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L’obsession

Les meetings annoncés ont tenu toutes leurs promesses. Ils étaient cinq orateurs de la majorité à prendre successivement la parole pour conclure les débats sur le budget 2022/2023. Pas deux mais cinq, Kavi Ramano et Anwar Husnoo dans la soirée de vendredi et trois autres à la séance d’hier, Leela Devi Dookun-Luchoomun, Steve Obeegadoo et Pravin Jugnauth avant le summing-up de Renganaden Padayachy.

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Et celui qui disait en 2018 que la démocratie incarnée par le MSM était “bancale”, un certain Steve Obeegadoo, a osé dire son étonnement que l’opposition ne soit pas plus présente pour les écouter pérorer à longueur des séances sans aucune contradiction, sans voix contraire. C’est une violation de la démocratie parlementaire, une dérive qui est devenue une habitude pour ce gouvernement qui prend vraiment ce pays pour sa propriété. Et pas étonnant que les Rs 10 millions de Lee Shim aient abondamment parlé hier. Le Premier ministre semble décidément obsédé par Jean Michel Giraud, ce qui commence à devenir inquiétant et le pousser à organiser dans le meilleur délai une petite consultation auprès de son ministre Kailesh Jagutpal.

Pour voir s’il n’a pas été atteint de TOC (trouble obsessionnel compulsif). S’il a été le pourfendeur des années 1900, dont le reliquat se trouverait, selon lui, au Champ de Mars, le leader du MSM aurait pu, pour se changer les idées et se débarrasser de ses ridicules fixettes, se joindre au joyeux duo Sanjiv Ramdanee/Zouberr Joomaye, en apparat colonial, assistant durant la semaine écoulée à une journée de courses à Ascot, au pays de ce Boris Johnson qui nous a volé notre Chagos.

A moins que la garde rapprochée du Premier ministre ne soit en train de se familiariser avec le milieu hippique pour pourvoir éventuellement mieux s’emparer de l’hippodrome de Côte d’Or et donner un autre relief à cette industrie dévaluée avec ses sacs poubelle bleus enveloppant ce qui est censée être des loges, comme on a pu le voir au Champ de Mars récemment. Entre un hôtel, des photos monnayées avec des célébrités de série B sur les marches du festival de Cannes, deux cliniques et un mail à Pack and Blister, pourquoi pas les chevaux, le paddock, les barrier trials et une photo finish pour couronner le tout? Rien n’est interdit aux MSM Boys. Pravind Jugnauth a parlé d’un supposé montage financier organisé par l’ancien président du Mauritius Turf Club. Pourquoi n’a-t-il pas saisi ces institutions qu’il a toutes vampirisées pour une enquête. Question de donner un peu de poids à ses envolées à l’emporte-pièce. Mais des investigations, il y en a eu. Mais pas là où on les attendait.

Si la MRA ou l’Integrity Reporting Agency ne se sont pas intéressées à savoir comment l’autre Jean Michel a pu réunir Rs 100 millions pour son centre équestre à Balaclava et les Rs 56 millions mises dans l’organisation de la première journée hippique du 28 mai, le fisc a traqué toute la famille Giraud en espérant faire de grandes découvertes mais il est reparti bredouille. Pour ne pas dire penaud. Tout autant que la police, barbare et sadique, de Pravind Jugnauth qui avait recouru, elle aussi, à des actes d’intimidation qui n’ont abouti à rien. C’est peut être cet échec patent qui explique la hargne étrange, constante et maladive d’un chef de gouvernement, qui se comporte invariablement en chef de parti et de clan, à l’égard d’une personne.

Qui autant qu’on le sache ne lui a rien fait si ce n’est qu’il est un sympathisant de toujours d’un parti de l’opposition. Il paraît que c’est devenu un crime que de soutenir un parti qui n’est pas le sien. Bienvenue en Corée du Nord! Ses amis expliquent à longueur de diatribes que le MMM est mort. Peut-être. Mais lui semble toujours en avoir après le parti du coeur. Là aussi, il y a sans doute des pistes à creuser pour comprendre son attitude. Est-il frustré parce que son opération grotesque de débauchage à la petite semaine, a fini par foirer lamentablement?

Avec l’enregistrement d’une conversation entre une récente convertie-pour ne pas dire achetée — au Sun Trust et une proie à ravir chez les mauves avec promesse d’une rencontre avec le leader du MSM himself. La manoeuvre a fini comme elle le méritait, dans le ridicule absolu et l’opprobre générale. Un débat sur le budget, ça devrait normalement évoluer à un tout autre niveau mais ce n’est pas dans la culture du MSM qui a le don de tout ramener au ras des pâquerettes. Ce n’est d’ailleurs pas une coincidence que la plus grande fierté du Premier ministre est probablement le Speaker, une honte nationale en situation d’ex-aequo avec la MBC. Si tout cela est loin être anecdotique et qu’il révèle de bien dangereuses propensions à tirer sur tout ce qui n’obtempère pas aux ordres du MSM, les menaces à peine voilées proférées, hier, sont encore plus inquiétantes. Après avoir brandi le spectre d’un certificat de caractère qui serait entaché pour participation à une manifestation même spontanée, Pravind Jugnauth a été plus loin hier. La rue, a-t-il affirmé, peut aussi être le théâtre d’expression de ses partisans et de la majorité silencieuse. Que veut-il dire? Que, si demain des gens descendent sur le koltar pour de bonnes raisons, il enverrait ses milices à leurs trousses? Avec peut être des sabres en plastique pour terroriser les manifestants et les chasser! Avec tout ce qui se passe et le rétrécissement constant de espaces de liberté, l’opposition a devant elle une énorme responsabilité : celle d’offrir une alternative crédible à la population. On a pu témoigner cette semaine d’une vraie solidarité entre les élus de l’opposition après la suspension burlesque de trois députées dont Arianne Navarre-Marie qui compte 40 ans d’expérience parlementaire et qui est tout sauf une élue tapageuse et provocatrice. Les moments ponctuels d’union ne suffi sent pas. Il faut une équipe, un projet et un calendrier. Sinon ce pays connaitra des lendemains encore plus sombres.

 

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