Une planète qui se réchauffe, des catastrophes « naturelles » qui s’enchaînent, une biodiversité qui disparaît, un système économique à l’agonie, une pénurie de ressources fossiles… Baliverne que tout cela. Des « maux, rien que des maux » ! Et si tous ces signes dont nous abreuvent scientifiques, climatologues et autres énergumènes de collapsologues n’étaient que le fruit d’une réflexion politiquement orientée ? Après tout, ne suffirait-il pas finalement de se dire que tout va bien pour que tout aille bien ?

Évidemment, nous n’épousons nullement cette politique du déni dans lequel s’enferme encore un trop grand nombre d’entre nous. Pour autant, si l’on veut rester pertinent dans l’objet de notre réflexion, il convient, au moins de temps en temps, de faire le tour de l’argumentaire des convoyeurs du « tout va très bien Mme la marquise ».

Pour ce faire, arrêtons-nous un instant sur un essai signé de deux sommités françaises, en l’occurrence Catherine Larrère, philosophe et professeure émérite à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, et Raphaël Larrère, ingénieur agronome et sociologue. Dans leur ouvrage commun (Le Pire n’est pas certain – Essai sur l’aveuglement catastrophiste), tous deux affirment ainsi que « croire à l’effondrement, c’est faire l’économie d’une révolution sociale et politique ».

L’objet de leur procès, car il ne s’agit de rien d’autre que de cela : la collapsologie, soit l’étude transdisciplinaire de l’effondrement de notre civilisation industrielle. Ainsi, selon eux, ce mouvement intellectuel tendrait à dépolitiser l’écologie et à « se renfermer dans l’inaction », ce qui soit dit en passant est une première grosse erreur. Expliquant son point de vue dans une récente interview, Catherine Larrère  affiche d’emblée une contradiction. Ainsi accepte-t-elle d’abord qu’une crise comme celle de la COVID puisse dégénérer en crise financière, sociale et culturelle, avant d’estimer qu’un « effondrement tel que le décrivent les collapsologues est très peu probable » et qu’il faut arrêter de « se laisser fasciner par la globalité de la menace, mais regarder les choses à un niveau plus local ». La COVID serait-elle donc une plus grande menace que le réchauffement et la perte de notre diversité ? Pense-t-elle que notre extrême intelligence et notre légendaire sagesse nous éviteront une crise lorsque le pétrole, qui alimente tout autant nos marchés que nos voitures, deviendra inaccessible ?

Raphaël Larrère, lui, note qu’il « n’y a pas un monde, mais des mondes », prenant exemple sur le coronavirus, qui touche diversement les populations. Et sur ce point, il a raison. C’est un fait que le réchauffement climatique, pour prendre cet autre exemple, n’aura pas exactement les mêmes conséquences partout sur la planète. Cependant, lorsqu’il accélérera le mouvement, les nations dans un premier temps plus ou moins épargnées ne le resteront pas longtemps. Ensuite, en imaginant même que les experts se soient fourvoyés et que cette menace ne soit pas globale, comment pourrions-nous accepter de ne rien faire sous prétexte que seules quelques populations seraient concernées ?
Plus loin, la coauteure estime qu’on ne peut prévoir avec certitude l’effondrement, alors que « ce qui caractérise le système complexe dans lequel nous vivons, c’est justement son imprévisibilité ».

Certes, elle a en partie raison : trop de données entrent en jeu pour formuler une prévisibilité absolue. Néanmoins, nous noterons deux choses à notre avis importantes : primo, il y a des vérités inaliénables, comme le fait que la planète se réchauffe, que notre faune et notre flore disparaissent, que nos ressources s’épuisent, que notre système est loin d’être résilient. Ensuite, l’imprévisibilité n’est pas un obstacle en soi, mais doit être au contraire le moteur de l’action, l’objectif étant justement d’éviter le pire, et non de s’astreindre à toute action sous le prétexte que « l’on ne sait pas “exactement” ». Doit-on continuer de fumer sous prétexte que l’on échappera « peut-être » au cancer ?

En bref, l’avenir n’est peut-être pas écrit, mais il y a des choses dont nos sommes sûrs, comme le fait que le réchauffement ne s’arrêtera pas d’un simple coup de baguette magique. Quant aux conséquences exactes, même si elles nous apparaissent aléatoires, elles devraient au moins nous inciter à prendre un maximum de précautions. Qu’il fasse beau temps le matin ne devrait en effet pas nous empêcher de prendre notre parapluie en sortant. Surtout si la météo nous a prévenus de l’arrivée d’orages imminents… !