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Sachons accueillir les étrangers !

L’importance de l’industrie touristique dans la reprise économique post-Covid est aujourd’hui évidente. On connaît les conséquences de la fermeture de tous les hôtels de l’île suivant le lockdown, rendu obligatoire en raison de la pandémie. N’était-ce l’intervention gouvernementale pour les salaires et l’ensemble du secteur hôtelier, la situation aurait pu être pire.
Depuis le début de l’année, l’industrie a cependant repris du poil de la bête. Steven Obeegadoo, DPM et ministre du Tourisme, parlait la semaine dernière de 81% de récupération par rapport à la situation pré-Covid, en 2019. Les touristes sont de retour, l’objectif d’un million d’arrivées est envisageable pour la fin de l’année et, à toute chose égale, le nombre de 1,4 million, prévu pour la fin de l’année financière.
Les revenus touristiques, estimés à Rs 34 milliards pour le premier semestre, devraient atteindre Rs 60 milliards à la fin de l’année, aux dires de la Banque de Maurice. Tenant en compte que chaque 100 000 touristes contribuent pour 0,6 point de pourcentage de croissance économique et qu’ils contribuent autour de 20% du PIB, la croissance économique pour l’actuelle année financière est envisagée avec sérénité, sauf s’il a une catastrophe climatique ou sanitaire imprévue, et qu’on ne souhaite évidemment pas.
Alors que visiblement ce secteur a le vent en poupe, voilà qu’il se heurte cependant à un problème qu’on avait, semble-t-il, sous-estimé : une déficience en ressources humaines. L’annonce du recrutement de quelque 2 500 travailleurs étrangers a ainsi provoqué une levée de boucliers. Un courant de pensée s’étonne qu’on puisse songer à avoir recours à de la main-d’œuvre étrangère alors que le taux de chômage chez les jeunes est encore élevé. Le débat fait rage.
Ce n’est pas la première fois que ce genre de débat vient sur le tapis. Plusieurs secteurs de l’économie auraient été soit paralysés, soit fonctionneraient au ralenti sans la main-d’œuvre étrangère. C’est vrai pour l’industrie manufacturière, les usines de mise en boîte de thon, le secteur financier, de nombreuses petites entreprises de boulangerie, mais aussi dans les supermarchés, les stations-service et le secteur de la construction, pour ne citer que ceux-là. Le fait est que Maurice est arrivée à un niveau de développement où les Mauriciens rechignent certains métiers.
Le problème des ressources humaines dans l’industrie hôtelière ne date pas d’aujourd’hui. Il s’est manifesté bien avant le Covid. À l’époque, les compagnies de croisières avaient recruté massivement des employés, dont une bonne partie avait été formée à l’école hôtelière ou dans les institutions créées par les hôtels eux-mêmes. Cette hémorragie avait entraîné un problème de débauchage, un peu comme on le voit sur la scène politique locale aujourd’hui, où certains établissements hôteliers recrutaient sans scrupule les employés d’autres hôtels en faisant miroiter des avantages financiers non négligeables.
La pandémie fragilise l’emploi dans le secteur hôtelier et touristique. Devant l’incertitude et le manque de visibilité, beaucoup d’établissements ont offert le VRS aux employés les plus anciens et ont limogé les derniers arrivés. Aujourd’hui, ils se retrouvent devant une situation cornélienne : les plus anciens et plus expérimentés ne veulent plus revenir; et les plus jeunes n’arrivent pas à atteindre leur niveau de productivité. Ils refusent de travailler pendant les heures irrégulières. Sans compter que les conditions de travail et les salaires ne leur conviennent pas.
Ceux encore en fonction subissent une pression énorme et, comme le souligne Renaud Azéma, ces jeunes risquent de se décourager. C’est dans cette atmosphère que l’industrie touristique et hôtelière aborde la haute saison, qui doit durer jusqu’à le début de l’année prochaine. Nous n’avons pas le temps d’attendre l’étude commandée par le ministère du Tourisme auprès de la Banque mondiale, qui, nous l’espérons, provoquera une vraie réflexion concernant ce secteur clé de l’économie.
Pour le moment, il nous faut accepter de faire un “paradigm shift” et de changer notre regard par rapport aux étrangers. Protégeons-nous contre le virus xénophobe et démagogique de l’extrême droite, qui se manifeste actuellement dans plusieurs pays européens. Comme le soulignait le cardinal Piat à la messe dite à l’occasion de la Journée des migrants dimanche : sachons accueillir les étrangers, nos frères, tout comme les Mauriciens sont accueillis à l’étranger !

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