SECTEUR BANCAIRE Hier soir au Domaine Les Pailles


La BoM se dit préoccupée par le coût des services bancaires


KALIPSO À Rivière-Noire


Des plaisanciers contre un projet hôtelier sur l'Île-aux-Bénitiers


SECTEUR BANCAIRE Hier soir au Domaine Les Pailles


La BoM se dit préoccupée par le coût des services bancaires

Le gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, s'entretenant avec le Premier ministre suppléant, le Dr Rashid Beebeejaun, hier soir, au Domaine Les Pailles. On reconnaît, au centre, Raj Ringadoo, président de la State Investment Corporation (SIC)

La Banque de Maurice (BoM) se réjouit de la profitabilité des banques opérant dans le pays mais est préoccupée par l'efficacité et le coût des services qu'elles offrent. La Banque centrale est en train de concerter avec les banques commerciales en vue d'élaborer un format uniforme pour la présentation des frais, commissions et autres charges imposables sur leurs services afin que leurs clients puissent mieux les comparer. C'est ce qu'a annoncé, hier soir, le gouverneur de la BoM, Manou Bheenick lors de la cérémonie de rebranding de la South East Asian Bank qui sera désormais connue sous l'appellation Bramer Banking Corporation Ltd.

Manou Bheenick a déclaré que les autorités bancaires sont satisfaites de la performance des banques et de l'environnement dynamique dans lequel celles-ci opèrent mais qu'en même temps la BoM " remains concerned " à propos de l'efficacité et le coût des services proposés. Se référant à l'un des indicateurs qu'est le retour moyen sur les actifs des banques à Maurice, M. Bheenick a observé qu'il se situait, l'année dernière, à 1,8 %, cela comparativement à un taux de 1,3 % en Afrique du Sud. Alors qu'un niveau de revenus élevés est important et qu'un taux de rendement sur les actifs peut démontrer une plus grande efficacité opérationnelle, il pourrait aussi signaler que le consommateur est appelé à payer des frais conséquents sur les services octroyés par sa banque. La compétition dans le secteur bancaire ne peut qu'aider à améliorer la transparence au niveau des coûts pratiqués. Il y a actuellement vingt banques en opération et en dépit du fait qu'il y a un " high degree of market concentration ", les autorités bancaires ne croient pas qu'il y a collusion entre les institutions concernées.

Toutefois, pour stimuler la compétition et permettre aux clients des banques de prendre des décisions sur la base d'informations précises, la Banque centrale a décidé de mettre en place, en collaboration avec les banques commerciales, un format uniforme pour la présentation des frais et autres commissions que les banques réclament à leurs clients et de les annoncer sur leurs sites web. " A better-informed customer is the best guarantee of greater efficiency in financial intermediation and the sustainable profitability of our banks ", a soutenu le gouverneur de la BoM.

Manou Bheenick a parlé ensuite de la création du poste d'Ombudsperson for banks, poste prévu dans le Banking Act de 2004. L'Ombudsperson aura, entre autres, pour attribution d'enquêter sur les doléances soumises par les clients des banques. Manou Bheenick a donné les raisons pour lesquelles ce poste n'a pas été créé jusqu'ici. Selon lui, la jurisdiction mauricienne est trop petite pour avoir une multiplicité d'instances avec plus ou moins les mêmes droits de regard. Il y a d'une part la Financial Services Commission (FSC) et, d'autre part, le Commission for the Protection of Small Borrowers. " We thought that it would be more efficient for those institutions to provide a one stop shop to address all issues relating to the banking and financial sector ", a fait comprendre le gouverneur mais l'idée n'a pas fait du chemin. La BoM nommera donc une Ombudsperson et s'évertuera par la suite à harmoniser sa position avec les autres instances susmentionnées.

