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La décomposition totale

Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’elle ne témoigne de la faillite inexorable des institutions. On croyait qu’il y avait des sujets avec lesquels on ne badine. Comme l’intégrité des examens. Or, des couacs entachent ceux du PSAC. Il y a des questionnaires qui sont facilement accessibles au niveau du Mauritius Examination Syndicate à ceux qui ont le loisir de les partager et de faire profiter à ceux qui seront appelés à prendre part à ces mêmes examens. Corrompant le processus, octroyant un avantage indu à celui ou ceux qui en auraient eu connaissance du contenu du questionnaire et bénéficiant éventuellement d’un avantage sur les autres compétiteurs.

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Après la révélation de la forfaiture, le doute s’est installé et les questionnements devenus multiples. Nombreux sont les parents ou leurs enfants qui se demandent si ce genre de pratiques frauduleuses ne se serait pas déjà produit et que des élèves n’auraient pas été favorisés et qu’ils n’auraient pas obtenu de meilleurs résultats sur la base d’un procédé infâme. Le plus surprenant dans ce triste épisode est le choix de posture de la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun. Serait-elle dans un état de confusion en ce moment ? Peut-être. Parce qu’elle a évoqué, durant l’examen en comité du budget 2022-23, une “Bérenger Government School” et qu’elle l’a répété jusqu’à ce que des députés des deux côtés de la chambre ne lui signalent son erreur et qu’elle finisse par parler de Burrenchobay Government School.

Il y a en a qui dorment et il y a en a qui s’emmêlent les pinceaux. On peut en rigoler sur le moment, mais les examens et la façon dont ils sont organisés sont trop importants pour qu’ils soient un sujet de zigzag, d’imprécision et d’un déni des faits au plus haut échelon du ministère de l’Éducation publique. Les examens, c’est comme l’organisation des élections. Ils doivent être au-dessus de tout soupçon. Mais tout est désormais imputé à un « problème technique ». C’est devenu la formule magique pour se soustraire à ses responsabilités. Un peu comme le « bug » de la MBC et l’affichage du cheval gagnant avant même que le départ ne soit donné.

Lorsqu’on a fini avec le MES, on a la SBM, jadis portée par un effort de sérieux et de crédibilité, qui est aujourd’hui un objet de grande raillerie publique. Après les chiffres remis sur le tapis par Aadil Ameer Meea lors de son intervention sur le budget, on s’attendait à une réponse adéquate et rassurante de la banque en direction de ses clients et de ses actionnaires. Non, on a plutôt eu droit à un cirque en guise d’assemblée générale cette semaine. Une réunion qui s’est terminée en eau de boudin et qui a brusquement pris fin sur décision du protégé de Pravind Jugnauth, Satar Hajee Abdoola. Lorsque c’est un Bissoon Mungroo lui-même qui sort de ses gonds et qui traite la direction de la banque d’État de tous les noms, cela veut tout dire.

Y a-t-il encore une institution qui marche à Maurice ? Et comment masquer cette décrépitude des organismes publics depuis 2014 en raison d’un parasitisme partisan outrancier ? En recourant toujours à la répression, à l’intimidation et à l’argumentaire communal et raciste. L’affaire des « tank vide » aurait pu prêter à rire s’il ne s’agissait pas d’un autre inacceptable abus policier. Lorsqu’ils ne torturent pas et qu’ils ne font pas usage de violence, ils s’adonnent à la persécution avec la bénédiction du commissaire de police. Des plaisanciers ont, le 21 mai dernier, orchestré au front de mer de Mahébourg une petite mise en scène, sans heurt ni fracas, pour dire leur colère contre l’augmentation des prix du carburant, un élément essentiel à leur activité en mer après deux années déjà éprouvantes, marquées par le Wakashio et le double confinement.

La réponse policière immédiate était déjà exagérée et, sous la pression d’une opinion outrée devant tant de zèle, les policiers avaient fini par laisser partir ceux qu’ils avaient emmenés au poste. Mais ce n’était que partie remise parce que l’affaire est apparemment considérée comme un crime de lèse-majesté et une priorité absolue qui doit mobiliser les effectifs. C’est ainsi que l’on a des interpellations quotidiennes, des plus jeunes aux plus vieux, alors qu’on aurait pu penser qu’un simple rappel de la loi et un avertissement auraient amplement suffi. Les policiers n’ont pas plus grave à traiter ? Franchement!

C’est pareil pour l’épisode “Poliko Krapo”. Que la chanson ne soit pas un modèle de qualité ou de finesse, soit, mais chacun a sa manière de s’exprimer et de critiquer les pouvoirs publics. Après les seins nus censurés de Palvishee Jeewon, voilà que c’est au tour de la police de vouloir décider de ce que doivent contenir les parodies musicales. On n’est pas loin de revenir à la triste période pour la démocratie où il fallait soumettre les textes aux Casernes centrales pour être visés avant d’être autorisés. Ils n’ont pas mieux à faire ces policiers que d’essayer de faire systématiquement taire toutes les voix discordantes ou rebelles ?

Ceux qui prendront le relais de ce gouvernent, si tant est que l’opposition arrive à régler ses problèmes de « pli mari » qui n’a pas besoin de « béquille », malgré son double désaveu de 2014 et de 2019, doivent, comme nous le suggérions la semaine dernière, venir avec un projet précis et, surtout, un calendrier pour son exécution. Trop de mesures remises à plus tard finissent par des drames.

Il n’y a qu’à voir ce recul survenu aux États-Unis, pays qui se revendique de la liberté et qui revient sur ce qui était considéré comme un acquis, quand bien même partiel : l’avortement. Lorsque les démocrates avaient la majorité partout, la dernière fois probablement sous le président Bill Clinton, ils n’ont pas songé ou n’ont pas eu le temps d’inscrire de manière inaltérable le droit à l’avortement. La décision de la Cour suprême a été accueillie avec un sentiment de révolte et d’amertume. Le jour où les politiques se rappelleront le fameux adage qu’après l’heure, c’est plus l’heure, ils se dépêcheront d’agir.

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