Dr DIPLAL MAROAM

Après les 4 années d’administration de Donald Trump marquées par une diplomatie souvent imprévisible, l’arrivée de Joe Biden au pouvoir est perçue par la communauté internationale comme une lueur d’espoir, ce même si les fondamentaux de la politique extérieure américaine ne devraient pas connaître de changement significatif. Certes, vu l’ampleur des dégâts à réparer, la tâche du 46e président ne s’annonce guère aisée mais le contenu et les priorités définies dans son programme électoral indiquent clairement la voie sur laquelle il compte remettre son pays. Par rapport au climat, par exemple, qui constitue justement une de ses priorités, s’il s’engage à réintégrer l’accord de Paris dans le plus bref délai, Donald Trump, par contre, avait, lui, qualifié le réchauffement climatique de « canular » à un moment même où l’avenir de la planète est devenu une préoccupation centrale.

Par ailleurs, de l’autre côté de l’Atlantique, une Europe divisée et inquiétée par Donald Trump et déjà fragmentée par le Brexit espère tourner la page en attendant un retour à la normale avec son allié clé traditionnel. Car, même si la politique notoire de « partage du fardeau » instaurée par Donald Trump dans le cadre de la défense du continent ne disparaîtrait pas totalement, les tensions créées seront, selon toute évidence, chose du passé. Et Bruxelles pourrait, dans une certaine mesure, compenser le Brexit par la normalisation de ses relations avec Washington. En outre, l’OTAN, ayant urgemment besoin d’une reprise en main, le retour du soutien américain, traitant l’UE en allié plutôt qu’en adversaire, serait assuré. Ainsi, que ce soit sur le dossier du climat ou de la sécurité globale, Européens et Américains peuvent enfin conjuguer leurs efforts et regarder dans la même direction. Cependant, les relations privilégiées entre les États-Unis et le Royaume-Uni de Boris Johnson risquent de subir une certaine rétrogradation. L’on se souvient que le duo Obama–Biden au pouvoir avait tacitement soutenu l’ancien PM britannique David Cameron et exprimé un certain scepticisme lorsque la Grande-Bretagne avait voté pour le Brexit en 2016. Dans cet esprit, le rapprochement des États-Unis envers Bruxelles, Berlin et Paris au détriment de Londres n’est pas à exclure.

D’autre part, en se retirant de nombreux cadres multilatéraux, y compris l’OMS à un moment où la crise sanitaire continue à ébranler le monde, les États-Unis ont laissé le champ libre à d’autres acteurs ambitieux, à l’instar de la Chine. Certes, Pékin pourrait bien essayer de tirer profit de la volonté de Joe Biden de rechercher une entente sur de grandes problématiques mondiales, dont le changement climatique, mais la relance de la coopération des États-Unis avec l’étranger pourrait toutefois compromettre ses ambitions géostratégiques – souvent camouflées dans un cheval de Troie nommé commerce bilatéral. En guise d’exemple, une superpuissance comme la Chine, en passe de ravir la première place aux États-Unis, a-t-elle réellement besoin d’un partenariat économique avec Maurice pour faire avancer sa politique de développement ? Dans sa guerre commerciale avec les États-Unis, la Chine tentera par tous les moyens possibles d’étendre sa zone d’influence, et jouer la carte de Maurice en tant que tremplin vers le continent africain constitue là manifestement un de ces moyens par excellence.

Bref, au niveau national comme international, l’accession de Joe Biden au pouvoir apportera plus de sérénité et de confiance. Les principales bourses européennes étaient d’ailleurs en hausse le 7 janvier, au lendemain de la victoire des Démocrates au Sénat, reléguant au second plan le climat insurrectionnel qui avait ébranlé les États-Unis la veille lorsque des partisans surexcités du président sortant avaient pris d’assaut le Capitole, temple de la démocratie américaine, dans une vaine tentative d’entraver la confirmation de la victoire électorale de Joe Biden. Les membres de l’extrême droite comptent maintenant se rassembler le 20 janvier à Washington, jour de prestation de serment du nouveau président.  Pour donner la réplique, les Démocrates ont enclenché les procédures en vue de la destitution de Donald Trump, accusé d’incitation à la violence.

Et si ce deuxième « impeachment » aboutit, le milliardaire américain ne pourra se représenter à la prochaine présidentielle de novembre 2024.