Non, ce n’est pas que le sort s’acharne contre lui. Il organise, en fait, lui-même, sa déconvenue. Le Premier ministre était, jeudi, à Saint-Pierre dans sa circonscription pour un déjeuner organisé en l’honneur des personnes du troisième âge, dont la journée a été célébrée depuis plus d’un mois déjà. Ce genre d’activités, comme les sorties socioculturelles en série de ces dernières semaines, tombent tellement à pic avec les villageoises fixées au 22 novembre!

Tout le monde n’est pas Alan Ganoo avec ses gros sabots partisans pour promettre aux habitants de Chemin-Grenier des patentes de taxi et une centaine d’emplois à la CNT, mais la démarche électoraliste reste la même. Cinquante nuances de la campagne orange. Des ministres organisent d’ailleurs ces jours-ci des activités, même les plus ridicules, comme la délocalisation d’un bureau de poste, pour montrer qu’ils travaillent dur pour leurs mandants.

Dommage qu’ils ne se rendent pas là où des habitants exaspérés manifestent contre le manque d’eau potable dans leur région, alors même que cela fait six ans qu’on leur avait promis le 24/7, même si, selon la nouvelle définition que le Premier ministre a donnée à cette formule, cela ne veut pas dire que l’eau va couler depuis tôt le matin jusqu’à tard dans la nuit.

Le troisième âge est devenu le principal fonds de commerce électoral du MSM depuis 2014. Pas étonnant que tous les moyens soient mis en oeuvre pour appâter cette catégorie de votants qui ne sont d’ailleurs pas négligeables. Dans l’optique du Sun Trust, il est toujours facile d’embobiner les vieux avec des promesses d’augmentation de la pension, même si c’est au prix d’une CSG sortie de nulle part.

Le jeudi 12 novembre, le Premier ministre était donc à Saint-Pierre avec des membres du club du troisième âge de la localité. C’est ce jour-là même qu’était annoncée la détection d’un nouveau cas local de Covid-19, le tout dernier depuis le 26 avril.

Et pourtant, ne dérogeant pas à ses bonnes habitudes d’autoglorification appuyée, Pravind Jugnauth se tapait l’estomac d’avoir fait de Maurice un pays “Covid-safe” et “Covid-free”, tandis que pendant qu’il déblatérait devant les personnes âgées, il y avait toujours 28 cas positifs dans le pays et deux nouveaux cas ont été recensés.

Même le Dr Laurent Musango, représentant de l’OMS, toujours prompt à féliciter le gouvernement, a dû admettre que Maurice n’est ni Covid-free ni Covid-safe. Au lieu d’en appeler à la vigilance, le Premier ministre a fait passer un message de facilité et de laxisme.

Mais là n’est pas le plus grave, même si un peu de modestie et d’humilité n’aurait pas été de trop vis-à-vis des 10 victimes de la Covid-19 qu’a enregistrées le pays. Ce qui l’est vraiment, c’est le fait de déambuler non masqué autour de ces tablées de personnes âgées, elles aussi sans masque.

Il est vrai que c’était un déjeuner et que l’on ne peut manger avec un masque sur la bouche, mais, comme en témoignent les clichés pris lors de ce rassemblement, il n’y avait absolument pas de distance sociale entre ces vieux entassés les uns sur les autres, alors qu’on les sait pourtant plus vulnérables et plus susceptibles de contracter les formes les plus sévères du virus.

Le pire c’est que dès qu’a été annoncé, jeudi, un nouveau cas local, il y a eu comme une psychose qui s’est installée dans les hautes Plaines Wilhems. Pendant que Pravind Jugnautnb se flattait de sa gestion de la pandémie, les gens semblaient avoir opté d’eux-mêmes pour un genre de confinement.

Les rues étaient désertes vendredi après-midi à Curepipe, et la région de la clinique où a séjourné la personne infectée qui présente le même profil que le patient zéro de mars dernier est depuis soigneusement évitée. Pas de file interminable d’automobilistes qui, depuis l’autoroute et le rond-point de Wooton, empruntent les voies intérieures pour rallier le centre de Curepipe au lieu d’aller jusqu’à La Vigie.

C’est dire qu’il n’est jamais de trop de rappeler les précautions à observer en public. Or, la posture du Premier ministre est celle du déni permanent. C’est comme pour le Wakashio avec ses ministres qui, quotidiennement, défilaient durant deux longues semaines pour assurer qu’il n’y aura pas de déversement de carburant dans le lagon jusqu’à ce que le drame prévu par les habitants de la région de Blue Bay et de Mahébourg et les vrais connaisseurs venus d’ailleurs ne se produise. Une marée noire qui a placé Maurice sur la carte du monde une nouvelle fois pour de mauvaises raisons.

Et quoi de plus éloquent que les beaux discours sur le changement climatique un mardi, avec ses dérapages de bas étage visant toujours la même personne, qui décidément semble empêcher bon nombre de députés du MSM de dormir, alors que des arguments valables avaient été mis en avant pour découvrir le lendemain que de l’huile lourde avait été déversée dans le port.

Et comme si, après le Wakashio et le Sir Gaëtan, c’était un détail! Aucune explication plausible sur cet accident et aucune communication sur les suites de cette affaire des autorités portuaires, du ministre de tutelle, Pravind Jugnauth, ou du ministre de l’Environnement. Business as usual.

Peut-être que le public mauricien aura droit à un début d’explication, comme sur le dossier d’Angus Road, qui se fait attendre depuis bientôt cinq mois, à une prochaine sortie socioculturelle, avec ou sans sabre… en plastique. Comme s’il ne restait que cette plate-forme à un Premier ministre qui commence à embarrasser certains de ses collègues parce qu’il a peur de confronter les journalistes à un exercice public et qu’il préfère les monologues télévisés.

Bref, une conception bien moyenâgeuse de l’exercice du pouvoir, les institutions politiquement accaparées, vampirisées et infantilisées et un Speaker qui conçoit son rôle comme celui d’un bouclier pour le Premier ministre et ses ministres. Bientôt 53 ans d’indépendance, quelle tristesse!