Manou Bheenick a également fait mention du " fresh wind of islamic banking " qui s'abat sur Maurice, faisant comprendre que les autorités sont passées très vite à l'acte après des consultations élargies avec diverses parties. Les directives ont été publiées et l'adhésion à l'autorité internationale en matière de normes et principes pour les activités d'islamic banking a été complétée. Le gouverneur a, dans la foulée, annoncé l'approbation en principe des deux premières licences d'islamic banking mais s'est gardé de divulguer les noms des institutions concernées.

Dans un autre ordre d'idées, le gouverneur de la Banque centrale s'est appesanti sur certains indicateurs très pertinents du secteur bancaire. Il a fait savoir, que les banques gèrent un total de 1,96 million de comptes, soit une moyenne de 1,55 compte par tête d'habitant. Le nombre de cartes bancaires en circulation s'élève à 180 185, soit 150 cartes pour chaque 1 000 habitants. Le nombre de chèques émis chaque jour se chiffre à 21 159 alors que le secteur bancaire employait, à fin juin 2008, 6 100 personnes, et que les emplois ont augmenté en moyenne de

15 % par an au cours des deux dernières années. C'est le secteur enregistrant la plus forte croissance à Maurice. La BoM, a-t-il ajouté, garde un œil sur tout ce développement.

M. Bheenick a dit que la Banque centrale se félicitait de la venue du British American Investment Group, à travers Bramer Banking Corporation Ltd., dans le secteur bancaire, ceci compte tenu de la force de ce conglomérat dans le paysage financier local. Le groupe BAI est classé 9e en termes d'actifs parmi les Top 100 Companies et a une présence marquante dans le secteur de l'assurance, du marché des devises, du crédit-bail, entre autres. " I therefore see this event having more far-reaching consequences going well beyond the domestic financial sector and reflecting the broader economic ambitions of the country ", a-t-il fait ressortir.

Manou Bheenick a également indiqué qu'elle a, par ailleurs, octroyé " en principe " les deux premières licences d'" Islamic Banking ".


KALIPSO À Rivière-Noire


Des plaisanciers contre un projet hôtelier sur l'Île-aux-Bénitiers

Le groupe de plaisanciers, pêcheurs et skippers s'exprimant contre le projet hôtelier sur l'île-aux-Bénitiers hier, à Rivière-Noire

Des plaisanciers, pêcheurs et skippers de l'Ouest ont, lors d'une rencontre avec la presse hier, à Rivière-Noire, exprimé leur appréhension face à un projet hôtelier sur l'Île-aux-Bénitiers. " L'île est une réserve naturelle où oiseaux et tortues viennent pondre. Ce projet hôtelier ne va pas de pair avec la politique déclarée du gouvernement de promouvoir une île Maurice durable ", avance Karl Lamarque, porte-parole des plaisanciers. Vassen Kauppaymuthoo, océanographe, a quant à lui soulevé les dangers liés à l'élevage de poissons dans nos lagons dans le cadre du Finance Act 2008 sur l'aquaculture.

" L'île-aux-Bénitiers est riche en biodiversité marine. C'est une réserve naturelle où oiseaux et tortues viennent pondre alors qu'aux alentours de l'île, il y a des tipoul, crevettes et huîtres ", soutiennent le groupe de plaisanciers et de skippers. Sur une des pancartes qu'ils brandissaient hier, était écrit : " Avek lotel lor l'île-aux-Bénitiers, touris pou degout Moris ".

Selon M. Lamarque, quatre ou cinq ans de cela, la construction d'un hôtel sur ce même îlot était en projet par le groupe FAIL, la société Nabeebacus et le gouvernement d'alors. " Nous leur avons fait comprendre que ce projet n'était pas dans l'intérêt du public. D'abord, un tel projet représente un désastre écologique et un désavantage pour les activités économiques car étant au détriment des pêcheurs, plaisanciers, organisateurs d'excursion et même les agences de voyage qui vendent ce site aux touristes. Finalement, ils sont tombés d'accord pour ne pas aller de l'avant avec le projet ", dit-il.

