PROFESSION LÉGALE Faux affidavit
Des sanctions contre un avocat et un avoué
ICAC : déposition consignée
contre Benu Servansingh
PROFESSION LÉGALE Faux affidavit
Des sanctions contre un avocat et un avoué
Hamid Jagoo (avocat) et Kedernath Gungabissoon (avoué)
Deux membres de la profession légale, Me Hamid Jagoo (avocat) et Me Kedernath Gungabissoon (avoué), sont passibles de sanctions disciplinaires de la Cour suprême suite à des initiatives prises par l'Attorney General, Rama Valayden, sous la section 23 du Law Practioners Act. Les dossiers relatifs ont été transmis cette semaine par les services de l'Attorney General's Office au Chef juge, Bernard Sik Yuen, en vue d'enclencher les procédures pour instituer un comité disciplinaire composé des juges de la Cour suprême.
La comparution devant ce comité disciplinaire de la Cour suprême de Me Jagoo et Me Gungabissoon, qui courent le risque de se voir radier de l'ordre des avocats et des avoués, fait suite à une enquête portant sur une affaire de faux affidavit dans une enquête de trafic de drogue menée par des limiers de l'Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU). L'avocat et l'avoué sont accusés d'avoir persuadé le suspect dans l'affaire de drogue de se rétracter par rapport à ses dénonciations. Cela se serait passé en juillet et août 2005.
L'accusation retenue dans la correspondance adressée au Chef juge est que " in the month of July 2005, he willfully and wrongfully conspired with a view to pervert the course of justice and therefore he has failed to maintain the integrity, honour of his profession ". L'Attorney General soutient que " as was confirmed in the Interlocutory Judgment of the 30th October 2007 in the disciplinary case of Dev Hurnam, the Court has an inherent power to exercise disciplinary control over barristers and attorneys ".
La chronologie des faits établis dans l'enquête est la suivante :
- le 17 juin 2005, un dénommé Jacques Désiré Mavouse est interpellé par des membres de l'ADSU lors d'une undercover operation pour trafic de gandia ;
- le 18 juin 2005, lors de son interrogatoire, le suspect dénonce son oncle Errol Isabelle en tant que fournisseur de la drogue ;
- le 8 août 2005, dans une nouvelle déposition, Mavouse allègue que l'avoué Gungabissoon était venu le voir en vue de disculper son oncle dans cette affaire et l'avoué avait même accompagné le suspect en Cour suprême le 29 juillet 2005 en vue de jurer cet affidavit en vue de se rétracter.
Confessions
Lors de son interrogatoire, Kedernath Gungabissoon avait soutenu qu'au mois de juillet 2005, Me Jagoo, qui affirmait être l'avocat d'un dénommé Errol Isabelle, était venu le voir au sujet des accusations portées contre celui-ci. Il avait fait comprendre que la meilleure façon d'obtenir la remise en liberté d'Errol Isabelle était d'amener le dénommé Mavouse à jurer un affidavit à cet effet.
L'avoué s'est appesanti sur le fait que sur les conseils de Me Jagoo, il devait assumer la responsabilité d'aller à la rencontre de Jacques Désiré Mavouse en prison pour l'informer de la démarche aussi bien que de la rédaction de l'affidavit à être juré. Il a ajouté que l'affidavit avait été rédigé par les soins de l'avocat. Mais quand l'avoué fut coincé par la police qui l'a appréhendé, il devait recevoir la visite de Me Jagoo à son domicile le 12 août 2005. En présence de témoins, l'avocat aurait demandé à l'avoué de ne pas le mêler à cette affaire vu les risques pour leurs carrières professionnelles. " Pas pran traka, pa sanze to lanket pa inplike mwa ladan. Mo pou fer tou pou tir twa dan sa problem. Si to ariv inplik mwa ladan, to pou gayn enn sarz conspiracy an plus e mwa osi mo pou gayn enn sarze conspiracy, tini ferm pou pa agrav to ka ", aurait fait comprendre Me Jagoo à Me Gungabissoon avant de prendre congé de lui.
Par la suite, l'avoué Gungabissoon devait tenter de se rétracter sur la version des faits consignée par l'ADSU. Dans des correspondances au commissaire de police en date des 22 février 2007 et 16 mars 2007, il demande à la police de ne pas tenir en ligne de compte ses confessions du 17 août 2005 au sujet du complot. " I was under extreme state of confusion and depression and I allowed myself to be influenced by suggestions which I naively believed would better my position ", soutient-il. Il devait répéter les mêmes affirmations dans un affidavit juré en Cour suprême en date du 8 mai 2007.
