’oublions nos passés partagés.

La seconde peinture se constitue du bref discours du leader de l’opposition parlementaire, qui laisse espérer, non sans méfiance, que la classe politique mauricienne a pris note des revendications des citoyens. Un changement en interne serait-il à prévoir ? Or, cela ne suffira pas pour travailler avec un peuple qui en demande beaucoup plus ! La preuve, bon nombre de personnes ne se sont pas rendues à Port-Louis en raison de certains partis. Les concitoyens ont ce samedi non seulement réitéré leurs désaccords auprès du gouvernement, mais ils ont aussi renouvelé leurs vœux de voir certains de la classe politique se retirer et ce, sans épargner l’opposition. On peut être « enn bon dinozor », mais si les paroles ne se traduisent pas en actes concrets, la vague populaire finira par les engloutir. De ce fait, chaque groupement parlementaire doit se questionner et initier une métamorphose qui démontrera son engagement pour le changement : renouveler plus fréquemment et démocratiquement leur leadership ; établir de la transparence sur les finances des élus et du parti ; éradiquer le discours communal en éduquant les masses ; et coécrire un programme réaliste et ambitieux visant à des changements structurels pour une République de Maurice meilleure. Le peuple est aujourd’hui plus que jamais à l’écoute et pour autant, nous ne demandons qu’à voir ! Qu’attendez-vous ?

« Des frissons, les battements de mon cœur qui s’accélèrent, je suis là sans être sur place, au milieu d’un cortège rouge, bleu, jaune, vert. Mes yeux sont rivés sur l’écran de mon smartphone et je vois mes proches baigner dans cette foule qui s’est rassemblée à Port-Louis en ce samedi 13 février. Je lis les messages de tout un chacun sur les pancartes, et j’écoute ces sons de djembés, et de vuvuzelas envahir la voiture dans laquelle je me trouve. Impossible d’entendre quoi que ce soit. Et pourtant, tout ce brouhaha qui retentit devant l’Hôtel du Gouvernement, a aujourd’hui, encore une fois, fait résonner le cri du cœur de tout un peuple. C’est la quatrième fois de suite, qu’une vague de protestations et de revendications s’inscrit dans ce qu’on peut en ce jour appeler la (R)évolution koltar ».