Violences et décadence

Plusieurs cas de viol et de violence perpétrés sur des personnes âgées sont venus défrayer la chronique ces dernières semaines. Certains sont liés à la consommation de drogue, plus probablement des produits synthétiques. Mais pas tous.
La violence, sous toutes ses formes, s’étale dans nos médias, jour après jour. Il y a par exemple ce motocycliste qui s’en prend, à la manière d’un “serial killer”, à plusieurs femmes gérant des commerces, dans diverses régions de l’île. Il est présenté par les autorités comme étant « très violent ». Il y a cette jeune épouse, qui se disant victime de violence conjugale, a fini par ébouillanter son mari quand celui-ci dormait…
Mais ce qui retient surtout l’attention, ce sont deux cas d’inceste. Le premier est arrivé en octobre dernier dans le Sud. Une habitante de Rivière-des-Anguilles, âgée de 62 ans, a été agressée sexuellement par son fils de 36 ans. Dans ses déclarations à la presse, la maman blessée, qui a été hospitalisée, a indiqué qu’elle était au courant que son fils prenait des substances nocives. Elle a aussi évoqué ses crises, ses accès de violence… Mais de là à ce qu’il s’en prenne à elle, sexuellement… : la pauvre femme a eu le choc de sa vie et sera, à tout jamais, meurtrie dans sa chair et son âme.
Le deuxième viol d’une mère par son fils est survenu à Valetta, cette semaine. La maman, âgée de 73 ans, a été victime de son fils, âgé de 49 ans. L’accusé court toujours. On ne sait, à ce stade, s’il était sous influence d’une drogue quand il a commis cet acte incestueux.
Quelle mouche a donc piqué ces hommes ? Où est passé le respect pour leur mère ? Ces cas ont, avec raison, indigné et révolté les Mauriciens. Certes, l’inceste ne date pas d’hier et ce type d’atrocité se produit partout dans le monde. Mais ce n’est pas une raison être indifférent.
Et c’est trop facile, de même, de faire porter le chapeau à la drogue. Quand on sait que depuis des lustres, la communauté des travailleurs sociaux engagés dans la lutte contre la toxicomanie n’a de cesse de réclamer des traitements, de la formation et des structures appropriées et adéquates pour les consommateurs de drogues synthétiques, on ne peut qu’être dégoûté du peu de cas qu’ont fait les autorités sur ce point.
À croire que pour Pravind Jugnauth et ses gouvernements successifs, seule compte la répression ! Comme si toutes les réponses viendront avec les moyens mis en place pour « casser les reins » des trafiquants… Et si encore on pouvait se targuer d’avoir mis en taule quelques gros bonnets de la mafia !
Dès 2013, l’infatigable Danny Philippe implorait les autorités pour une prise de conscience face aux drogues synthétiques et l’urgence de la mise en place de structures adéquates et de personnel qualifié et formé pour prendre en charge les consommateurs touchés. Graduellement, toute la communauté des travailleurs sociaux engagés dans ce secteur a tenu un discours identique. Mais ce plaidoyer n’atteint, semble-t-il, toujours pas les oreilles de Pravind Jugnauth et son entourage… Idem pour les agences étatiques censées défendre les droits des enfants : beaucoup de bruit, de discours et de bonnes intentions. Mais à l’arrivée, rien de concret !
Nous ne cesserons de le répéter : construire une société, de surcroît, comme la nôtre, appelée à faire face à autant de défis nouveaux, surtout avec la nouvelle donne de la COVID-19 et ses implications mondiales, requiert une rééducation de la masse. Il faut absolument des remises à niveau si l’on veut que notre pays reprenne le train du progrès et rattrape le retard enregistré ces dernières années.
Dans la même veine, comment ignorer que nous sommes à la veille de Noël et des fêtes de fin d’année, et que des familles entières vivent toujours sur des terrains à Pointe-aux-Sables et à Riambel, nommément ? De mai dernier, en plein confinement, quand leurs modestes « cases » ont été rasées, à maintenant, et alors que plusieurs familles ont été informées officiellement par les autorités qu’elles étaient éligibles à des maisons de la NHDC, celles-ci dorment toujours à la belle étoile. Leur désir légitime — parce qu’ils sont dûment enregistrés auprès des autorités depuis des années — de célébrer Noël dans leur chez-soi paraît plutôt compromis…

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