Vous étiez nombreux à être très choqués que Sooroojdev Phokeer ait été décoré de la plus haute distinction de la République de Maurice, le Grand Commander of the Order on the Star and Key of the Indian Ocean à l’occasion du 12 Mars 2021. Les commentaires qui ont suivi cette annonce ont été très sévères et traduisaient exaspération et dégoût.

Ce que vous ne savez pas ou ce que vous avez peut-être oublié, c’est que ce fidèle serviteur de la galaxie Jugnauth avait déjà été décoré. Et cela remonte à cinq ans à peine. Le 12 mars 2016, quelques mois après l’arrivée au pouvoir de Sir Anerood Jugnauth, le cousin des Jugnauth avait été fait Grand Officer of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean. Apparemment, celle-là était trop médiocre, trop inférieure, d’où l’insigne le plus élevé cette année.

Voilà ce qui explique que le nom de l’actuel Speaker est suivi du double sigle GCSK et GOSK. Rien que ça. Comment, fort de ses accointances politiciennes et de cette double décoration, on ne veut pas qu’il se sente, pour reprendre la formule très appropriée de Rajesh Bhagwan, «propriétaire du Parlement» et que séance après séance, il sévisse avec un parti pris toujours plus grotesque.

Alors même qu’il n’aurait jamais dû occuper un tel poste. Compte tenu de son passé, de ses méthodes et des informations troubles qui le pourchassent. Comme ambassadeur, il est comparable à celui par qui le scandale de mardi dernier est arrivé, Showkutally Soodhun.

Des diplomates improvisés, version Sun Trust, d’un raffinement insoupçonné. Mais c’est comme ça qu’on les aime dans Lakwizinn de Pravind Jugnauth. Plus ils sont grossiers, plus ils sont mis en évidence et promus.

Pour ceux qui l’auront déjà oublié, Sooroojdev Phokeer, c’est un ambassadeur du MSM rappelé en 2004 pour des comportements inappropriés et pour des raisons qui ne sont peut-être pas ou plus dans les dossiers du ministère des Affaires étrangères où, apparemment, il y a, de temps en temps, vol de documents.

Si Paul Bérenger alors Premier ministre avait exigé qu’il quitte le plus vite possible Le Caire, c’est que son chef de la diplomatie d’alors, Jayen Cuttaree, et son secrétaire aux Affaires étrangères, Vijay Makhan, avaient été confrontés à de sérieuses représentations du pays hôte.

C’est la queue entre les jambes et c’est sur l’insistance du clan Jugnauth, se présentant portant comme très moraliste sur le plan de la conduite personnelle et publique, que Sooroojdev Phokeer a été caché comme conseiller dans un ministère.

Trop controversé pour être candidat aux élections, mais toujours assez bien connecté pour un poste ailleurs, loin des regards des curieux et des critiques, Sooroojdev Phokeer sera nommé à Washington en 2015 dès le retour des Jugnauth aux affaires. Mais, là aussi, il va se faire remarquer en prenant en grippe un employé de l’ambassade.

Et ce n’est pas parce qu’il avait fauté ou qu’il n’avait pas les attributs des éphèbes de la partie africaine de la Méditerranée, mais parce qu’il portait des dreadlocks. Au terme d’une longue controverse, le jeune homme a fini par être mis à pied.

Et c’est cet homme avec un tel «track record» que le MSM a choisi pour présider l’Assemblée nationale. Une provocation! Ses gesticulations étaient devenues risibles au-delà des travées de l’opposition, mais après ce qui s’est passé mardi dernier, avec la suspension de Paul Bérenger, d’Arvin Boolell et de Rajesh Bhagwan, c’est l’indignation généralisée.

Un Speaker, un vulgaire nominé politique sans aucune légitimité, si ce n’est celle d’appartenir à un clan nocif, debout, avec l’index menaçant, qui dit à un ancien Premier ministre qu’il est le «biggest contempt» après qu’il a lui-même décrété que le «you are a contempt» de Paul Bérenger est inadmissible, il faut être un peu spécial pour pratiquer de telles contorsions.

Sooroojdev Phokeer a suspendu trois députés qui ont été plébiscités aux dernières élections. Ils sont arrivés en première position dans leurs bastions respectifs et c’est une créature politicienne sans mandat populaire, lui, qui va les priver de leur légitimité? Qui décide de la durée de la suspension d’un élu? Deux hommes, le Speaker et le Premier ministre? Et on est encore en démocratie?

And what next? Faire comme Navin Ramgoolam en avril 1999 en présentant une motion pour lever la suspension du leader de l’opposition d’alors, Paul Bérenger. Un geste magnanime du Premier ministre qui avait été interprété comme un retour d’ascenseur au voisin de River Walk qui, quand bien même ministre, avait témoigné et dit la vérité en Cour sur la séance parlementaire de janvier 1993, expressément organisée pour lui faire perdre son siège. C’était l’épisode désormais connu comme le «colourable device».

Il ne faut pas s’attendre à un geste d’une telle hauteur de la part d’un Pravind Jugnauth. Un recours à la Cour suprême pour rétablir un élu dans ses droits et pour mettre un frein à l’arbitraire est une piste certaine à creuser, mais elle prend du temps. Il n’y qu’à voir comment sont maltraitées les pétitions électorales près de deux ans après quelles aient été logées.

Il y a enfin les «excuses», voie manifestement choisie par le Speaker et ses complices pour humilier au lieu de quelques semaines de privation de siège. Ici même, la semaine dernière nous faisions l’éloge du mea culpa qui est honorable et bienvenu lorsqu’on a commis une faute.

Ceux qui aiment ramper ou aller à une petite séance de «koutiou koutiou» dans le bureau du Speaker vont trouver cela facile à exécuter. Ils présenteront leurs petites missives tout en sachant qu’ils ne pourront pas faire grand-chose, si ce n’est garder le «template» d’une lettre d’excuse jusqu’à la prochaine suspension.

Mais il y a aussi la démission des députés suspendus pour réclamer un vote sanction contre les abus de Sooroojdev Phokeer. Si, ne serait-ce qu’un seul des députés suspendus démissionne et qu’il est réélu, ce Speaker-là ne pourra visiblement pas rester en poste. Enfin si, à défaut de dignité, il lui restait quand même un peu d’amour-propre. Mais ne rêvons pas…