Je ne comprends pas ce que dit le ministre de la Santé quand il donne les statistiques sur les personnes décédées de covid 19. Hier, il a soutenu que depuis le début de cette année, il y a eu 79 décès dus à la pandémie. Mais juste après, il a ajouté que « de ces 79 décès cette année, 32 sont directement liés au Covid-19 et 47 sont morts des suites d’autres maladies. » Comment peut-on mourir de covid tout en trépassant des suites d’autres maladies ? Est-ce qu’il y aurait des morts qui meurent deux fois, une fois de covid et une autre fois d’une autre maladie ? Pour continuer sa conférence de presse, le ministre est revenu – comme son ministère et le gouvernement le font de plus en plus – sur un de ses protocoles. En l’occurrence, celui de l’enterrement des malades décédés de covid. Jusqu’à maintenant, les malades étaient enterrés à la va-vite dans des caisses en plywood portées à toute vitesse dans des fosses par des croquemorts habillés de combinaisons rappelant celles des cosmonautes. Une manière d’enterrer des êtres humains qui a fait dire à un témoin que l’on prenait plus de soin pour enterrer un chien. Aux caisses en plywood en guise de cercueil s’est ajouté, cette semaine, le sac en plastique dans lequel a été enterré le bébé mort à l’hôpital, dans des circonstances suspectes. Dans tous les cas, les parents ne pouvaient pas accomplir les derniers rites funéraires. A la douleur de la mort, il leur a fallu subir l’indignité et l’inhumanité de l’enterrement, selon les consignes du ministère. Il a fallu un tollé de protestations justifiées et plus de cinquante morts pour que le ministre revienne, enfin, sur son fameux protocole. « A partir de ce week-end, les compagnies funéraires auront une formation pour organiser les enterrements des patients positifs. A partir de la semaine prochaine, elles pourront organiser les funérailles des patients positifs à la covid selon les coutumes. » Il a, donc, fallu 79 enterrements bâclés pour que le ministre pense enfin à organiser une formation pour les compagnies funéraires « pour organiser les enterrements de patients positifs » ! De plus, a ajouté le ministre, « il ne sera plus obligatoire d’enterrer ces défunts uniquement à Bigara ou à Bois-Marchand. » Si on peut enterrer dans n’importe quel cimetière une victime de la covid, selon les rites que sa famille pratique, pourquoi est-ce que tout cela a été rigoureusement interdit jusqu’à hier ? Quels sont les éléments nouveaux que le ministre a pris en compte pour son nouveau protocole ?
Je ne comprends pas, non plus, le fonctionnement du nouveau Commissaire de police par intérim. Il avait étonné en disant, en parlant de l’affaire Telfair, qu’il encourageait les policiers convoqués dans le cadre de l’enquête judiciaire, à dire la vérité. Faut-il encourager un policier à aller dire la vérité devant une Cour de justice ? Ce n’est pas son devoir de le faire ? Et puis, cette semaine, il y a eu l’affaire des promotions. En présence du Premier ministre – qui est, on l’oublie souvent, le ministre de la Police – a eu lieu aux Casernes la cérémonie de promotion de 489 policiers, ayant plus de 20 ans de service, au rang de sergent. De l’avis des policiers, c’était un exercice « long over due » qui était sur la liste des promesses électorales de l’alliance gouvernementale aux dernières consultations. Une promesse forte – comme la pension à Rs 13 500 – qui aurait poussé une bonne partie de la force et leurs familles à mettre une croix sur les candidats du parti du soleil, en ignorant ceux des autres formations politiques. Mais le problème c’est que les policiers ont découvert après coup qu’en sus des promus publics, il y avait aussi des promus incognitos. Des promus qui ont fait moins de vingt ans dans la police comme les autres. Une dizaine de policiers travaillant pour des VIPSU – c’est-à-dire des ministres – ont été promus directement, mais en catimini, à tel point que leurs noms ne figurent pas sur la liste officielle. Un peu coincé, un haut gradé a essayé d’expliquer que les membres de la VIPSU font un travail que ceux de la force régulière ne font pas, ce qui explique leur promotion en dehors des critères établis. Les mauvaises langues policières se demandent si amener les enfants des ministres à l’école, madame faire son shopping et acheter du pain chaud et des journaux pour monsieur nécessitent une promotion secrète. Et puis, en cette fin de semaine, les membres du GIPM sont montés au créneau pour protester contre les promotions au sein de la VIPSU qui ont vu des sergents passer au grade d’inspecteur en moins de trois ans. Bref, tout cela pour dire que le nouveau Commissaire de police p.i. est loin de faire l’unanimité avec ses premières mesures. Ce qui étonne aussi est le silence des syndicalistes de la police qu’on n’entend plus depuis quelque temps. Auraient-ils bénéficié de promotion en catimini, eux aussi ?

Jean-Claude Antoine