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Les obéissants

Ainsi donc, les parlementaires de la majorité auraient tapé latab du Parlement 103 fois mardi dernier pour faire savoir à quel point ils ont apprécié le discours de plus 10 000 mots débité en deux heures par le ministre des Finances. Ont-ils vraiment écouté, et surtout compris le discours et son impact sur le quotidien de leurs mandants, ou ont-ils seulement fait ce à quoi ils ont été réduits : lire – mal – les discours qu’on leur a écrit ; répéter les arguments fournis pour les conférences de presse ; voter les motions d’urgence expulsant ou suspendant les députés de l’opposition et jouer au taper latab pour les passages de discours premierministériels ? Élus pour porter la parole de ceux qui ont voté pour eux, ils sont devenus les employés obéissants d’un parti politique. Plus précisément des gâte-sauce de Lakwizinn qui se prennent pour des grands chefs stratèges. Il faut voir avec quelle conviction ces élus disent ce qu’on leur dit de dire en n’oubliant pas de faire un compliment à « nou gran Premie minis » entre deux déclarations lues. Il vaut mieux les laisser mal lire au lieu d’improviser pour ne pas augmenter le collier de perles parlementaires qui s’épaissit à chaque séance parlementaire. Celles de la semaine prochaine, entièrement consacrées aux débats sur le discours du budget, devraient nous en faire découvrir de nouvelles. Mais au vu des premières déclarations des uns et des autres après le discours du budget, est-ce qu’il y aura débat ou continuation du dialogue de sourds parlementaire au cours duquel personne n’écoute personne ? Depuis les dernières élections, chaque séance du Parlement est devenue un match de boxe où c’est à qui hurlera plus fort que les autres. De ce tapage, le Speaker ne semble entendre que les voix des députés de l’opposition. Il semble considérer que son travail est de les empêcher de parler, et s’ils osent passer outre, de les expulser avec le concours du Premier ministre et de son vice dans une farce qui se répète pratiquement à chaque séance.

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Dans un premier temps, le Speaker repère le ou les membres de l’opposition dont il va s’occuper. Il les interrompt quand bon lui semble, leur coupe la parole, décrète que les termes qu’ils utilisent sont « unparliamentary » selon son humeur du jour et exige qu’ils soient retirés, avec des excuses. C’est ainsi qu’un mardi, le Speaker a décrété que le mot « shame » était « unparlialentary » et expulsa ceux qui avaient eu l’outrecuidance de l’utiliser et de refuser de le retirer. L’expulsion est automatiquement suivie d’une suspension de séance, dont l’opposition profite pour aller faire une conférence de presse de dénonciation des méthodes et du comportement du Speaker. À la reprise de la séance, le Premier ministre présente une motion d’urgence pour que les expulsés soient suspendus. Son vice — dont il semble que ce soit une des principales occupations — prend la parole et seconde la motion. Troisième mouvement de l’opération les taper latab de la majorité votent la motion et l’expulsion devient officiellement suspension. Certains pensent que les députés de la majorité se comportent comme des rubber stamp pour deux raisons : (i) obtenir un ticket aux prochaines élections en récompense de leur obéissance et (ii) s’ils ont de la chance — et les recommandations des gâte-sauce de Lakwizinn — obtenir un portefeuille si jamais il y un remaniement ministériel d’ici aux prochaines échéances électorales.

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Les enquêtes sur les vidéos montrant des policiers jouant aux tortionnaires ont dépassé le stade de la farce. Cela fait plus de deux semaines que les vidéos ont été postées sans que la police ne parvienne à expliquer comment un document montrant des officiers violant les Droits de l’homme des suspects a pu rester plus de deux ans au siège de la police sans provoquer l’ouverture d’enquêtes. On peut aussi se poser la question de savoir pourquoi l’avocat qui avait soumis la clé USB à la police est resté deux ans sans réagir ? Depuis la publication des vidéos, un grand numéro de pa mwa sa, li sa se joue aux Casernes centrales. L’ex-commissaire a eu la clé, mais ne l’a pas regardée et l’a donnée à un officier pour ouvrir une enquête. L’enquête n’a pas été ouverte et ça n’a pas semblé gêner outre mesure l’ex-commissaire de police. Par ailleurs, le nouveau, qui avait promis que des sanctions seraient prises, n’a pas encore mis sa menace à exécution. De quoi se demander si après l’agitation de ces dernières semaines, nous n’allons pas vers un cover-up. On peut aussi se demander si les responsables de la police ne sont pas comme les backbenchers de la majorité : des obéissants. Les uns tapent la table, d’autres bâclent une enquête…

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