Inflation : les pressions de la Banque de Maurice…

Économie et coût de la vie

Les manœuvres du gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, en prévision de la réunion du Monetary Policy Committee (MPC) de demain sont venues s'ajouter aux pressions caractérisant la conjoncture économique au vu de la flambée des prix des articles de consommation courante. Il ne cache nullement son jeu pour soutenir qu'une révision à la hausse du Repo Rate demeure la "solution magique" même si en face de lui, les opérateurs économiques, notamment le Joint Economic Council, sans aller chercher l'affrontement direct, concèdent qu'il n'y a aucune raison de changer d'un iota le taux directeur bancaire. Décodant le message transmis de la Bank of Mauritius Tower depuis ces dernières semaines, à l'Hôtel du gouvernement, plus particulièrement aux Finances, au Commerce et à la State Trading Corporation (STC), l'on tente de multiplier les initiatives en vue d'apporter la preuve de "mesures concrètes" pour contrer la flambée des prix sur le marché.

A la lumière des derniers commentaires du gouverneur de la Banque centrale lors du lancement de la CIM Visa Card, mercredi dernier, selon lesquels "notre préoccupation majeure c'est la lutte contre l'inflation ; je souhaite voir le Monetary Policy Committee entériner les mesures appropriées à cet effet", tout semble indiquer que le principe d'une révision à la hausse à compter de mardi matin de la gamme des taux d'intérêts bancaires est une "Done Deal". Manou Bheenick se fait fort de citer les exemples d'économies africaines qui ont déjà pris la décision de relever leurs taux directeurs respectifs en cette période d'inflation.

Néanmoins, force est de reconnaître qu'au moins depuis le début de cette année, la Banque de Maurice maintient la pression au sujet des taux d'intérêts. Mais le véritable "unknown" dans l'équation du Monetary Policy Committee se situe au niveau du pourcentage de hausse du Repo Rate. Une augmentation de 25 points, faisant le taux directeur bancaire passant de 4,75% à 5%, est jugée par des spécialistes de l'économie, gagnée à la théorie de Bheenick comme étant "trop timide" avec un Repo Rate sous la barre de 6% depuis bientôt deux ans, soit exactement le 26 mars 2009.

Des "Insiders" affirment qu'il ne faudra nullement s'étonner si demain les indications confirmaient que le gouverneur de la Banque de Maurice est partisan d'une révision de 100 points du Repo Rate, soit de 4,75% à 5,75%. Mais saura-t-il avec ses arguments convaincre les autres membres du Monetary Policy à le suivre pour adopter ce véritable remède de cheval pour lutter contre l'inflation ? Manou Bheenick passe le week-end à peaufiner la stratégie à être adoptée après avoir brossé un tableau des principaux paramètres économiques en cette fin du premier trimestre de l'exercice financier en cours.

D'aucuns affirment que le Monetary Policy Committee, face à la situation exacerbée sur le front des prix et la nécessité de transmettre un signal fort selon lequel les autorités comptent réagir "to check the come-back of inflation", pourra prendre la décision de couper la poire en deux. La majoration du Repo Rate pourrait être de l'ordre de 50 points à moins que les autres membres du MPC soient convaincus de l'urgence de sanctionner une hausse de 100 points, donnant satisfaction au gouverneur de la Banque centrale.

La Banque de Maurice devra non seulement atténuer les appréhensions exprimées par les opérateurs économiques sur les retombées de cette majoration du loyer de l'argent mais encore plus les effets sur l'indice du coût de la vie. Avec des taux d'intérêts fixés à la hausse, les ménages devront faire face à des dépenses supplémentaires pour le remboursement des emprunts bancaires en tout genre, que ce soit pour le financement de la construction de la maison, le crédit-bail pour la voiture ou encore les intérêts sur la carte de crédits et autres facilités bancaires, dont ont recours les ménages pour tenter de joindre les deux bouts avant le "Pay Day" mensuel. L'on notera que la révision à la baisse du Repo Rate de 100 points de septembre de l'année dernière s'était traduite dans une réduction subséquente en octobre de 2,4% de l'item "Mortgage Interest on Housing Loan" dans le panier de la ménagère pour les besoins de l'indice du coût de la vie (CPI).

Conscients de la prise de position au plus haut niveau de la Banque de Maurice, les principaux responsables du Joint Economic Council (JEC) ont tenté une campagne de lobbying pour faire prévaloir leur point de vue en faveur du statu quo pour le Repo Rate. "A Maurice, nous sommes connus pour cet esprit de dialogue, et les consultations entre stakeholders se poursuivent", a indiqué à "Week-End", hier, Raj Makoond, directeur du JEC.D'emblée, ce dernier souligne, sans vouloir entrer en polémique avec la Banque de Maurice, que "tous les facteurs économiques réunis, nous avons un strong case en vue de maintenir le statu quo pour le Repo Rate".

Dans leur analyse, les opérateurs économiques affirment que la croissance devrait être privilégiée aux dépens de la lutte contre l'inflation. "Avec les problèmes liés à l'économie du Portugal, l'Euro Zone, l'un des principaux marchés que ce soit pour l'exportation de biens et de services, reste a Major Threat. L'économie mauricienne n'a pas encore connu la relance escomptée. Avec un taux de croissance de 4,2%, nous sommes encore loin du pre-crisis level de 5,1%", fait-on comprendre dans les milieux autorisés du secteur privé, qui rappellent que le Bureau central des statistiques publiera demain ses prévisions pour la croissance 2011. Les "stakeholders" ne s'attendent pas à de grandes démarcations des chiffres dans la fourchette de 4% à 4,2% évoqués jusqu'ici.

"Les indicateurs économiques demeurent à un Sustainable Level, soit un déficit budgétaire de 4,5%, la dette publique à hauteur de 60% du Produit intérieur brut. Même si le taux d'inflation devrait se retrouver entre 7,5% et 8% d'ici la fin de l'année, we still have the space to manage ; l'accent aurait dû être sur la croissance", avance-t-on au sein du JEC, encore inquiet des répercussions de toute décision brusque au niveau de la politique monétaire.

Les opérateurs du secteur privé s'appesantissent sur le fait "qu'il est important de souligner que dans le cas de Maurice, l'inflation est hors de notre contrôle. C'est une inflation importée et générée par des problèmes politiques loin de chez nous, notamment dans des pays arabes et dans le nord de l'Afrique ou encore suite à des problèmes de changements climatiques".

Un autre point fondamental dans l'argumentaire du secteur privé pour contester toute hausse du Repo Rate est que "l'économie mauricienne est engagée depuis quelques mois déjà dans une phase de transition from low-skilled labour economy to high income-based economy. C'est une période de gestion complexe pour les entreprises. Il semblerait que le Repo Rate est un instrument classique ne facilitant nullement les changements structurels".

Dans un peu plus de 24 heures, le JEC, la Mauritius Bankers'Association, les opérateurs économiques, et par extension les consommateurs, verront si le gouverneur de la Banque de Maurice a fait table rase dans ce bras-de-fer...