Quand cesserons-nous de nous comporter comme des ados pourris gâtés ? Combien de temps faudra-t-il pour nous sortir de notre indécrottable torpeur, pour nous débarrasser une fois pour toutes de cet anthropocentrisme outrancier qui aura poussé notre planète et le vivant qu’elle abrite à l’asphyxie ? Combien d’années encore durera notre marche vers le retour au bon sens ? Comment nous échapperons-nous de cette vision proclamée depuis trop longtemps par les alimenteurs du système, qui croient encore, contre vents et marées, en une croissance illimitée dans un espace limité ?
Comme un cheval au galop au Champ-de-Mars, notre vision est étriquée, nous empêchant de voir plus loin que le chemin que l’on aura balisé pour nous. Sans se rendre compte que, ce faisant, nous ne faisons que tourner en rond, tout en alimentant le portefeuille de ceux qui, justement, sont en dehors de notre champ de vision. Et accélérant inlassablement la cadence, mus par une cravache invisible brandie par les pourfendeurs du capitalisme, avec pour seul objectif qu’arrive au plus tôt la ligne d’arrivée. Sans savoir qu’elle risque, dans le cas présent, de signer la fin définitive de la course pour l’humanité entière.
Aujourd’hui, tous nos regards se tournent vers la Covid et son million de morts allègrement passé. Nous faisant ainsi oublier d’autres enjeux bien plus fondamentaux. Vous en voulez une preuve ? La voici ! La 26e conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui devait se tenir à Glasgow le mois prochain, n’aura pas lieu, étant en effet reportée pour cause de crise sanitaire à 2021. D’où la question : pourquoi ? N’avait-on vraiment pas les moyens de l’organiser, par visioconférence par exemple, comme cette même Onu l’avait récemment fait pour sa dernière assemblée générale ? Le défi est pourtant de taille, puisqu’il s’agit de discuter de la mise en œuvre d’engagements que nous avons tous (ou presque) pris pour lutter contre le réchauffement climatique. Aussi, en repoussant ces importants pourparlers à l’année prochaine, l’on banalise cette question, pourtant essentielle pour le devenir du vivant, comme s’il s’agissait d’un banal report de compétition sportive. Affligeant !
Personne ne peut le nier : en agissant ainsi, les Nations unies préfèrent s’atteler à régler la question du virus, sur le plan économique plus encore que purement sanitaire d’ailleurs, que de se pencher sur celle du changement climatique. Parce que la Covid est avant tout une question de gros sous, et que les sous, bien évidemment, c’est le carburant du système ! Ce faisant, l’on met volontairement de côté, pour une simple question d’intérêts immédiats, deux faits fondamentaux. Primo : si le virus tuera encore quelques centaines de milliers de personnes, et même probablement plus, le réchauffement, lui, nous promet une extinction de masse, la 6e pour être exact, en balayant trois quarts de la population mondiale. Sans compter bien entendu qu’une bonne partie du reste du vivant suivra le même chemin en termes de perte d’individus, mais aussi et surtout d’espèces.
Ensuite, et c’est encore bien plus fondamental, en faisant une distinction entre la crise (sanitaire) immédiate et celle (climatique), moins tangible dans l’instant, l’on se soustrait arbitrairement d’une évidence dont l’on ne veut absolument pas entendre parler : le fait que toutes deux soient en réalité intrinsèquement liées par des dysfonctionnements communs, à commencer par notre illusoire croissance économique, qui nous auront poussés, au fil des décennies, à produire et à exporter toujours plus. Y compris les virus !
C’est un fait : que ce soient la Covid, le réchauffement planétaire ou la perte de la biodiversité, pour ne prendre que les problématiques les plus parlantes, toutes ces crises ne sont en vérité que les signes d’un système en fin de vie. Pour autant, au risque de se répéter, en parfait ado pourri gâté que nous sommes, peu d’entre nous n’auront fait ne serait-ce que l’exercice intellectuel minimum visant à remettre en question notre mode de fonctionnement. En s’attaquant aux symptômes de notre cancer plutôt qu’aux racines du mal, nous prolongerons certainement notre existence, mais aussi, et c’est bien plus consternant, notre dès lors inéluctable agonie ! Voilà en tout cas ce qui risque de nous en coûter d’avoir préféré le paracétamol à la chimio ! À moins bien sûr que l’on ne se décide enfin à devenir adulte !