Selon le groupe de plaisanciers, le promoteur du projet actuel serait l'hôtel Hilton. " Un représentant du promoteur a eu une réunion avec nous à Tamarin et nous a dit que le promoteur était l'hôtel Hilton ", soutient-il. Anticipant les points que pourraient avancer les promoteurs en vue de réaliser leur projet, Karl Lamarque reprend les arguments des promoteurs de l'ancien projet susmentionné pour les contester : " Les promoteurs disaient que cela allait créer 200 à 300 emplois. Mais, il y a déjà 300 personnes qui gagnent actuellement leur vie sur l'île-aux-Bénitiers - les plaisanciers, pêcheurs et organisateurs d'excursion. Ces emplois promis sont au détriment des emplois actuels de ces derniers ". Avec l'ancien projet, selon notre interlocuteur, l'on prévoyait de diviser l'île-aux-Bénitiers en trois parties : l'hôtel, le lieu public et une réserve naturelle. Or, selon lui, " ces trois choses sont incompatibles. L'île-aux-Bénitiers est déjà une réserve naturelle. Ils ont finalement trouvé qu'on avait raison et ont proclamé l'îlot parc récréatif et éco-touriste ".

Selon le groupe de plaisanciers, il semblerait que " le présent gouvernement ignore ces éléments. Si les promoteurs viennent de l'avant avec ce projet, c'est qu'ils ont reçu carte blanche du gouvernement. Ils sont en train de préparer leur Environment Impact Assessment (EIA) et font des réunions en vue du consentement des gens de l'endroit ". Alain Dubois, plaisancier, ajoute pour sa part : " Si nou lagon mor avek travay konstriksyon lotel, touris pa vini, la fonn mor e nou vinn somer ! ".

D'autre part, des plaisanciers disent souhaiter que le projet soit annulé et ils prévoient une marche de protestation le 19 septembre prochain à La Gaulette.

Quant à Vassen Kauppaymuthoo, abordant les dangers que représente selon lui l'aquaculture, il déclare qu'en ce qui concerne l'environnement, " il y a des risques par rapport à la bio-sécurité. Les poissons, algues et coquillages qu'on introduira dans nos lagons risquent de débalancer notre écosystème et d'affecter nos coraux ". Par ailleurs, selon lui, il faut cinq à six kilos de poissons sauvages pour produire de la farine pour engraisser des poissons d'un kilo. " On détruit cinq kilos de poissons sauvages pour avoir un kilo de poisson d'élevage ". Cette farine, d'autre part, avance-t-il, est susceptible de polluer le lagon. Le poisson d'élevage, de plus, " crée des problèmes de maladie. Ils affectent les poissons sauvages qui passent à proximité ". D'un point de vue économique, selon M. Kauppaymuthoo, " l'on avance que l'aquaculture est un remède au chômage. La Ferme de Mahébourg n'emploie qu'une soixantaine de personnes. Est-ce que cela vaut le coup de prendre le risque ? ".

S'agissant des droits publics, " la mer fait partie du domaine public et n'est pas sujette à la propriété privée. On ne peut ni l'aliéner ni la prescrire selon le Code civil ". Les concessions sur des parties de nos lagons étalées sur une période de vingt ans tel que prévu par le Finance Act 2008 sur l'aquaculture, représentent des conflits. " Des plaisanciers ne pourront plus passer à certains endroits pour travailler. Par exemple, il faut qu'ils fassent un immense détour pour aller au Morne ".

Kalipso propose, dit-il, une alternative : l'aquaculture avec des bassins sur terre. " Les poissons ne peuvent pas s'échapper ni nuire à la biodiversité. De plus, on peut contrôler la qualité de l'eau et ne pas polluer le lagon. On ne touche pas au domaine public par la privatisation de la mer. Les plaisanciers etc. pourront aussi y gagner leur vie ". Ce projet a déjà, dit-il, fait l'objet d'une étude par l'Albion Fisheries Research Centre.