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Dr Dhanraz Gopal (directeur de l’hôpital Victoria) : “Si nos hôpitaux sont si mauvais, pourquoi 80% de la population sont traités dans le secteur public ?”

L’hôpital Victoria, le service de santé le plus fréquenté de l’île, a fêté ses 100 ans d’existence le 6 juillet dernier. Week-End a rencontré son directeur, le Dr Dhanraz Gopal, pour parler de cet établissement hospitalier que le public appelle Candos en raison d’une région et de sa colline. Le Dr Gopal, qui est aussi un consultant et spécialiste du secteur privé, dit sa satisfaction quant aux améliorations apportées au fil des ans à l’hôpital Victoria, surtout l’introduction de différentes unités spécilisées, dont un grand nombre est unique dans le service hospitalier public. S’il y a toujours “room for improvement”, concède le Dr Gopal, il n’en demeure pas moins qu’en dépit de certaines critiques, pas toujours justifiées, 80% de la population sont traités dans les hôpitaux publics qui, chaque jour, reçoivent une dizaine de patients envoyés du secteur privé.

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Après un siècle d’existence, comment qualifieriez-vous aujourd’hui l’hôpital Victoria ?

L’hôpital Victoria, que beaucoup appellent Candos, est l’établissement de santé public le plus fréquenté de Maurice. Après 100 ans, nous avons évolué et offrons la meilleure qualité de service. Cet hôpital a fait ses preuves dans plusieurs spécialités, dont un grand nombre est unique dans le service hospitalier public.

Quelle est sa capacité d’accueil ?

L’hôpital avait été inauguré le 6 juillet 1922 avec une capacité de 240 lits, offrant des soins médicaux de base. Au fil des ans, les locaux ont été agrandis et aujourd’hui, nous comptons plus de 950 lits. Chaque année, nous avons 1,6 à 1,8 million de consultations et réalisons environ 9500 interventions chirurgicales. À ce jour, le nombre total d’employés s’élève à 3070, dont 88 spécialistes, 264 MHO/SMHO, 1103 infirmiers et 985 auxiliaires.

Quelle place pensez-vous que l’hôpital de Candos occupe sur l’échiquier des services de santé à Maurice ?

L’hôpital Victoria accueille 34% de la population mauricienne et notre personnel fait de son mieux pour leur prodiguer les soins appropriés. L’hôpital de Candos a toujours été à l’avant-garde pour innover et améliorer le traitement des patients. Aujourd’hui, en sus des soins réguliers, nous offrons des services médicaux spécialisés exclusifs, à savoir : le département d’oncologie, celui des brûlures et de la chirurgie reconstructive, un nouvel hôpital ORL ainsi qu’un nouveau NICU avec des soins de haute technologie. Notre unité de cardiologie offre un service de PCI 24h/24. Et si, dans le passé, il était nécessaire d’envoyer certains cas compliqués de chirurgie de la colonne vertébrale à l’étranger pour y être opérés – une pratique qui occasionnait des frais importants et des inconvénients pour les
parents –, depuis la création de la Spine Unit à l’hôpital Victoria, toutes les interventions chirurgicales, de la simple discectomie à la correction des déformations de l’adulte et de l’adolescent (scoliose) sont effectuées localement.

Nous avons aussi récemment restructuré notre service des accidents et urgences, offrant un service de guichet unique à nos patients. Cela contribue à réduire les admissions inutiles et nous pouvons dire avec fierté qu’à l’heure actuelle, nous avons plus de 100 lits disponibles. Vous conviendrez que même la presse a cessé de critiquer l’hôpital Victoria pour l’indisponibilité des lits, contrairement au secteur privé où un patient doit attendre plus de 6 heures pour être admis.

Parallèlement, l’hôpital Victoria reçoit fréquemment la visite d’éminents spécialistes pour traiter nos patients et fournir une formation à nos médecins. À titre d’exemple, nous avons récemment reçu le Pr Martin et son équipe pour la chirurgie de la colonne vertébrale, le Pr Douglas pour la chirurgie thoracique, le Pr Balajee pour la chirurgie reconstructive et maxillo-faciale, le Pr Simon Clark pour les soins néonatals et le Pr Ramalingum pour l’implant cochléaire et d’autres procédures ORL complexes. Très prochainement, nous aurons la visite de deux éminents professeurs pour l’oncologie gynécologique et en orthopédie pédiatrique.

Si de nombreuses améliorations ont été apportées à différents niveaux, un département parmi les nombreuses unités du service public est le plus critiqué : celui des Records. Outre les dossiers perdus, il y a aussi la longue attente des patients pour passer en rendez-vous médical. À quand une amélioration de ce système? Où en est le projet de E-health? 

