Mélanie Vigier de Latour-Bérenger
Psychosociologue
Membre du Kolektif Drwa Zanfan Morisien (KDZM)
Membre de la Société des Professionnels en Psychologie (SPP)

Principalement à nous, même si quelques hommes font l’exception et alors, ces mots s’adressent aussi à eux.

En plein confinement actuellement : tâches ménagères, télétravail, gestion des enfants et de leur travail scolaire, porter physiquement, émotionnellement soi et les autres…la liste est longue !

Certaines se taisent, s’épuisent pensant que c’est à elles seules qu’incombe cela. Car c’est cela qu’elles ont appris, c’est cela que leurs parents, notamment leur mère, leur ont montré comme exemple. Tristement.

Certaines sont épuisées mais résignées et « pez nene bwar delwil », car elles ont intégré que c’était à elles de porter cette surcharge et qu’elles préfèrent éviter les conflits.

Certaines, peut-être, sont OK ou heureuses de vivre cela. Peut-être. À moins que questionner le modèle parental, éducatif ou culturel observé ne se soit pas encore posé.

 

Certaines ont pris conscience que cet espace de vie, cet espace de famille est commun et qu’elles n’y vivent pas seules et que ce n’est pas à elles de tout faire. Alors, elles demandent et redemandent d’être aidées, comme si elles devaient demander de l’aide au lieu que cela soit une contribution participative et équitable !

Et elles s’épuisent à le faire.

D’autres s’indignent, sont en colère et luttent constamment pour plus d’équité ; s’épuisent aussi.

D’autres font la grève des tâches ménagères, comme Miss Potkin jusqu’à ce que les autres autour commencent à voir que rien n’est rangé, que rien n’est propre. Et c’est seulement alors, après plusieurs jours, que débute une prise de conscience. Certes, les normes d’hygiène divergent, mais quand même…un minimum.

 

Nous sommes fortes mais aussi plus à risque d’être victimes.

Un partage de quelques statistiques de violence, dans la République de Maurice, faisant état d’une moyenne des 5 dernières années jusqu’en 2019 :

 

  • 8 cas de violence domestique sont rapportés chaque jour au Ministère de l’Egalité des genres et du Bien-être de la Famille ; soit environ 244 cas par mois. Et sans les chiffres complets de 2020, ni ceux de 2021 avec deux périodes de confinement, phase de vulnérabilité accrue et souvent tue.

88.7 % des cas rapportés sont des femmes !

 

  • Plus de 15 enfants en danger, victimes de violence, abandonnés, etc. sont signalés au CDU chaque jour ; 480 par mois en moyenne.

55.6% sont des filles…

 

  • Chaque jour, au moins un enfant victime d’agression sexuelle rapporte ce qu’il.elle subit au CDU ; plus de 30 chaque mois. Des 376 cas d’enfants victimes de violence sexuelle rapportés par an, en moyenne, 89 % sont des filles !

 

Ces chiffres sont impressionnants, mais tellement loin de la réalité de multiples tués par peur, honte, méconnaissance de l’anormalité de la situation, tabou, menaces, dépendance financière, à cause du cycle infernal qu’est la violence de couple, notamment de cette phase « lune de miel » que décrit Walker en 1979, après la phase de tension, puis de violence physique.

 

Nous sommes vulnérables, fortes et courageuses !

Et nous devons continuer de l’être pour rester nous-mêmes, devant les questions, attentes et pressions de la société.

Restons connectées avec nos choix : d’être en couple ou non ; d’avoir des enfants ou non ; de nous faire vacciner contre la Covid-19 ou non ; de vivre ou pratiquer une religion ou non ; de porter les vêtements que nous souhaitons : courts, longs, transparents, multicolores…peu importe !

Restons centrées sur ce que nous sommes ; sur ce que nous voulons vivre, sur la manière dont nous voulons le vivre, sur ce qui est important, juste et bon pour nous.

Restons centrées, ancrées, alignées et connectées avec notre Être.

Ce n’est pas notre rôle d’assumer entièrement les tâches ménagères, dans un espace où cohabitent et vivent plusieurs.

Pas notre rôle de préparer seule les repas, si on est à deux ou plus.

Pas notre rôle de faire un quelconque « devoir conjugal » qui n’existe pas, ne devrait pas l’être dans tous les cas, car on doit pleinement consentir à avoir des relations sexuelles avec notre partenaire, selon notre désir.

Ce n’est pas notre rôle de nous occuper des enfants seule si on est deux; accessoirement nous ne les avons pas faits seules. Certes, si nous prenons la responsabilité de faire des enfants, nous devons assumer cette responsabilité de nous en occuper, de leur assurer sécurité et bien-être. Il est possible de demander de l’aide si l’on n’est pas deux pour nous en occuper ou si nous en avons besoin.

Nous nous sommes battues pour avoir le droit de voter et avoir une place de citoyenne.

Nous nous battons toujours pour être impliquées dans les décisions, lois qui nous concernent, que nous puissions avoir le droit de disposer de notre corps, de nos moyens de contraception, de notre sexualité.

Que rien, ni personne ne nous ôte ce droit d’être.

 

Glennon Doyle dans Untamed écrit à propos de la libération de son « true wild self », de la résurrection, connexion et réintégration de toutes les parts en elle :

« My emotions. My intuition. My imagination. My courage.

Those are the keys to freedom.

Those are who we are.

Will we be brave enough to unlock ourselves?

Will we be brave enough to set ourselves free?

Will we finally step out of our cages and say to ourselves, to our people, and to the world: HERE I AM.”

 

Mesdames, à chacune de nous de libérer et de prendre soin de notre « true wild self » !

 

 

 

Mélanie Vigier de Latour-Bérenger

Psychosociologue. Vice-présidente de la Société des Professionnels en Psychologie à Maurice. Membre du Kolektif Drwa Zanfan Morisien (KDZM) et du Kolektif Drwa Imin (KDI). Facilitatrice certifiée de Discipline Positive pour les Parents