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Les indécis

Intéressant et plein d’enseignements sur le Mauricien et la politique, le sondage publié dans cette édition. Les résultats vont calmer les ardeurs des uns et ramener les ambitions d’autres à la réalité. Je pense en particulier à ces futurs Premiers ministres autoproclamés, qui ne provoquent qu’un petit 1% d’intentions de vote ! Cela faisait un bout de temps que les résultats d’un tel exercice n’avaient pas été publiés. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu d’autres sondages commandités, mais leurs résultats, gardés comme une arme secrète, n’ont pas été rendus publics.

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Les commanditaires ont préféré les utiliser pour affiner le choix de leurs candidats et mieux travailler leurs thèmes de campagne pour tenter de séduire l’électeur. Dans celui qui est publié ce dimanche, j’ai retenu quelques chiffres révélateurs de l’état d’esprit des sondés. Le premier indique que 82% des sondés iraient accomplir leur devoir civique si les élections avaient lieu dans les prochaines jours.

Cela signifie qu’en dépit de ce qui a été écrit et déclaré — souvent avec passion, parfois avec raison — sur l’organisation des élections, une majorité de sondés a encore confiance dans le système. 34% disent qu’ils ne sont pas proches d’un parti politique, alors que 19% n’ont pas d’opinion sur la question. Plus loin, 49% disent ne pas savoir pour quelle alliance politique voter, alors que 35% disent ne pas savoir quel candidat au poste de premier ministre plébisciter. Cela signifie que, contrairement aux die-hards qui savent pour quelle alliance, quel parti et quel Premier ministre voter, une importante partie des Mauriciens interrogés fait partie de la catégorie des indécis. Ceux qui ne savent pour qui ils iraient voter ou s’ils iraient accomplir leur devoir civique.

C’est sans nul doute l’électorat qui augmente de façon régulière, élection après élection. Il existe de raisons objectives à cette indécision, cette incapacité de choisir une alliance, un parti, un candidat. Tout d’abord parce qu’il n’y a pas vraiment de choix entre les partis — qui se disent grands, même quand ils perdent les élections et leurs électeurs — qui sont capables de tout. Comme conclure des alliances avec leurs pires adversaires en dénonçant leurs derniers alliés pour faire le contraire, dès que l’alliance en cours est rompue.

Comment ne pas comprendre l’indécision de cet électorat quand il voit et entend, par exemple, Steeve Obeegadoo renier son ancien leader. Et se servir des qualificatifs ronflants qu’il utilisait naguère pour flatter Paul Bérenger, tels quels pour rendre aujourd’hui hommage à Pravind Jugnauth ? Comment peut-on faire confiance à des politiciens qui peuvent changer de leader comme de chemise et d’idéologie comme de chaussettes et dire aujourd’hui, avec la même conviction, le contraire de ce qu’il ont affirmé pendant des années ? Comment peut-on voter pour un ministre qui n’hésite pas à comparer son leader du jour à rien de moins qu’un Dieu ? Comment veut-on que le Mauricien se retrouve dans ces changements d’alliance, de loyautés et de langages qui n’ont qu’un objectif pour ceux qui les pratiquent : arriver au pouvoir par n’importe quel moyen, en jouir et s’y maintenir.
Comment croire dans un gouvernement qui, malgré ses grands discours sur le mauricianisme, ne rate aucune occasion pour tenter de dresser une communauté contre les autres pour pratiquer une stratégie de divide and rule dont il espère profiter électoralement ?

Comment croire dans un gouvernement qui envoie ses ministres visiter des expos à l’étranger en dépensant des millions alors que le pays subit une grave crise économique et qu’une majorité de Mauriciens ne sait comment faire nourrir sa famille à la fin du mois ?

Comment croire dans une opposition qui, au lieu de s’unir pour combattre le gouvernement, passe son temps dans des querelles d’ego, pour savoir qui sera le leader de l’alliance — pas encore conclue — qui affrontera le MSM aux élections qui auront lieu dans… deux ans ?! Comment veut-on que les jeunes aient envie d’aller voter, ou de s’engager en politique, quand ils ont devant leurs yeux le spectacle désolant que leur offrent les partis politiques, TOUS les partis politiques ? Le nombre important d’indécis est quelque part réconfortant. Il signifie que, contrairement à ce que pensent les politiciens, les Mauriciens ne sont pas des avaleurs de bobards qu’il est facile d’influencer. Le nombre d’indécis indique aussi que les politiciens devront les convaincre avec un programme sérieux et de bons arguments, pas avec un chapelet de promesses. Il ne faut pas oublier que les dernières élections ont été remportées avec seulement un peu plus de 30% de suffrages exprimés. C’est pratiquement ce que représentent les indécis.

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