Président du HR Committee du Central Electricity Board (CEB), l’ex-PPS Toolyiraj Benydin est d’avis que les syndicalistes « doivent faire preuve de responsabilité lors des prochaines négociations tripartites ». L’ancien président de la Federation of Civil Service and Other Unions dit ainsi regretter d’avoir été muté de la circonscription de Vacoas/Floréal (No 15) à celle de Beau-Bassin/Petite-Rivière (No 20) lors des dernières élections générales, et ce, alors qu’il se trouvait dans une “winning position” dans sa circonscription, dit-il.

Dans l’interview qui suit, il souligne être en contact permanent avec ses mandants du No 15. Il explique aussi pourquoi il a décidé de procéder tout récemment à l’ouverture d’un séminaire organisé par une confédération syndicale à Belle-Rose, alors qu’il est toujours membre du conseil d’administration du CEB. De même, selon lui, les leaders des principales fédérations et confédérations syndicales « sont devenus grisonnants », estimant ainsi qu’il « est temps de laisser la place aux jeunes ». Et d’affirmer que les relations entre le ML et le MSM sont toujours « cordiales ».

Vous avez récemment procédé à l’ouverture d’un séminaire organisé par une confédération syndicale alors que vous êtes toujours président du HR Committee du CEB. Expliquez-nous votre démarche !
Même lorsque j’assumais le poste de secrétaire parlementaire privé, dans le passé, les syndicalistes m’ont toujours invité à leurs assemblées générales. Je fais donc le déplacement, surtout lorsqu’il s’agit de syndicats de la Fonction publique. Lorsque j’ai reçu une invitation, j’y ai répondu favorablement. J’ajoute qu’un syndicaliste ne part jamais à la retraite. Il est vrai aussi que je ne suis plus PPS maintenant, et j’ai donc moins de responsabilités. Je me sens plus libre. Quand j’étais PPS, beaucoup de syndicalistes venaient me voir pour me demander conseil et parfois en vue de régler des problèmes avec les autorités concernées. Ma façon de faire de la politique est beaucoup plus orientée vers le social.

Si vous faites un tour d’horizon de mon parcours politique, vous verrez que je n’ai eu de conflit avec qui que ce soit. J’ai fait mon travail tranquillement sur le terrain. Même si je ne suis plus député de la circonscription de La Caverne/Phoenix, mes mandants ont l’habitude de m’inviter dans diverses activités, sans faire de pub autour de ma présence. Je suis comme ça, je ne suis pas du genre à mettre ma photo sur Facebook pour faire savoir que j’ai été à tel ou tel endroit juste pour montrer que je suis en train de travailler. Moi, je fais mon travail à ma façon.

Je ne suis pas né de la dernière pluie. Depuis que j’ai 15 ans, je suis sur le terrain, au début à travers des clubs de jeunesse, avant de faire mon entrée dans le monde syndical et ensuite travailler à l’étranger. Je fais de la politique à ma façon, mais sans embarrasser mes collègues au sein du gouvernement.

Être député, pour vous, c’est maintenant chose du passé… Est-ce que vous regrettez cela ?
Mon plus grand regret, c’est ma mutation à la circonscription No 20. Cette décision m’a beaucoup attristée, car j’étais dans une “elected position”. On m’a retiré dans un endroit où j’avais beaucoup de popularité pour m’affecter dans une région très difficile à conquérir. D’ailleurs, je crois que c’est la seule circonscription où le MMM a remporté un 3-0. On m’a mis dans une circonscription où c’était vraiment une véritable course contre-la-montre. Mais comme je suis un “fighter”, j’ai accepté de relever le défi, au lieu de rester sur la touche. Mes mandants sont bien attristés par mon départ.