Par ailleurs, les tentatives des limiers de l'ADSU pour avoir accès aux fichiers des ordinateurs saisis au bureau de l'homme de loi Hamid Jagoo ont échoué. " No evidence could be obtained from the computers secured from the office of Me Hamid Jagoo as the hard disk could not be opened ", notent les enquêteurs dans le dossier à charge remis au Chef juge.
ICAC : déposition consignée
contre Benu Servansingh
Benu Servansingh
Pendant plus de trois heures, jeudi après-midi, l'homme d'affaires Trishi Toolsee a consigné une déposition au bureau de l'Independent Commission Against Corruption (ICAC) contre un conseiller attaché au ministère des Finances, en l'occurrence Tahen Kumar (Benu) Servansingh. Ce dernier est également le chairman de la SICOM et membre des Boards de la Gambling Regulatory Authority (GRA), de la State Investment Corporation (SIC) et de Mauritius Duty Free Paradise.
L'homme d'affaires accuse en effet Benu Servansingh - qui est intervenu sur les ondes d'une radio privée hier après-midi pour commenter cette affaire -, de lui avoir extorqué une somme de Rs 100 000 des Rs 200 000 réclamées contre l'obtention d'un permis pour opérer un centre d'organisation de paris sur des matches de football à l'étranger.
M. Toolsee, qui a retenu les services de Me Assad Peeroo, avocat, a déclaré au Mauricien qu'il ne compte pas abandonner son action : " J'ai consigné ma déposition à l'ICAC et j'espère que justice sera faite ", devait-il nous dire d'emblée. À son bureau à la Chancery House à Port-Louis, jeudi, l'avocat a confirmé au Mauricien, en présence de son client, que ce dernier a effectivement relaté à deux enquêteurs de l'ICAC les circonstances entourant, selon lui, le paiement allégué de la somme de Rs 100 000 à M. Servansingh, cela en sa capacité de membre du Board de la GRA.
M. Toolsee soutient avoir rencontré M. Servansingh et que leur dernière conversation face à face remonte au dernier lundi de septembre, au domicile même, selon lui, du conseiller, à Quatre-Bornes. " J'ai écouté avec attention une déclaration de Benu Servansingh à la radio et grande a été ma surprise lorsqu'il a mentionné le sobriquet d'un de mes employés qui lui avait remis la somme de Rs 100 000 chez lui le 13 août dernier, alors que je n'ai jamais mentionné cela dans ma déposition. En ce qui me concerne, j'ai donné les noms de mes employés et non des sobriquets. Comment a-t-il su qui c'était alors qu'il dit n'avoir rien reçu ? "
Dans sa déposition à l'ICAC, Trishi Toolsee a énuméré avec force détails les raisons du paiement allégué d'une somme de Rs 100 000. " Benu Servansingh m'avait dit personnellement "Bizin fer enn zafer pou gayn permi" ", allègue-t-il. " Le matin du 13 août je suis allé le voir à son bureau, mais il était occupé. Il m'a demandé de le rencontrer plus tard. J'ai alors fait déposer l'argent à son intention à Quatre-Bornes dans l'après-midi. Son message par la suite était "Pena problem. Pa enn permi kapav ganye, me quatre" ", soutient-il encore.
Trishi Toolsee ajoute que ne voyant rien venir, il s'est rendu chez Benu Servansingh le lundi 29 septembre dernier et là encore le conseiller des Finances lui aurait dit qu'il ferait le nécessaire pour qu'un permis lui soit alloué : " Il a dit cela en présence de mes deux employés, "Oui mo promet zot, mo pou fer zot gayn permi la". On s'est parlé pendant au moins une quinzaine de minutes chez lui et maintenant il vient dire qu'il ne me connaît pas. Cela me paraît absurde et il ne doit pas me prendre pour un imbécile. N'était-il pas présent sur le Board de la GRA qui m'avait interviewé ? Alors il ne me connaît pas ? " devait s'interroger M. Toolsee.
Tout laisse croire qu'après cette déposition de Trishi Toolsee, Benu Servansingh devra se présenter lui aussi devant les enquêteurs de l'ICAC. Ce dernier n'a pas voulu faire de déclaration au Mauricien, se contentant de dire qu'il n'a rien à voir avec cette affaire et qu'il est " serein ".