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Mal au cœur

À quel moment « oublions-nous » la nécessité de protéger les plus vulnérables d’entre nous ?

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Cuisante question que soulève notre actualité récente, marquée cette semaine par la révélation des abus sexuels subis par de jeunes enfants et adolescents fréquentant l’école des Sourds de Beau Bassin.

émoi, colère, dégoût, tous les sentiments y passent en apprenant comment une quinzaine d’élèves âgés de 5 à 14 ans racontent avoir été abusés par l’orthophoniste de 24 ans attaché à leur école. Qui, dans le secret de son bureau, et sous couvert de « thérapies », leur aurait fait visionner des clips pornographiques et les aurait soumis à des gestes « indécents ».

Il reviendra à la cour, à laquelle cet homme a été déféré jeudi dernier, de décider de la suite de cette affaire.

Mais il nous revient aussi de faire la part de toutes les responsabilités dans cette affaire qui parle aussi de nous en tant que société.

Il ne nous suffit pas, pour en finir, de vilipender l’agresseur présumé en le traitant de tous les noms synonymes de monstre. En refusant l’amalgame trop souvent fait entre comprendre et excuser, il faudra aussi faire l’exercice difficile mais nécessaire d’essayer de comprendre d’où viennent ces comportements déviants chez ce jeune homme qui est, lui aussi, l’enfant d’une famille sur laquelle la foudre s’abat. Diverses études montrent que des personnes ayant des comportements prohibés vis-à-vis d’autres personnes ont souvent été elles-mêmes des victimes. Rien ne permet ici de dire que ce serait le cas. Mais force est de reconnaître que selon les relevés officiels, un enfant sur huit serait victime d’abus au cours de son enfance. Et que seule une infime partie de ces cas sont rapportés.

Parce que souvent l’enfant ne sait pas comment en parler.

Parce que souvent il n’est pas écouté et cru s’il en parle.

Parce que souvent, ces abus ont lieu au cœur de la cellule familiale, et que la peur du scandale freine toute possibilité de dénonciation.

Aujourd’hui, nous devons reconnaître que nos lois demeurent insuffisantes pour protéger nos enfants.

Nous devons reconnaître que même lorsqu’elles existent, les lois sont appliquées de façon très « lâche ». On a ainsi pu entendre, lors d’une émission radio cette semaine, le cas de cette enfant qui attend toujours, depuis 11 ans, qu’avance en cour le procès intenté à un transporteur scolaire pour abus sexuels sur elle. Onze longues années…

Nous devons reconnaître que nous ne fournissons pas à nos enfants l’accompagnement professionnel nécessaire. Très peu de psychologues en poste dans nos établissements scolaires. Un seul pédopsychiatre au ministère de la Santé alors que le pays compte quelque 300 000 enfants. Aucun programme scolaire au niveau national pour aider nos enfants et nos jeunes à appréhender des difficultés psychosociales.

Des supposés shelters qui sont souvent comme des zones opaques, où les enfants seraient considérés comme personnes « non-respectables » parce qu’ils sont privés de famille, ont des handicaps divers, et/ou ont des comportements agressifs. En témoigne notamment le cas dévoilé cette semaine également cette jeune pensionnaire d’un shelter de Forest Side, souffrant d’un handicap mental, enceinte, à 17 ans, d’un supposé carer.

Oui, collectivement, nous sommes en train de faillir à nos enfants parce que nous ne sommes pas assez exigeants vis-à-vis des diverses autorités pour qu’elles assument leur rôle capital de protection à leur égard.

Que cette actualité qui nous choque nous donne enfin la force de ne pas nous contenter de l’indignation et d’aller plus loin dans nos exigences pour assurer que nos enfants puissent vraiment être des enfants…

Car il n’y a pas que les violences sexuelles et physiques.

Il y a aussi d’autres formes de violence qui font saigner le cœur.

Comme celle subie par ce jeune adolescent qui a été admis à l’hôpital en état de malnutrition avancée, parce qu’avec les augmentations de prix, sa mère n’arrivait plus à le nourrir… Comment peut-on en arriver là dans une société de l’opulence où les Porsche et les Jaguar pavanent en nombre grandissant sur nos routes ? Quel poids de honte a empêché cette mère de solliciter de l’aide ? Quel poids d’indifférence a fait qu’elle n’en ait pas reçu jusqu’à ce que l’extrême soit atteint ? Sommes-nous devenus incapables de solidarité et d’entre-aide que dans un pays comme Maurice, un adolescent ait failli mourir de malnutrition ?

