CONSERVATION: Espaces dangereux pour espèces endémiques

 

L'Orange-Tailed Skink, espèce endémique de l'île Plate, a disparu de son habitat naturel suite à la présence de rats musqués. Les écologistes avaient pourtant tiré la sonnette d'alarme lorsque le gouvernement décida, en 2007, de louer l'îlot à bail à un promoteur touristique. D'autres espèces de l'île Plate et d'autres îlots autour de Maurice pourraient connaître le même sort. Un constat déplorable qui met à mal les nombreux efforts entrepris par les acteurs impliqués dans la protection des espèces endémiques et indigènes.

"C'est la plus grosse catastrophe écologique que Maurice ait connue depuis ces 30 dernières années", lance d'emblée Vikash Tatayah de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), lorsqu'il fait référence à la disparition de l'Orange-Tailed Skink de l'île Plate. Si le reptile existe toujours, c'est grâce aux mesures préventives entreprises par la MWF et ses partenaires. "Alors que le gouvernement avait alloué le bail, nous avions effectué une translocation du reptile à l'îlot Gabriel et au Coin de Mire par mesure de précaution. Nous savions que tôt ou tard, des souris, des rats et des rats musqués débarqueraient sur l'île Plate." Quatre-vingt-deux spécimens avaient été envoyés sur le Coin de Mire.

En 2009, une information parvient aux oreilles du biologiste selon laquelle il y aurait des rats musqués sur l'île Plate. Il demande alors qu'une expédition soit montée pour vérifier l'information. Celle-ci est confirmée : il y a bien des rats musqués sur l'île. Catastrophe ! "Éradiquer le rat musqué d'un endroit comme celui-ci est quasi impossible", souligne Vikash Tatayah. Décision est prise d'entreprendre une autre translocation. En 2010, 90 Orange-Tailed Skink sont alors emmenés à l'îlot Gabriel et 300 autres atterrissent au Coin de Mire.

Pas de garanties.

Si cette mesure a permis de sauver une partie de la population, la survie à long terme du reptile n'est cependant pas assurée. Il faut savoir que l'îlot Gabriel est situé à peine à quelques centaines de mètres de l'île Plate. Cette proximité fait que, tôt ou tard, le rat musqué pourrait atterrir sur l'îlot Gabriel, si ce n'est déjà fait. Sans oublier que le lieu est une destination touristique très prisée. "Sur l'îlot Gabriel, il y a toujours un développement touristique prévu. L'arrivée des bateaux et des matériaux de construction augmentent les risques d'introduction involontaire du rat musqué sur l'île", confie Vikash Tatayah.

Quant au Coin de Mire, son statut de réserve naturelle protégée ne semble pas lui garantir d'être exempt de braconnage et de visites touristiques. "L'île n'est pas surveillée adéquatement. Les bagages d'un braconnier ou d'un touriste peuvent facilement renfermer des espèces envahissantes", avance Vikash Tatayah. Qui plus est, l'environnement des deux îlots n'est pas similaire à celui de l'île Plate. "Nous ne savons pas si l'espèce pourra s'y établir."

Captive breeding.

En attendant que les autorités prennent des mesures nécessaires, la MWF essaye de protéger l'espèce à travers le captive breeding. C'est ainsi que 22 spécimens seront envoyés au Jersey Zoo, la semaine prochaine. Il faut néanmoins savoir que ce genre de programme n'a jamais été effectué sur l'Orange-Tailed Skink et que les chances de réussite sont tributaires de plusieurs paramètres. "Même si cela réussit, le captive breeding n'est pas une fin en soi. Il faudra réintroduire l'espèce dans un environnement naturel et il est relativement difficile d'en trouver un. En ce qui concerne l'île Plate, l'option est d'ores et déjà éliminée. On y a bousillé notre meilleure carte."

Faune et flore.

Qu'en est-il des autres espèces présentes sur les îlots ? L'île Plate, avec ses 253 hectares, abrite d'autres espèces endémiques et indigènes, aussi bien au niveau de la faune que de la flore. Le Bojer's Skink et le Bouton's Skink sont deux autres espèces dont la survie est menacée. Alors que l'île comportait une population de 3,000 Bojer's Skink par hectare, le nombre a diminué de manière draconienne depuis l'arrivée des rats musqués. "Ces espèces vont disparaître de l'île Plate", affirme Vikash Tatayah. Quant au Nactus Gecko qu'abritait l'île, il a probablement disparu.

La faune en pâtit également, car le rat musqué, étant omnivore, se nourrit également de graines. En somme, le prédateur a un impact catastrophique sur tout l'écosystème de l'île, puisqu'il mange aussi les insectes, qui sont d'une aide précieuse, notamment pour la propagation des plantes.

Quarantaine.

Selon Vikash Tatayah, il faut à tout prix empêcher l'introduction d'espèces envahissantes sur ces îlots. Et cela passe inévitablement par une quarantaine stricte et surveillée. "Il est urgent d'imposer un système de quarantaine sur l'île Plate, l'îlot Gabriel, ainsi que sur tous les autres îlots où il y a des espèces à protéger." Il souligne également que la gestion de ces îlots doit être revue. "Cette disparition d'une espèce endémique doit être retenue comme une leçon. Nous devons veiller à ce que cela ne se reproduise plus. Cette tragédie vient souligner les lacunes flagrantes en ce qu'il s'agit de la gestion de nos îlots."

Vikash Tatayah recommande d'imposer un cahier des charges strict ainsi qu'une supervision des activités, lorsqu'un îlot est loué à bail par le gouvernement, surtout s'il regorge de biodiversité. De même, une responsabilisation de ceux qui obtiennent le bail s'impose.

Nous avons tenté d'avoir une déclaration du ministère de l'Agro-Industrie, mais nos sollicitations sont restées vaines.