Nous convenons que notre système d’enregistrement n’est pas entièrement informatisé et nous sommes pleinement conscients qu’il y a place à l’amélioration. Des changements sont à venir. Le ministère de la Santé, avec l’aide du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), a déjà terminé toutes les procédures pour notre projet E-Health. Si sa mise en place n’a que trop tardé, vous devez convenir que pour un petit pays comme l’île Maurice, avoir un système E-Health complet coûte beaucoup d’argent. Il nous faut disposer du nécessaire financement.

Les choses se font petit à petit et vous apprécierez qu’en outre, le projet a déjà été introduit à l’hôpital ENT et nos services de laboratoire, notamment le Central Lab, sont déjà informatisés suivant le Laboratory Information Management System. Le futur hôpital  de cancer –NCC – sera lui aussi entièrement informatisé.

Quant aux critiques concernant la perte des dossiers des patients, il faut tenir compte qu’avec 1,6 à 1,8 million de consultations par an, un système d’enregistrement manuel ne peut être parfait. Il nous faut être réalistes et voir le problème dans son ensemble. Considérant la longue attente, il faut prendre en compte la fréquentation quotidienne dans les hôpitaux. En comparaison, à l’hôpital Victoria, si nos différentes unités de spécialisation effectuent une moyenne de 900 à 1000 consultations quotidiennement, dans une clinique privée, ce nombre s’élève à maximum 100 patients sur 24 heures.

On reproche aussi au service hospitalier public le manque d’humanisme et de compassion. Que doit-on faire pour  une meilleure prise en charge?

Il est aussi toujours très facile de faire des critiques sans tenir compte du contexte dans lequel se déroulent les choses. À notre niveau, nous concédons qu’il y a un problème de communication principalement dû à la charge de travail, malheureusment qualifiée de manque d’humanisme. Mais le personnel médical et paramédical d’une unité spécialisée, par exemple, qui doit s’occuper de 100 patients en 3 heures, est plus impliqué à donner le traitement nécessaire aux patients qu’à communiquer.

Je connais le secteur public aussi bien que le secteur privé et force est de constater que dans le privé aussi, il y a beaucoup d’insatisfaction des patients. Cependant, au détriment du secteur public qui fait face à des critiques, ce qui se passe dans le secteur privé est, la plupart du temps, non-déclaré, non-rapporté.

Pour améliorer nos services, le ministère de la Santé a organisé plusieurs ateliers de formation en communication pour son personnel. Il y a deux mois,  le Professeur Cris Caddy, chirurgien consultant et administrateur du Collège royal, a dispensé une formation en communication à tout le personnel de l’hôpital Victoria. Nous faisons des efforts. Nous faisons des efforts.

Si nos hôpitaux publics sont si mauvais qu’on le dit et qu’il y a un manque de compassion, pourquoi 80% de la population sont traités dans le secteur public et que, chaque jour, nous recevons 7 à 10 patients envoyés du secteur privé, dont régulièrement à nos unités de soins intensifs (néonatal et adulte).

Vous-même qui êtes spécialiste et qui connaissez le fonctionnement du service privé, que pensez-vous qu’il faut apporter comme amélioration dans le service public ?

As far as clinical Rx is concerned, I stress that the quality of care provided in the public sector is of a very good standard. 90% des médecins exerçant dans des cliniques privées sont les mêmes travaillant dans le secteur privé. Il est irrationnel de dire que le secteur public ne fournit pas un bon niveau de soins. Je suis même surpris de la stigmatisation. Comment se fait-il qu’on trouve la norme bonne lorsqu’un médecin opère dans le privé mais qu’elle n’est pas bonne lorsque ce même médecin travaille dans le secteur public ? Cependant, je suis d’accord sur le fait que nous devons améliorer nos compétences en communication et fournir un meilleur “service hôtellerie”, ce que le secteur privé est plus intéressé à offrir. Nous devrions également encourager notre jeune génération à poursuivre sa formation dans les sous-spécialités et les chirurgies particulièrement délicates.

Quel futur est destiné à l’hôpital Victoria ? Quels sont les développements à venir ?

Le ministère de la Santé est en train de construire un nouvel hôpital ultramoderne, qui fera la place à pratiquement toutes les spécialités et qui sera prochainement opérationnel. Et nous avons plusieurs projets internes pour l’amélioration des soins. Par exemple, outre l’introduction prochainement de la greffe rénale à l’hôpital Candos, plusieurs de nos jeunes médecins suivent actuellement une formation en soins néonatals et en chirurgie thoracique. Notre souhait c’est que nos médecins s’impliquent davantage dans les travaux de recherche afin que nous puissions devenir un véritable hub médical pour l’avenir.

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