Qu’est-ce que cela dit pas seulement aux autorités et institutions, mais aussi à chacun de nous ?

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Puisqu’il est question d’enfants et de droits.

Il y a le terrible revers subi cette semaine par les femmes aux états Unis, concernant le droit à l’avortement. Avec la décision de la Cour Suprême des états Unis de renverser la fameuse affaire connue sous le nom de Roe v. Wade. Et dont le jugement, rendu le 22 janvier 1973, reconnaissait aux femmes américaines le droit d’avoir recours à l’avortement à travers les états Unis.

Ceux et celles qui considèrent que « le féminisme est une chose dépassée » parce qu’il a amené certains droits et n’est plus nécessaire, peuvent y réfléchir à deux fois. Ce vendredi, 24 juin 2022, la Cour Suprême des états Unis a aboli le droit à l’avortement. à partir de là, chacun des 50 états américains sera libre d’autoriser ou d’interdire totalement l’avortement sur son territoire. La moitié de ces états ont déjà signifié leur intention de l’interdire.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes toute votre vie » avertissait Simone de Beauvoir.

Désormais donc, dans une bonne partie des états Unis, (où posséder une arme à feu à partir de 18 ans est un droit farouchement défendu), les femmes ne pourront plus décider si elles veulent/peuvent aller de l’avant avec une grossesse ou non. Ou plutôt non. Elles continueront à le décider pour des raisons diverses, viol, problème médical, instabilité émotionnelle, insuffisance de ressources financières, non-désir d’enfant tout simplement. Elles continueront à le décider, et elles seront acculées à mettre leur vie en danger pour se faire avorter illégalement.

Parce que notre hypocrisie générale fait que nous sommes toujours incapables de reconnaître et respecter le libre-arbitre des femmes, éternelles mineures aux yeux des religions et des lois. à Maurice, dans nos hôpitaux, il y a une salle réservée à ce qu’on appelle pudiquement les cas de glise-tonbe. Les femmes qui ont des complications suite à des « pertes » provoquées par des « chutes ». Et elles y sont traitées comme des chiennes.

On avance, on avance, on avance…

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Il s’appelle Paolo. Et ces derniers 6 mois, il en a peut-être plus fait pour les artistes mauriciens de la chanson que tous les ministres dits des Arts et de la Culture de ces dernières décennies.

En décembre 2021, Paolo ouvrait N’Joy à Grand Baie. Un lieu à la fois chill dans l’esprit et chic dans l’aménagement, qui avait une particularité : celle d’axer son offre autour des artistes mauriciens qu’il accueille chaque jour en live. Pas pour faire bruit de fond dans un coin mais pour occuper la place centrale.

Alors que l’ensemble les musiciens-chanteurs de l’île souffrent gravement des séquelles du Covid, tourisme longtemps fermé, restrictions interdisant la tenue de concerts grand public, Paolo va investir dans une scène, avec une sono de qualité. Ayant lui-même été musicien en France, il dit connaître les galères des artistes. à Stephan Rezannah et Jorez Box, il confie d’établir une programmation qui permettra à des centaines d’artistes locaux, semaine après semaine, de se produire, de retrouver le bonheur de rencontrer un public (toujours plus nombreux et enthousiaste), de retrouver une bouffée d’air. Parce que les artistes qui se produisent à N’Joy sont bien reçus, bien traités, bien payés. Comme il se doit.

Coup de pub ? Non. Hommage.

Jeudi dernier, Paolo est mort. Son cœur soudain s’est arrêté de battre. Il avait 53 ans.

En plus de l’émotion que provoque sa mort, Paolo nous laisse un legs, précieux : celui de nous avoir montré, concrètement, que oui, la scène musicale locale, pleine de talent et de vitalité, mérite d’être encouragée, soutenue, intégrée dans un modèle économique rentable, aimée. Pas bêtement censurée, méprisée, reléguée aux arrière-postes.

Ils seront certainement nombreux à remercier Paolo ce week-end lors du concert hommage donné en sa mémoire, en soutien à sa famille, qui était devenue si grande, ces derniers 6 mois…

 

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