Si la police n’a rien à dissimuler dans le contrat entre elle et Mauritius Telecom pour l’achat, l’installation et la mise en service du système Safe City, pourquoi refuse-t-elle de donner les informations nécessaires au Bureau de l’Audit? Si le gouvernement est le modèle de transparence qu’il affirme être, dans les publicités pour tenter d’attirer des investisseurs étrangers à Maurice, pourquoi est-ce que son Premier ministre ne répond pas à la question du leader de l’opposition? Ce contrat, maintenant secret d’État, a tout de même coûté quelques milliards de roupies à l’État mauricien et il est tout à fait normal que les responsables aient des comptes à rendre. Personne ne cherche à savoir comment le système fonctionne au niveau technologique, mais les élus de l’opposition ont tout de même le droit — pour ne pas dire le devoir — de faire savoir aux Mauriciens comment Rs 18 milliards de l’argent public ont été dépensées. Ce n’est pas le refus des institutions et du gouvernement de faire preuve de transparence qui va aider Maurice à sortir de la liste grise de l’Union européenne. Tout comme l’expulsion, pour une durée indéterminée, de trois parlementaires de l’opposition par le Speaker. Une expulsion réclamée, selon une procédure déjà utilisée, par le Premier ministre et votée en temps record par une majorité, dont la mission principale est de voter chaque motion du gouvernement en tapant la table.

Si Showkutally Soodhun n’est pas persona non grata en Arabie Saoudite — où règne son frère le prince Salman —, pourquoi faut-il effacer du Hansard la question qui a été posée à ce sujet? Pourquoi utiliser une gomme élastique pour enlever du Hansard une mention qui figure à jamais dans tous les journaux et radios du pays et, de façon indélébile, sur internet? Mais, à bien voir, ce n’est pas l’honneur de notre curieux ambassadeur à Riyad, mais posté, depuis peu à Port-Louis, que le Speaker voulait défendre en utilisant sa gomme élastique. Non, il voulait tout simplement provoquer l’opposition afin de pouvoir en suspendre quelques éléments. Plus particulièrement ceux qui le minent chaque mardi par leurs questions et leurs remarques. Il était évident que sa déclaration informant la Chambre qu’il allait jouer au censeur du Hansard allait provoquer un tollé. En effet, quel parlementaire digne de ce nom peut accepter que l’on efface certaines parties du verbatim du Parlement? Accepter que le Speaker utilise la gomme pour Soodhun signifierait ouvrir la porte à toutes les censures possibles et imaginables du Hansard à l’avenir.

Cette manœuvre pour provoquer l’expulsion des membres de l’opposition et le comportement du gouvernement au Parlement, mardi dernier, illustre son intention de continuer à pratiquer sa stratégie de l’affrontement. Beaucoup avaient cru, avec une grosse dose de naïveté, qu’en raison de la situation catastrophique de l’économie et la deuxième vague de l’épidémie, Pravind Jugnauth allait enfin se comporter comme un chef de gouvernement et non plus comme un leader de parti politique en quête de voix pour les prochaines élections. Le leader de l’opposition lui avait fourni l’occasion en proposant une motion pour discuter, au Parlement, d’un plan d’action national pour contrer la crise sanitaire et économique. Cette motion résumait un sentiment général : dans les circonstances actuelles et face aux plus qu’inquiétantes perspectives sanitaires et économiques, il est urgent de faire appel à toutes les expertises et toutes les bonnes volontés du pays pour trouver des solutions pour faire face à la crise. Par la bouche du Speaker, le gouvernement a considéré que cette motion ne justifiait pas l’organisation d’un débat au Parlement. L’industrie touristique est à genoux, des centaines de Mauriciens ont perdu leur emploi ou sont sur le point de le perdre, les écoles ne fonctionnent plus, les gens ont besoin d’un WAP, parcimonieusement distribué, pour pouvoir travailler et le pays est confiné jusqu’à la fin d’avril. Et selon le Speaker, plus que jamais porte-parole du gouvernement, ces questions ne méritent pas de faire l’objet d’un débat national.

Ce qui plus important pour lui, c’est de prendre une gomme élastique pour aller effacer le terme persona non grata à côté du nom de Soodhun dans le Hansard. À chacun ses priorités.