L'année du chien

Entre cet intempestif "les chiens aboient, la caravane passe" trouvé comme parade par la ministre de la Santé pour esquiver les questions de la presse quant au traitement privilégié accordé à un proche dans l'hôpital public, les chiens de "Mr Belle Terre" qui oublient d'aboyer juste le jour où sa voiture est incendiée, selon ce qu'en a très sérieusement dit le Premier ministre à l'Assemblée Nationale et le bouledogue sans dents confirmé que se révèle l'ICAC aux yeux d'une majorité de l'opinion, on se croirait dans l'année du chien. Mais non, on nous envoie en pleine niche parce que ce sont les métaphores creuses que l'on choisit lorsqu'on est incapable de répondre à des questions légitimes que se posent les contribuables sur la manière dont leur argent est dépensé.

Navin Ramgooam déplace consciemment et délibérémment le débat en le portant uniquement sur la nécessité ou non pour le pays de se doter d'un hôpital gériatrique. Il va même jusqu'à dire que l'on ne doit pas toujours se conformer aux avis des experts et, mieux, que tout ne doit pas se limiter à une histoire de sous. Elle est bien bonne, celle-là! C'est comme si l'argent du contribuable pouvait être jeté par les fenêtres et servir au renflouement d'entités vacillantes des proches du pouvoir. Non, ce n'est pas de l'hôpital gériatrique qu'il est question, encore que cela soit hautement discutable, mais de MedPoint. Pourquoi et dans quelles conditions le deal a favorisé MedPoint? C'est ça que le peuple veut savoir. Crever l'abcès comme le suggérait, vendredi, Mauritius Times.

La posture adoptée par le Pm dans l'affaire MedPoint est tout sauf convaincante. Et, au petit jeu qu'il a concocté, il a fini par se faire prendre lui-même. Il a consacré une demi-heure, mardi dernier, au Parlement à expliquer qu'il ne pouvait donner les explications que la population attend depuis trois mois sur l'affaire MedPoint parce que l'ICAC enquête depuis deux mois. Ah bon, elle enquête depuis deux mois et on a rien vu jusqu'ici? Pas le moindre interrogatoire des principaux protagonistes, rien!

Et bien que Navin Ramgoolam nous a fait croire que l'ICAC a cassé un "grand paké" en débarquant, "sans prévenir" s'il vous plaît, dans les ministères concernés par ce scandale et qu'elle a saisi dossiers et disques durs, la commission n'avait pas connaissance de cette importante pièce du dossier que constitue la correspondance connue maintenant sous le nom de code "dear Pravind" et qui révèle que la ministre discutait avec le conseiller spécial du ministre des Finances, le candidat battu Sunil Dowarkasing, de "loto", et qu'elle prévoyait déjà au 9 juillet 2010 qu'elle aurait besoin de Rs 150 millions pour financer l'hôpital gériatrique.

Navin Ramgoolam ne peut expliquer pour quelles raisons l'appel d'offres a été lancé par son "caretaker government" cinq jours avant les dernières élections, ne peut pas dire : pourquoi les autres soumissionnaires n'ont pas été informés, comme le stipule le Public Procurement Act afin que s'ils s'estiment lésés ils puissent loger un appel devant l'Independent Review Panel; pourquoi l'offre de Avenue d'Arsenal de Rs 117 millions a été rejetée sous prétexte qu'il y avait trop de travaux à être effectués mais qu'après avoir acquis MedPoint pour Rs 144 millions, soit Rs 27 millions de plus, on découvre qu'il y a aussi des "works to be completed" avant que l'hôpital ne soit opérationnel; pourquoi la contrat de vente a été signé un 29 décembre et par qui. Black-out total parce que "l'ICAC enquête".

Par contre, bien qu'il ait affirmé que la police poursuit son enquête sur l'incendie qui a ravagé deux voitures au domicile de Harish Boodhoo, "Mr Belle Terre", comme l'a surnommé le Pm dans ses réponses au Parlement mardi, il a fait part de la perplexité - un phénomène de contagion, on dirait - des enquêteurs quant au fait que les chiens n'ont pas aboyé le jour du sinistre, suggérant ainsi que le ou les responsables de ce crime d'incendie étaient des habitués et qu'ils n'ont suscité aucune animosité chez les molosses de garde ce jour-là. Le Pm a même évoqué le "syndrome de 83".

Lorsqu'il s'agit de l'enquête de l'ICAC, c'est motus et bouche cousue sur un dossier qui a occupé les devants de l'actualité pendant deux mois mais, lorsqu'il s'agit d'une enquête policière, tout peut être dit. C'est une curieuse version du "respect des institutions" dont se gargarise le chef du gouvernement! Sa position dans toute cette affaire ne surprend pas que les observateurs. Dans son propre camp, on n'en finit pas de s'interroger sur le traitement privilégié accordé au MSM en disproportion totale avec le poids électoral réel de ce parti qui n'a d'atout que le trésor de guerre amassé au fil des années.

Le nombre de tickets, celui des ministères, les ministères eux-mêmes, les nominations successives et de proches avec ça, à la Banque de Développement ou au bureau de la MTPA de Londres, alors que d'autres attendent en vain, le Private Office et les méthodes peu orthodoxes du MSM comme illustrées par cette invitation faite au PPS Mahen Jhugroo à intervenir à une fonction officielle du ministère de la Santé, un peu dans le style de la vedette américaine, pour parler uniquement du cas du frère de la ministre, tout cela surprend les die hard rouges qui ne s'expliquent pas cette générosité de Navin Ramgoolam envers le MSM.

C'est cette exaspération qui avait poussé plus d'un membre influent du PTr, de Nita Deerpalsing à Cader Sayed Hossen en passant par Suren Dayal, Sheila Bappoo et Patrick Assirvaden, à dire publiquement ce qu'ils pensent de l'affaire MedPoint avant qu'ils ne rentrent dans leurs coquilles, décontenancés et contredits par l'attitude de leur leader dans cette affaire. Les travaillistes ne sont plus ce qu'ils étaient et il n'en reste pas beaucoup de ceux issus de la génération précédente. Comme Razack Peeroo qui déclarait hier à l'Express que "dès que l'intégrité d'un ministre est remis en question, il doit step down". C'est bien dit mais il appartient malheureusement à ces voix que l'on entend pas, que l'on écoute pas et qui ne comptent pas.