— Comme disait ma grand-tante: je suis mari déconcertée, je te dis.

— Pourquoi?

— Parce que je ne comprends plus rien à ce que le gouvernement vient dire.

— Veut dire ou essaye de dire?

— Ça même! Et pourtant, le PM n’est pas venu parler à la télé cette semaine!

— Il pouvait pas, toi. Après avoir fané comme il a fané l’autre semaine. Tu sais qu’on a remplacé «kot mo finn fauté», par «kan mo napa finn fané» sur internet ?

— Ils sont terribles sur internet, je te dis, ils détournent tout ! Tu as vu le PM parlant chinois et le ministre de la Santé faisant danser les muscles de son visage ?

— Ça, j’ai pas vu. Envoie-moi un coup quand tu auras le temps.

— Oui. Je vais aussi t’envoyer des commentaires sur la déclaration du ministre de la Justice.

— Qu’est-ce qu’on lui a dit comme ça?

— On lui a demandé s’il avait fumé du vaccin?

— Pas facile avec zot, je te dis! Envoie-moi vite. Mais dis-moi un coup: depuis quand tu es déconcertée?

— Depuis que j’ai regardé la télévision, mercredi soir.

— Et pourtant, comme tu l’as dit toi-même: le PM n’est pas venu à la télévision, cette fois.

— Non. A sa place, il a envoyé trois ministres à des heures différentes.

— Kisenla il a envoyé comme ça pour le remplacer?

— Jagatpal, Gobin et Joomaye sans compter celui des Affaires étrangères et tous les autres qu’on a vus dans le JT. Un carnaval de ministres, je te dis. Sans oublier le commissaire de police.

— Tu te trompes: Joomaye n’est pas un ministre, c’est un conseiller volontaire: il n’est même pas payé. Les mauvaises langues disent qu’il se fait payer en projets approuvés.

— En tout cas, on voit et on entend le Joomaye plus que tous les membres du Cabinet. Parfois, tu as l’impression que c’est lui-même le Premier ministre.

— Beaucoup de gens disent ça. Qu’est-ce que tu n’as pas compris dans ce que les ministres ont dit.

— Il y a trop de contradictions dans ce qu’ils disent. Plus ils expliquent, moins on comprend. C’est la confusion totale, toi.

— Donne-moi un exemple de ce que tu appelles la confusion totale.

— Je pourrais te donner des dizaines d’exemples des contradictions, mais je vais te donner un seul. L’année dernière, on a fermé totalement le pays alors qu’il y avait seulement quelques cas de covid. Cette fois-ci on a ouvert partiellement le pays alors qu’on a dépassé les 400 cas de covid positifs !

— C’est vrai que tu as un point-là.

— J’ai plein de points encore. On ferme les foires et les bazars, mais on ouvre les shoppings malls et les magasins qui lancent des soldes! Est-ce que les gens vont aller faire leur shopping par ordre alphabétique, selon leur jour? On ferme les snacks où le petit peuple va manger, mais on ouvre le take away des grands hôtels pour les grands paletots!

— C’est vrai que tu n’as pas tout à fait tort. Mais tu sais on n’a jamais eu un problème comme ça dans le monde. Le gouvernement est dépassé, toi.

— Ça, on le sait depuis un moment. Mais au lieu de l’admettre, ils viennent faire leur grand mari à la télévision. Ils viennent menacer pour dire que la police sera plus sévère, que les amendes pour ceux qui ne portent pas de masques passent à Rs 500 000.

— Là, ils ont raison. Il y a beaucoup de Mauriciens qui ne respectent pas les consignes et le port du masque et doivent être verbalisés.

— Ça, je suis d’accord, il faut sévir. Que la police commence par donner l’exemple en verbalisant les ministres qui ne portent pas de masques au Parlement, comme on l’a vu dans des photos publiés dans le journal!

— Ça aussi il y a eu?

— Et comment. On dit aux gens de reprendre le travail pour faire reprendre l’économie, mais on ne leur donne pas de WAP pour qu’ils puissent aller à leur travail. Et le commissaire dit que les demandes seront «processed» tout de suite. Tu es sûr que ce n’est pas le commissaire de police qui est venu à la télévision mercredi dernier?

— Non, c’est un de ses adjoints.

— Il est où le commissaire de police? Occupé à signer des passeports pour ses amis qui ont des bateaux à la Réunion?

— Non, là tu parles du commissaire d’avant. Celui que tu as vu à la télévision est le commissaire adjoint.

— C’est lui qui a dit qu’il faut faire une application pour avoir un WAP et qu’on va l’avoir rapidement. J’ai fait pour ma bonne et on n’a pas eu de réponse, du coup je ne peux pas aller travailler. C’est comme ça qu’on va faire repartir l’économie du pays ?

— Tu sais, la situation est compliquée, il faut leur donner du temps.

— Ça, je comprends, mais pourquoi ils viennent faire leur grand mari à la télévision pour dire que toutes les mesures ont été prises pour un déconfinement partiel, alors que le confinement est prolongé jusqu’au 30 avril. Comment peut-on déconfiner si on continue à confiner?

— Qu’est-ce que tu veux que je te dise?

— Il n’y a rien à dire. Comme l’a écrit un quelqu’un sur internet: «Finalement mo pann trop comprend si nou dans enn confinement ouvert ou bien enn deconfinement fermé.»