Le tanker de Betamax : opération à risques !

Approvisionnement pétrolier
Le tanker Red Eagle du groupe Betamax continue à susciter des vagues

La réalisation du projet de doter la State Trading Corporation d'un pétrolier, en l'occurrence le M.T. Red Eagle, appartenant à la compagnie Betamax, dont la firme Betonix en tant que principal partenaire, continue à représenter une opération à hauts risques. Les analyses préliminaires avec l'arrivée de la première cargaison de produits pétroliers, soit au total 57 300 tonnes de sept catégories différentes, confirment que les risques demeurent "multi-faceted". Devant ces faits, le ministre du Commerce, Showkutally Soodhun, a promis une prochaine réunion en vue de "discuss all alternatives that may be offered to give us more comfort on the security issues".

Le ministre du Commerce a ajouté une nouvelle couche d'embarras politique en évoquant des risques de contamination de produits pétroliers à bord du tanker à l'Assemblée nationale, mardi dernier. Ensuite, à l'arrivée du pétrolier dans la nuit de vendredi à samedi, la Mauritius Ports Authority a dû fournir des garanties contre tout dégât causé au pétrolier en l'absence de confirmation du tirant d'eau nécessaire dans les environs de l'Oil Jetty dans le port. Enfin, des informations en provenance de l'Inde tendent à indiquer que la Mangalore Refineries and Petrochemicals Limited (MRPL) ne serait nullement emballée avec la formule offerte par le M.T. Red Eagle au point de brandir la menace de garanties supplémentaires contre tout nouveau risque.

Néanmoins, le bilan provisoire établi à l'arrivée de la première cargaison pétrolière pour le compte de la STC à board du M.T. Red Eagle dans la nuit de vendredi à samedi indique qu'il n'y a pas de dégâts conséquents à signaler quant aux opérations de débarquement. Les responsables de la STC et de la Mauritius Ports Authority étaient à pied d'œuvre tout au long de la semaine écoulée pour la réception de cet imposant pétrolier dans le port.

Le M.T. Red Eagle, qui avait quitté les installations de raffinerie de MRPL à Mangalore en Inde le week-end dernier, a rallié Port-Louis avec un peu plus de trois heures d'avance. Le pétrolier attendu initialement en tête de rade vers minuit était déjà sur place depuis 21 heures, vendredi. Les manœuvres d'accostage à la Oil Jetty avec toutes les précautions nécessaires en raison de la nuit et des risques de dégâts à la coque du pétrolier avaient été complétées vers les 22 heures 30.

Les premiers échantillons des produits se trouvant dans les différents compartiments du pétrolier furent prélevés peu après minuit à des fins d'analyses de laboratoire pour éliminer tout risque de mettre sur le marché des produits pétroliers contaminés. Pour les besoins de cette première avec l'arrivée du M.T. Red Eagle, des dispositions particulières ont été prises pour réduire les délais avec la SGS Mauritius aménageant ses équipements de laboratoire dans l'enceinte de l'une des compagnies pétrolières internationales installées dans la région portuaire.

Le suspense devait durer quatre bonnes heures. Finalement, les résultats des analyses de qualité ont conclu que pour cette première cargaison aucun risque de contamination n'a été relevé. Ainsi depuis très tôt hier matin, le feu vert des opérations de pompage a été donné avec la cargaison de Fuel Jet A1 débarquée en premier. En principe, le débarquement des 57 300 tonnes de produits pétroliers devra durer jusqu'à mardi prochain, souligne-t-on dans les milieux autorisés.

"Plus de peur que de mal !" devaient laisser entendre les principaux concernés par l'arrivée du M.T. Red Eagle car c'est la première fois que des cargaisons de "White Oils" et de "Black Oils" sont transportées à bord du même pétrolier. Par ailleurs, le tonnage du M.T. Red Eagle est l'un des plus importants accueilli en rade de Port-Louis. Cela a mis à l'épreuve l'expérience du personnel technique de la Mauritius Ports Authority.

Malgré tout, le dossier Betamax continue de représenter un "macadam politique" au sein de l'Alliance de l'Avenir. Les observateurs auront noté, mardi dernier, le visage de marbre affiché par l'ancien ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, alors que son collègue Soodhun était engagé dans une performance orale des "Findings" du rapport préliminaire du Forensic Auditor, Roshi Bhadain, au chapitre des risques sur le contrat d'affrètement alloué à Betamax Limited. Probablement, sans s'en rendre compte à chaque réponse supplémentaire, le MSM Soodhun remuait le couteau dans la plaie du rouge Jeetah par rapport au contrat Betamax. Et l'heure des règlements de comptes avait sonné en fin de semaine avec le carton rouge politique servi péremptoirement par qui on sait à qui de droit.

L'une des principales graves appréhensions évoquées au sujet du tanker M.T. Red Eagle concerne les risques de contamination de produits pétroliers lors du transfert de Mangalore à Port-Louis. En réponse à une interpellation du député du MMM, Reza Uteem, le ministre du Commerce n'a trouvé mieux que de souligner que "despite all the care taken so far, I feel it is my duty to inform the House that the risk of contamination of products, as mentioned by Bent Nielsen, remains a matter of concern. As you will be aware, transport of black oils and white oils on the same tanker is not common practice. It does present a number of risks".

