Une forte délégation malgache en campagne de lobbying à Maurice

Le PM malgache Camille Vital en compagnie de Xavier-Luc Duval à son bureau ce matin

Une forte délégation malgache, dirigée par le Premier ministre du gouvernement de transition Albert Camille Vital, est arrivée hier soir à Maurice, première étape d'une tournée dans les pays de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). Ses membres ont rencontré en fin de matinée Xavier-Luc Duval, vice-Premier ministre, avant une session de travail avec Arvin Boolell, ministre des Affaires étrangères et président du conseil des ministres de la Commision océan Indien. Une rencontre est également prévue avec le Premier ministre Navin Ramgoolam cet après-midi.

" Il était très opportun de venir rencontrer le gouvernement mauricien pour lui exposer la réalité à Madagascar ", a expliqué ce matin le Premier ministre malgache Albert Camille Vital au Mauricien. Le ministre d'État chargé de l'Économie et de l'Industrie Pierrot Rajaonarivelo a pour sa part estimé qu'il " est tout à fait normal que nous demandions à Maurice, qui a été notre parrain auprès de la SADC, de nous accompagner dans notre lobbying auprès des autres pays de la communauté ". Quant à Xavier-Luc Duval, il a affirmé que la solution à la crise malgache passe par l'organisation des élections " justes et équitables ". " C'est la seule façon pour Madagascar de retrouver la voie de la prospérité ", a insisté le vice-Premier ministre.

Yves Aimé Rakotoarison, ministre d'État chargé des Relations avec les Institutions, Yvette Sylla, ministre des Affaires étrangères et Paul Rafanoharana, conseiller diplomatique auprès de la présidence de la Haute autorité de la Transition accompagnent également Camille Vital. Pierrot Rajaonarivelo a insisté sur le fait que cette visite à Maurice permet de montrer à la communauté internationale que " Madagascar peut compter sur des amis pour sortir de cette crise ".

La Grande île souhaite le soutien de Maurice pour obtenir la reconnaissance de la SADC qui a prévu un sommet spécial fin mai. " Il est important que les pays de la communauté comprennent la détermination des autorités malgaches à vouloir sortir de cette crise politique qui résoudra la crise sociale que nous sommes en train de vivre aujourd'hui ", a indiqué le ministre d'État chargé de l'Économie et de l'Industrie. Et d'ajouter : " Le but de notre visite est tout simplement d'inviter les autorités mauriciennes à nous accompagner dans le périple que nous allons entamer au sein de la SADC. "

Les membres de la délégation ont eu plusieurs sessions de travail ce matin, notamment avec Prakash Maunthrooa, directeur du Board of Investment, Marday Venkatassamy, président des chambres de Commerce de la région et Louis Rivalland, président du Joint Economic Council.

La délégation malgache sera demain en déplacement en Afrique du Sud avant de se rendre au Zimbabwe, où une rencontre avec le président Robert Mugabe est prévue.

 

 

ENTRETIEN Albert Camille Vital (Premier ministre du gouvernement malgache) :


" Maurice nous accorde un grand soutien moral "

Une délégation malgache dirigée par Albert Camille Vital, Premier ministre du gouvernement de transition, est à Maurice depuis hier, première étape d'une campagne de lobbying auprès des pays de la Communauté de développement d'Afrique australe. Une session spéciale de la SADC prévue le vendredi 20 mai sera appelée à se pencher sur la situation à Madagascar. La reconnaissance de la SADC est capitale pour la Grande péninsule dans la mesure où elle doit ouvrir la voie à une reconnaissance internationale.

Quel est le but de cette visite à Maurice ?

Je tiens à transmettre mes salutations à la population mauricienne et surtout remercier les dirigeants mauriciens, en l'occurrence le Premier ministre, le VPM et le ministre des Affaires étrangères d'avoir bien voulu accepter notre visite. Le but de la visite est simple : Madagascar a vécu une crise depuis bientôt deux ans. On entre dans la troisième année. On se sent orphelin par rapport à la situation et c'est pour cela qu'on a décidé de venir à Maurice, qui est un pays frère et qui est très proche de Madagascar par rapport aux autres pays membres de la SADC. D'autant plus que c'est Maurice qui préside la Commission de l'océan Indien (COI) dont Madagascar est membre. On a trouvé qu'il était très opportun de discuter avec le gouvernement mauricien pour lui exposer la réalité à Madagascar.

Quelle est cette réalité ?

On nous condamne de beaucoup de choses alors que les choses se passent très bien à Madagascar. La preuve : je suis avec une délégation composée des membres du gouvernement d'unité nationale au sein duquel vous trouvez un ancien ministre proche de Ravalomanana, qui est notre ministre d'État chargé des relations avec les institutions et Pierrot, ministre d'État chargé de l'économie et de l'industrie. C'est déjà un fait qui prouve qu'on est un gouvernement d'unité nationale. C'est vrai qu'il y a quelques petites discussions concernant mon cas. En fin de compte, la feuille de route stipule qu'un Premier ministre sera désigné sur proposition des groupements des partis politiques

Vous êtes donc d'aucune mouvance politique ?

Je ne suis d'aucune mouvance.

Quel est votre parcours ?

