ANJANI MURDAN

Enseignante

Les journaux ont, récemment, rendu compte d’une étude de Afrobarometer sur le taux d’échec élevé aux examens de School Certificate ainsi que de commentaires effectués sur cette enquête.

Selon des articles de presse, l’étude réalisée par Afrobarometer a relevé trois raisons qui expliqueraient le taux élevé d’échec au niveau du School Certificate, notamment, la promotion automatique, les parents qui ne motivent pas suffisamment leurs enfants et les enseignants qui ne feraient pas leur travail comme il le faut.

Il faut savoir que les enquêtes Afrobaromètre, conduit par un réseau de chercheurs panafricains, sont essentiellement des sondages de l’opinion publique. Le but des enquêtes est avant tout de donner une voix au peuple (Let the people have a say).

Un sondage d’opinion sur les causes de l’échec scolaire éclaire mal ce problème épineux, il faut se l’avouer. Il est pourtant important de mener une enquête approfondie sur l’éducation de nos jeunes. Nos adolescents mauriciens bénéficient de l’éducation gratuite, du transport gratuit, même de matériels scolaires depuis peu ; ne mentionnons pas les bibliothèques pleines à craquer, les tablettes et ordinateurs dernier cri mis à leur disposition dans les collèges. Ils possèdent, pour la plupart, un smartphone connecté à Internet.

Et pourtant, nos collégiens ont du mal à décrocher les 5 Credits requis pour la promotion. Pour beaucoup d’entre eux, on se la coule douce, école buissonnière, violence, agressivité, indiscipline, bullying, tabac, alcool, drogue, sexe, tout est permis. On mettrait tout cela sur le compte de la crise d’adolescence. Très au courant de leurs droits, beaucoup de nos collégiens essayent manifestations et sit-in pour faire changer des décisions ministérielles peu à leur goût, comme par exemple, le transfert d’un recteur ou l’exigence d’avoir un certain niveau pour être promu. Mais leur incapacité à décrocher ces 5 Credits, on la met sur le compte des enseignants. C’est eux qui ne font pas leur travail correctement… Depuis 15 ans, comme le montrent les statistiques, la performance au niveau du SC n’a fait que baisser. Et on blâme les profs. Mais dites, ce n’étaient pas les mêmes profs qui quinze ans auparavant faisaient réussir les élèves ? Que s’est-il passé, ils auraient tous pris leur retraite ? ou bien ils auraient subitement et miraculeusement oublié la maîtrise de leur profession ?

Beaucoup de ces parents qui veulent faire porter l’entière responsabilité de l’échec scolaire aux enseignants, ont eux-mêmes démissionné de leur responsabilité parentale ; pire, certains se plaignent et avouent ne plus pouvoir contrôler leurs progénitures. Même la Brigade des Mineurs a fort à faire dans les places publiques.

Si on était un tant soit peu honnête, on s’apercevrait que le problème de l’échec scolaire vient, au moins pour partie, du manque de motivation des élèves. Pour la plupart d’eux, les études ne motivent plus. Ni le moindre effort. Ne parlons pas de lecture. Au temps où on n’avait même pas de quoi manger, on copiait à la main les textes de Shakespeare. De nos jours, on s’amuse à oublier livres et cahiers à la maison pour justifier le devoir pas fait.

Il ne faut pas se leurrer, le profil des élèves a changé. Certains de nos adolescents n’ont rien en commun avec leurs homologues du passé, qui voyaient dans le professeur une autorité à obéir et à respecter. Ils sont plutôt portés à se révolter contre toute emprise qui les empêcherait de vaquer à des occupations préférées, à savoir, surfer sur des sites peu recommandables, ou vouloir s’amuser tout le temps en classe aux dépens du prof.

Au demeurant, ce mal est loin d’être limité à nos rives ; ailleurs dans le monde, ce problème est encore plus grave, des élèves terrorisant camarades et profs à la force d’armes.

Mais, il faut aussi chercher à comprendre la déroute adolescente. Si autrefois il fallait suer pour gagner toute chose, de nos jours, notre société de consommation, dont le levier semble être le matraquage publicitaire, a fini de reléguer à l’ombre la notion d’effort. Au peak time, c’est à combien de millions s’élève la cagnotte de la semaine… Dehors, c’est le foisonnement des temples de consommation. Alors, pourquoi recourir à l’effort ? L’adolescent est confronté à un sacré problème : à qui accorder plus de crédit, au prof qui emmerde avec sa ‘morale’ ou aux réalités et illusions qui l’entourent ?

Nos adolescents sont mal préparés aux changements sociaux, davantage quand parents et professeurs ne sont plus sur la même longueur d’onde. Les premiers se consacrent aujourd’hui davantage à leurs boulots et ambitions personnelles en compensant leur absence à coup de rutilants téléphones portables qui coûtent les yeux de la tête. Achetés souvent à crédit ! et les seconds héritent de débraillés irrespectueux. Comment se fait l’éducation dans ce contexte ? En a-t-on une idée ? Il serait d’ailleurs intéressant d’entreprendre une étude sur les maladies liées au stress chez les enseignants.

Arrêtons donc de trouver dans l’enseignant le bouc émissaire idéal. S’il y a enquête à faire, faisons-la et cherchons les causes profondes de ce problème ; interrogeons les étudiants eux-mêmes, pas uniquement leurs parents qui sembleraient avoir des comptes à régler avec les enseignants ; interrogeons aussi ces enseignants qui se retrouvent le plus souvent seuls face à une immense tâche. Observons et cherchons en profondeur. On trouvera les causes profondes et peut-être même des solutions à ce problème de baisse de niveau scolaire.