Auparavant, Showkutally Soodhun avait énuméré les graves lacunes et manquements notés par le directeur de ST Shipping, Bent Nielsen, au sujet du pétrolier retenu par Betamax Ltd, notamment la capacité totale du tanker, le nombre de grades de produits pétroliers qui peuvent être transportés, "the high risk of contamination of products" et en particulier des risques à la sécurité avec l'embarquement de certains produits à des températures très élevées dans des compartiments du pétrolier à côté de ceux contenant de l'essence, du mazout ou encore du carburant pour avion. "All these issues are of major concern", avait-il renchéri alors que le ministre Jeetah demeurait sans broncher.

Une première mesure adoptée par la STC en vue d'atténuer ces risques : la cargaison embarquée n'a été que de 57 300 tonnes au lieu des 64 000 nécessaires pour satisfaire la consommation mensuelle. De ce fait, le recours à un second tanker pour suppléer au M.T. Red Eagle et assurer le marché est confirmé par le ministre. Un premier coût additionnel à être comptabilisé !

Toutefois, les risques de contamination pétrolière avec l'entrée en opération du M.T. Red Eagle continuent à hanter les esprits. "There is a double insurance for the contamination to make sure that we are not going to lose money on that... As we have had a bad experience of contamination, we have introduced our own insurance just to guarantee.. ", a fait comprendre le ministre Soodhun dans une tentative de balayer les craintes de l'opposition. Mais cette proposition de polices d'assurance complémentaires contractées par la STC est venue corser la situation avec l'opposition dénonçant le fait que les consommateurs sont de nouveau tondus suite à des décisions erronées des politiques.

Le leader de l'opposition, Paul Bérenger, et le député Rajesh Bhagwan ont dénoncé en des termes très sévères ce coût additionnel imposé aux consommateurs. "We have understood what the Honourable Minister has just stated, that a second insurance has been taken. What the consumers want to know is the cost and whether that cost would be transferred to the consumers of Mauritius ?" s'est empressé de demander le député Bhagwan.

Sur le plan logistique, l'arrivée à Port-Louis du M.T. Red Eagle, avec une capacité maximale de 64 000 tonnes, a représenté un véritable casse-tête pour les autorités portuaires. L'une des exigences majeures des armateurs du pétrolier est que le tirant d'eau doit être au minimum de 14 mètres dans les environs de l'Oil Jetty à Port-Louis. Aux dernières vérifications bathymétriques, ce minimum de 14 mètres était difficilement confirmé en raison des problèmes d'ensablement dans cette région portuaire.

Devant l'insistance des représentants de Betamax Limited, la Mauritius Ports Authority ne s'est trouvée devant nul autre choix que de fournir une "Letter of Comfort" aux armateurs, offrant des garanties contre des risques de dommages à la coque du pétrolier. Les manœuvres d'accostage du tanker à l'Oil Jetty dans la soirée d'hier ont été extrêmement ardues. Grâce à l'expérience du capitaine Barbeau de la MPA, le M.T. Red Eagle a pu être immobilisé à quelques mètres de la jetée pour les opérations de débarquement.

Des précautions spéciales ont été prises, sous forme d'installation de boudins (Fenders) pour assurer la stabilité du pétrolier pendant la durée du débarquement jusqu'à mardi prochain. Devant le fait que le M.T. Red Eagle desservira régulièrement l'Oil Jetty, la Mauritius Ports Authority a pris la décision de procéder à des travaux de dragage dans cette partie du port pour assurer un tirant d'eau minimal de 14 mètres et éviter des risques d'indemnisation financière aux armateurs.

Le M.T. Red Eagle ne pose pas seulement problème à Port-Louis. Les responsables de la MRPL ont soulevé auprès de la STC et du gouvernement une série d'objections avant de procéder à l'embarquement des sept catégories de produits pétroliers en Inde à la fin de la semaine dernière. La plus importante demeure la question de sécurité avec le pompage de "Black Oils" à une température de 160° dans des compartiments jouxtant ceux contenant des grades de "White Oils" avec des risques d'explosion.

Cette question aurait fait l'objet de consultations serrées au sujet du "Risk apportionment"et des possibilités d'indemnisation entre la MRPL et la STC le week-end dernier. Le ministre Soodhun a confirmé attendre un rapport complet sur cette première cargaison pétrolière à bord du M.T. Red Eagle avant de convoquer une séance de travail avec tous les stakeholders pour passer en revue la situation.

"I also view with concern other risks that have been identified by Mr Nielsen, including the logistics of the vessel. In this context, I am proposing to meet the representatives of Betamax Ltd and all other relevant stakeholders to review the situation after the first trip of the new vessel, and look into all implications and discuss all possible alternatives that may be offered to give us more comfort on the security issues", s'est appesanti le ministre Soodhun comme pour mieux remettre en perspective les risques de l'opération M.T. Red Eagle...