Un humoriste nommé Franklin ?

Démarrons par le gag de la semaine. Il y a fort à parier que les impayables esprits fins de Pop Tv ne rateront pas cette occasion en or d’y puiser calembours et scénarios, qui vont longtemps rester scotchés aux mémoires. L’aveu, énorme, du présumé trafiquant de drogue Jean Hubert Célérine, dit Franklin, qu’il souffrirait de mal de mer et qu’il ne tiendrait pas une minute sur un bateau, n’a certainement pas manqué d’en… faire marrer plus d’un comme des baleines. Qui sait ? Peut-être que durant ses jours en détention policière – ça dure, quand même, il est derrière les barreaux de sa cellule du poste de police depuis le 7 février ! –, l’homme qui n’en finit pas d’user de tous les stratèges possibles pour clamer son innocence s’est découvert des talents d’humoriste ! Peut-être est-ce cela le fameux “feel good factor” qu’évoquait Pravind Jugnauth, un peu avant l’heure, dans son message de début d’année…
Une kyrielle de vidéos a été postée sur les réseaux sociaux, suivant cette déclaration tonitruante du roi de l’ouest, le montrant prenant du bon temps, voguant au gré des eaux, cheveux aux vents. Autant dire que ce n’est pas demain que les Mauriciens oublieront ce fameux gag ! À chaque fois qu’il l’ouvre, Franklin en fait des tonnes. À force, on pensait qu’il aurait compris qu’il vaut mieux qu’il la boucle. Mais il semble bien que… non ! Il persiste et signe, le gars.
Sur une note moins comique, le fatidique 1er mai se rapproche inexorablement. Avec le retour aux affaires, puisque les restrictions sanitaires pour cause de Covid-19 ont été levées, les meetings politiques reprennent leurs droits. Il va sans dire que l’annonce de l’opposition à l’effet qu’elle ne sera pas présente comme un bloc uni fait jaser. Est-ce à dire qu’il y a encore et toujours des problèmes de communication et de “fine tuning” entre ces trois grands partis ? Doit-on comprendre qu’entre ces partenaires, il y aurait comme de l’eau dans le gaz ? Ce qui est clair, c’est que cette alliance donne beaucoup (trop, d’ailleurs) l’impression qu’elle est fragile et cousue de fil d’or. Pourtant, au même titre que l’opposition extraparlementaire, Ramgoolam, Bérenger et Duval n’en finissent pas de marteler qu’il faut botter Jugnauth fils hors du pouvoir !
L’échiquier politique actuel est en effet très complexe. La configuration présente revêt des nuances et des imbrications multiples qui posent pas mal de problèmes. Mais l’on aurait tort de penser que seul le trio de l’opposition en est affecté.
Du haut de son trône, Pravind Jugnauth ne peut contempler le tableau en toute quiétude. Sans l’appareil d’État qu’il maîtrise, use et abuse – puisqu’il en est au sommet –, sans compter sur les bus qui iront dénicher les partisans dans les moindres coins et recoins de toutes les circonscriptions de l’île, moyennant on ne sait plus quels cadeaux (le tarif n’est certainement plus le même de nos jours), il y a fort à parier que lui non plus ne s’aventurerait pas à descendre sur le “coaltar” chaud bouillant ! La guerre des foules n’aura donc finalement pas lieu cette année.
Notre scène politique est plus que jamais une terre fertile. Traînant ses innombrables scandales tels des boulets, avec ses différents partenaires qui tentent chacun de tirer l’un sur l’autre et d’en profiter, la maison orange de Pravind Jugnauth s’en retrouve sérieusement secouée. En face, le trio souhaitant reprendre les commandes connaît pas mal de soubresauts, d’autant qu’elle n’arrive pas vraiment à gagner l’adhésion totale et unanime du peuple. Et en parallèle, plusieurs “petits partis” – surtout ReA et LPM, qui se sont les plus distingués – offrent des alternatives intéressantes. Celui qui avait réussi à galvaniser une immense vague humaine en 2020, Bruneau Laurette, trouvera-t-il un wagon auquel s’accrocher, de préférence sans Sherry Singh, qui semble être davantage un poids lourd qu’autre chose ? Et qu’adviendra-t-il de Roshi Bhadain et de Nando Bodha ? Les prochaines élections générales s’inscrivent dans ce contexte, totalement inédit du coup.
Le feuilleton Franklin, avec les révélations fracassantes qui n’épargnent pas des proches du gouvernement de Pravind Jugnauth, et toute l’énigme autour de la fameuse “stag party” ravissent, eux, toujours l’attention publique.

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