Je suis militaire d'origine où j'ai le titre de général. J'ai été président de la Chambre de commerce de Tuléar. Je suis également doyen de la Fédération des Chambres de Madagascar. C'est comme cela que j'ai connu mon collègue président de la Chambre de commerce et d'industrie de Maurice. On s'est rencontré à Rabat et à plusieurs reprises Madagascar. On avait fait appel à moi pour être Premier ministre en décembre 2009. J'ai bien dit oui, je souhaitais apporter mes modestes expériences pour travailler avec le président de la transition Andry Rajoelina pour qu'on gère la transition ensemble.

À la suite des résultats des négociations qui ont été dirigées par les émissaires de la SADC, en l'occurrence, le Dr Simao, ils ont sorti une feuille de route que nous avons suivie. J'ai été contraint de soumettre ma démission et celle de mon gouvernement en mars. Il fallait désigner un Premier ministre de consensus et mon nom a été désigné par tous les représentants des partis politiques.

Trois ans de crise, c'est long… Est-ce que Madagascar est au bout de souffle ?

Bientôt cela va faire trois ans. C'est pourquoi nous sommes en train de faire du lobbying pour que nos frères, nos proches nous soutiennent au niveau de la SADC. Le président Andry Rajoelina a aussi fait une tournée qui lui a permis de rencontrer le président de la Namibie, président en exercice de la SADC. Il a été très bien accueilli et le président namibien a été étonné des informations qu'il avait reçues du président de la transition. Il a ensuite été reçu par le président du Mozambique qui sont tous membres de la SADC, avant de rencontrer le président zambien Georges Kunda, qui est aussi président du COMESA. Si on se réfère aux cas de la Tunisie, l'Égypte ou de la Côte d'Ivoire, Madagascar est loin de ces pays. On n'a pas connu des effusions de sang et tout se déroule très bien actuellement.

Quid du retour de Ravalomanana et de Ratsiraka ?

Ce n'est pas évident ! Ce n'est pas le bon moment. Nous voudrions calmer la situation et vivre dans le calme jusqu'à la quatrième République. L'objectif actuel, c'est d'avancer vers les élections pour qu'on termine cette transition. C'est mon objectif. D'un commun accord, le président et moi nous avançons vers les élections. On souhaite être démocratique et transparent. Nous avons été aux urnes en novembre dernier pour voter la constitution et l'exercice s'est bien déroulé. Le taux de participation est monté jusqu'à 52 %, ce qu'on n'a jamais vu à Madagascar. Les précédents référendums ont tourné autour de 30 et 34 %. La Constitution a été votée. Maintenant, nous avançons vers les législatives et la présidentielle.

En rencontrant les pays de la SADC, y compris Maurice, quel est l'argument que vous mettez de l'avant ?

Après les informations qu'on va leur apporter, ils comprendront que la transition se passe très bien et que ce qu'on leur raconte ne reflète pas la réalité. On a été sanctionné et depuis deux années on n'a aucune aide. On essaye tant bien que mal à assurer les salaires des fonctionnaires. On a freiné le budget de fonctionnement. La communauté internationale nous bloque toutes les aides et tous les financements extérieurs.

La réunion spéciale de la SADC est donc capitale pour vous ?

Cette reconnaissance sera capitale pour nous. On leur fera savoir que nous avançons vers les élections. Elles seront organisées par la Comité électoral national indépendant, qui avait bien géré le déroulement du référendum du 17 novembre dernier.

Comment Maurice peut-elle vous aider ?

Maurice est membre de la SADC. On a eu l'honneur d'accueillir la visite du ministre mauricien des Affaires étrangères avec la délégation de la COI. Il y a les représentants de l'Onu qui sont venus nous voir. On se demande pourquoi on subit autant que cela jusqu'aujourd'hui.

Comment Maurice peut-elle vous aider dans l'organisation des élections ?

Maurice ne peut pas nous aider aussi longtemps qu'on ne nous reconnaît pas. Elle nous aide de loin. Le soutien moral est déjà une aide. Et Maurice nous apporte un grand soutien moral. Maurice et Madagascar sont des pays frères. Comme on dit à Madagascar, Maurice et Madagascar sont comme l'eau et le riz. Ces deux éléments sont inséparables dans les rivières. Et puis nous sommes frères de l'océan.

Les élections sont pour quand ?

Elles sont prévues cette année. Les préparatifs ont commencé depuis le 1er décembre 2010 et se poursuivent jusqu'aujourd'hui. On fait une refonte des listes électorales. Nous avons pour objectif d'augmenter le nombre de votants. On fait des recensements dans tous les coins du pays afin de s'assurer que tout monde puisse participer aux élections.

Comment s'annonce l'élection présidentielle ?

Tous les grands politiciens sont conscients de son importance. La preuve est qu'ils ont rejoint le gouvernement de l'Union nationale. Les membres qui font partie de ma délégation sont des leaders politiques. Si Pierrot Rajaonarivelo a rejoint le gouvernement, c'est qu'il est conscient que c'est l'intérêt supérieur de la nation qui prime. Deux ans de crises sont trop longs et l'intérêt supérieur de la nation doit primer. La population ne doit pas être otage des intérêts politiques.

Quel message avez-vous pour la communauté internationale ? Lui demandez-vous de lever les sanctions ?

Tout à fait. Levez les sanctions si c'est possible.

Et que dites vous aux États-Unis ?

C'est le seul handicap. Il faut qu'ils comprennent qu'il n'y ait pas d'atteintes aux droits de l'homme. J'espère que notre déplacement à Maurice va porter ses fruits. Je compte beaucoup sur la contribution des frères mauriciens pour nous soutenir auprès de la SADC. La feuille de route a été paraphée et acceptée par la SADC.