Ainsi donc, en dépit des « tap latab » des parlementaires de la majorité, la plaidoirie d’Ivan Collendavelloo n’avait pas convaincu Pravind Jugnauth. Il a pris du temps pour s’en rendre compte, puisque ce n’est que cette semaine que, son adjoint refusant de démissionner, il l’a révoqué. Les raisons de cette révocation sont loin d’être claires. Selon le PM, il s’est basé sur un document résumant le rapport de la Banque Africaine de Développement (BAD) alléguant que des pots-de-vin ont été donnés dans l’attribution du contrat de la centrale St-Louis. Ce document « très grave » contiendrait des noms, dont ceux d’Ivan Collendavelloo et de Paul Bérenger, récipiendaires de ces pots-de-vin. Pour Ivan Collendavelloo, le résumé dont parle le PM n’étant qu’un « papier » contenant des accusations « farfelues », il a refusé de démissionner. C’est depuis la révocation du DPM le 25 que l’ICAC a débuté son enquête sur des allégations qui remontent au 8 juin. À plus de quinze jours. Une enquête que l’ICAC a entreprise en se basant sur le résumé puisque la BAD avait refusé de lui remettre une copie du rapport qui a déclenché le St-Louis Gate. On pourrait se demander pour quelle raison Pravind Jugnauth refuse une commission d’enquête sur la question, confie l’enquête à l’ICAC mais révoque son Deputy Prime Minister avant d’avoir été mis en présence des conclusions de cette enquête. Aurait-il, sur son ex-adjoint, des informations qu’il garde secrètes alors que, par ailleurs, il n’arrête pas de dire qu’il sera sans pitié pour les corrupteurs, quels qu’ils soient, et qu’il est un adepte de la transparence.

Tout comme le Premier ministre, sans attendre l’enquête et ses possibles conclusions, le MSM est déjà entré en campagne politique. Une conférence de presse a été organisée vendredi dernier pour expliquer les non-dits du Premier ministre, l’avant-veille. Les trois ministres donnent l’impression de mener campagne pour réclamer la démission de Paul Bérenger. Selon les ministres MSM, cette démission s’impose parce que le nom du leader du MMM figure sur le « papier farfelu » — dixit Ivan Collendavelloo — comme récipiendaire de bribes pour avoir donné des informations confidentielles pour l’allocation du contrat de l’installation des turbines de la centrale St-Louis. Le leader de l’opposition détenant des informations confidentielles sur une institution gouvernementale ! C’est avec ce genre d’ « argument » que Maurice va démontrer à l’Union européenne sa volonté de lutter contre la corruption à Maurice ? Après les ministres, c’est une parlementaire, déjà connue pour ses bourdes et sa propension à dire n’importe quoi, qui est montée, hier matin, au créneau de cette campagne d’accusation au micro d’une radio privée. Après avoir dit qu’elle n’avait pas pour habitude de lancer des accusations à la légère (!), elle a dit qu’en 2015, le leader de l’opposition de l’époque avait, à plusieurs reprises, parlé de « black-out au CEB » dans ses interventions au Parlement. Ce qui laisserait entendre, selon l’analyse très rigoureuse de cette parlementaire, que c’était pour faire faire obtenir le contrat que Paul Bérenger a employé ces termes. Comme si cela ne suffisait pas, la parlementaire en a rajouté une couche, qu’elle a dû estimer être le coup fatal pour établir de la culpabilité de Paul Bérenger en preneur de pots-de-vin. Le nom, non révélé par le Premier ministre, d’un des courtiers dans cette affaire, est celui du beau-frère de Paul Bérenger. Donc, la cause est entendue, la culpabilité prouvée ! Si le MSM dispose de détectives de cette trempe, pourquoi avoir confié l’enquête à l’ICAC ?! Le problème pour cette parlementaire « qui n’a pas l’habitude de lancer des accusations à la légère » c’est que, on l’a appris, un peu plus tard, l’unique beau-frère de Paul Bérenger est mort depuis des années ! Il ne s’agit pas de défendre Paul Bérenger, il est suffisamment grand pour le faire. Il s’agit de démonter à quel point en lançant des accusations « farfelues » on ridiculise Maurice, qui figure depuis quelques jours sur la liste noire de l’Union européenne. Avec l’opération actuellement montée par le MSM pour tenter de faire Paul Bérenger porter le chapeau dans le St-Louis Gate, Maurice va très bientôt se retrouver en première place sur la liste des pays les plus ridicules de la planète.

Avec le recul et conscient que les spin doctors du PM n’hésitent devant rien pour tenter un coup de com, on pourrait se poser la question suivante. Est-ce tout cela ne serait pas un coup de com pour essayer de montrer que « Mauritius and his Prime Minister mean business » dans la lutte contre la corruption, avec la révocation du N°2 du gouvernement comme victime expiatoire ? Avec en corollaire une campagne pour tenter d’éclabousser Paul Bérenger ?

Affaires à suivre.