Tous les regards se braqueront bientôt sur Glasgow, où se déroulera dans deux mois la 26e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques. Cette COP 26 est d’autant plus attendue que le dernier rapport du Giec, paru il y a quelques semaines, est pour le moins pessimiste en la matière, notant ainsi non seulement que nos « efforts », prétendument consentis depuis l’accord de Paris, en 2015, auront été insignifiants, mais en outre que la puissante machine industrielle mondiale, quoique temporairement freinée par le virus, est au contraire repartie de plus belle. Autant dire qu’une fois passés les effets d’annonce des représentants internationaux, qui chercheront immanquablement à mettre en avant leurs « réalisations », les espoirs de voir le monde réellement s’engager dans la seule et unique course qui devrait nous intéresser (celle du climat) risquent d’être grandement déçus.

Notre réticence à nous engager est d’ailleurs on ne peut plus déroutante. D’autant que nous ne parlons pas de conséquences que ni nous ni nos enfants ne vivrons jamais, auquel cas nous pourrions comprendre (sans pour autant tolérer, bien entendu). Non, les changements climatiques sont déjà perceptibles et ne feront que s’accentuer au cours des prochaines années, avec le risque, si nous tardons trop, de créer un effet d’emballement. Contre lequel, cette fois, nous ne pourrons plus rien ! Combien d’espèces payeront alors le prix de notre insouciance ? Y compris la nôtre, bien sûr, à commencer par les plus vulnérables.

À ce titre, il serait bon de rappeler le contenu du dernier rapport de l’Unicef, publié lui aussi récemment, et qui met l’accent sur la sécurité de nos enfants dans le contexte du réchauffement climatique. Ainsi, selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance, sur les 2,2 milliards d’enfants que compte la Terre, un milliard d’entre eux seraient directement menacés, et ce, dans 33 pays classés comme étant « à très haut risque ». Pays qui, soit dit en passant, ne totalisent ensemble que 9% des émissions mondiales de CO2 – contre 70% pour les dix plus gros émetteurs de la planète –, mais qui, injustement, se retrouveront face à davantage de phénomènes extrêmes, amplifiés par le changement climatique, à l’instar de vagues de chaleur, d’inondations, de cyclones, d’incendies et de périodes de sécheresse, et donc de pénuries d’eau potable. En sus de la pollution atmosphérique, cela va sans dire.

Cette étude, initiée en collaboration avec le mouvement Fridays for Future, cite ainsi le cas de l’Inde, du Nigeria, des Philippines, de la République centrafricaine, du Tchad… Mais aussi d’une grande partie de l’Afrique subsaharienne. Et même si notre pays n’apparaît pas dans la liste de l’Unicef, inutile de rappeler que Maurice ne s’en sortira pas indemne. Le Fonds rappelle également que « l’humanité est en train de franchir certaines limites planétaires, compromettant le bon fonctionnement des processus naturels terrestres essentiels à la vie sur Terre ». Un point, d’ailleurs, où le rapport se révèle paradoxalement optimiste, car d’autres études tendent à prouver que, sur certains items, le point de bascule a hélas déjà été dépassé.

A contrario, ses auteurs ont absolument raison lorsqu’ils affirment que « les changements climatiques sont profondément inéquitables ». Évidemment, il s’agit d’un secret de polichinelle, tant il est évident que les populations du monde sont diversement exposées à ce stress climatique, leurs chances de vivre une vie décente étant intrinsèquement liées à leur lieu de naissance. Mais attention cependant : car cette affirmation risque aussi de donner la fausse perception que, à l’instar des inégalités sociales, de la pauvreté et de l’accès aux besoins élémentaires, certains pourraient encore échapper à la tragique destinée humaine qui se profile. Car au final, personne, y compris ceux tenant encore aujourd’hui les manettes dans leurs tours d’ivoire, n’échappera aux désastres à venir. Que l’on soit Bangladeshi, Américain, Malgache ou Européen, si nous n’agissons pas, c’est la mort qui nous attend tous au bout du compte. Seule la durée de l’agonie différera.