Dr CATHERINE BOUDET

Analyste politique

Les attaques et lynchages verbaux pratiqués massivement ces derniers temps sur les réseaux sociaux ne sont pas de simples dérapages. Ils font partie d’une ‘cancel culture’ locale qui consiste à menacer et injurier des personnes cibles pour neutraliser (‘cancel’) leur parole qu’on estime dérangeante et tenter ainsi de les réduire au silence.

Faire du mal et inciter à en faire

La ‘cancel culture’ procède en dénigrant et en rabaissant une personne par des attaques verbales violentes et dégradantes. La ‘cancel culture’ va donc plus loin que la simple censure : il s’agit d’ostraciser la personne, c’est-à-dire de la marginaliser et de l’humilier, et, pire, de faire croire qu’elle mérite de l’être.

Le mot nous vient de l’Amérique de Trump mais les techniques employées localement sont tout aussi élaborées, perverses et dévastatrices. Les attaquants n’ont aucune limite, ce d’autant qu’ils se cachent souvent derrière l’anonymat de ‘fake profiles’ en vue d’échapper aux poursuites judiciaires auxquels leurs propos relevant souvent du délit criminel pourraient les exposer.

Tous les moyens leur sont bons pour déstabiliser, décrédibiliser et faire taire une personne, même les coups en dessous de la ceinture et jusqu’aux menaces de mort. Car il ne s’agit pas seulement de lui faire du mal. Il faut aussi inciter les autres à lui en faire et dissuader quiconque de la soutenir ou de la croire.

Une chasse en meute

La ‘cancel culture’ se pratique donc en meute, un peu comme une chasse à courre moderne. Quand une proie est ainsi ciblée, les chasseurs s’excitent et se soutiennent mutuellement. Leurs attaques massives et répétées relèvent alors du harcèlement criminel. Ces trolls profitent notamment des fils de discussion qui suivent les émissions où s’expriment leurs cibles, pour polluer le débat en déversant leurs flots d’insanités et de violences verbales.

En fonction de leurs proies, ces prédateurs choisissent des angles d’attaque en cherchant à frapper là où c’est susceptible de faire le plus mal. Quelques-uns de leurs thèmes de prédilection :

– des attaques sur l’identité de la personne : propos racistes, communalistes ou xénophobes ;

– quand la cible et une femme : des propos sexistes ou des injures à caractère sexuel ;

– des allégations et diffamations sur la vie privée de la personne, sur son équilibre mental, etc.

Mais au final, la technique est toujours la même : il s’agit de dévier l’attention par rapport aux propos de la personne, pour faire en sorte qu’on prêtera attention non plus à ce qu’elle a dit, mais à ce qui est dit sur elle !

Polluer le débat démocratique

Ces attaques de la ‘cancel culture’ sont des formes de terrorisme psychologique qui, en plus de nuire aux personnes ciblées, polluent le débat démocratique en empêchant les honnêtes citoyens de s’exprimer, de penser et de réfléchir librement. Beaucoup de personnes n’oseront plus partager leurs opinions de peur de subir le même traitement.

Même si les recours juridiques ont leurs limites face aux ‘fake profiles’, il est important avant tout que les citoyens comprennent comment les trolls de la ‘cancel culture’ opèrent. Comprendre leurs modes opératoires, identifier leurs stratégies et être conscients de leurs intentions permet de mieux se protéger et surtout d’être en mesure de répondre adéquatement sans surenchérir dans la violence. Sinon l’attaque est tellement massive, incroyable et sidérante que beaucoup de victimes restent choquées, paralysées, dans un état de stress post-traumatique. Il faut que cela cesse.