Il y a actuellement des frictions entre les confédérations et fédérations syndicales. Vous qui êtes en dehors de la scène syndicale, quel regard portez-vous sur ces différends ?
C’est regrettable. Nous avons toujours lutté pour qu’il y ait une unité syndicale. Il y a eu beaucoup de plateformes et de front communs. À l’époque, le National Trade Union Council regroupait toutes les fédérations syndicales. C’était une confédération assez unique. Mais aujourd’hui, il y a plusieurs confédérations syndicales. Ce n’est pas du tout à l’avantage des travailleurs. Je suis d’accord sur le fait qu’il faut un pluralisme syndical, mais il faut qu’il y ait aussi des actions unitaires. Malheureusement, tous les syndicalistes ne regardent pas dans la même direction.
Les leaders syndicaux doivent aussi céder la place aux jeunes. Il faut rajeunir le mouvement syndical. Il faut encourager les jeunes à occuper des postes à responsabilités dans le mouvement syndical. Peut-être que ce sont jeunes qui arriveront un jour à amener l’unité syndicale. Bref, il faut rajeunir le leadership.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez quitté le poste de président de la Federation of Civil Service and Other Unions ?
Effectivement. D’abord, je ne pensais pas que j’allais me lancer dans la politique tout juste après. Deux ans avant l’âge de retraite, je me suis retiré comme président de la fédération. D’ailleurs, on disait à mon sujet que j’étais un dinosaure. J’ai donc cédé ma place aux autres camarades qui menaient un combat pour les fonctionnaires, car personne n’est indispensable. J’ai quitté en 2012 et en 2014 on a pris contact avec moi pour faire de la politique. Je me suis joint au Mouvman Liberater. Ces cinq ans ont passé très vite et, si j’avais obtenu une deuxième investiture au No 15, j’aurai complété tous mes projets.
Au niveau de la fédération, certains disaient que je suis comme Bokassa, car j’ai été président de la fédération pendant longtemps. Avant de partir, j’avais proposé d’amender la constitution de la fédération pour limiter le mandat de la présidence. Aujourd’hui, on peut constater ki ena finn kas rekor prezidans dan bann sindika.

Quelle est votre réflexion sur le monde du travail en cette période de COVID-19 ?
Nous sommes en train de passer par une phase difficile. Les syndicalistes comprennent la situation, mais continuent de revendiquer les droits acquis. Je vois que beaucoup de syndicalistes contestent le fait que le mode de remboursement du “sick leave“ et du “vacation leave” a été modifié. Lorsqu’un syndicaliste dit qu’il faut agir en tant que responsable, d’autres syndicalistes, eux, vont tout de suite conclure qu’il est en train de marcher avec le gouvernement et le patronat. Or, il faut savoir que la COVID-19 est en train de causer beaucoup de problèmes. Je ne crois pas que le PRB va disparaître.
Sans le Wage Assistance Scheme, beaucoup de travailleurs se seraient retrouvés dans des situations extrêmement difficiles. Il faut saluer l’effort du gouvernement. Le ministre du Travail, Soodesh Callichurn, est ferme dans ses propos. Pas question de licencier les travailleurs avec l’aide financière du gouvernement.

Pensez-vous que les travailleurs devraient avoir droit à une compensation salariale cette année en raison de la cherté de la vie ?
Les négociations se dérouleront cette année dans des conditions exceptionnelles et difficiles. Du moment que le gouvernement a décidé d’ouvrir le dialogue, c’est un signal fort qu’il a voulu émettre. Il veut être à l’écoute des travailleurs. Il faut trouver une juste formule pour qu’il n’y ait pas de perdants. Il faut donc une “win-win situation” pour ce qui est du quantum de la compensation salariale annuelle.

Vous disiez dernièrement que, dans la vie, « fode pa fer gran nwar ».. Que vouliez-vous dire par là ?
Je disais qu’un député, un ministre ou un Premier ministre doit rester humble parce que demain, vous pouvez vous retrouver comme un simple citoyen. Il faut donc être à l’écoute des gens. Il ne faut pas dire que l’on n’a pas le temps d’écouter. Personne ne peut être député ou ministre de façon permanente. Moi, j’ai continué à vivre de façon simple lorsque je suis devenu député. Je continuais à balayer ma cour et à faire mes courses au marché. Je n’ai jamais été accompagné d’un garde du corps ou d’un cortège.

Est-ce que les relations sont cordiales entre le ML et le MSM actuellement ?
Oui. D’ailleurs, le leader du parti, Ivan Collendavelloo, l’a clairement fait ressortir récemment. Nous sommes en train de travailler en étroite collaboration au niveau des conseils municipaux. Les relations sont normales.