- Publicité -

Outrages

Quand dans quelques années on lira les titres des articles de la presse de ces derniers jours, on se demandera, avec raison, si en même temps que l’anticyclone qui a fait baisser la température de quelques degrés, un autre vent ne soufflerait pas sur Maurice. Un vent qui pousse des institutions à se lancer dans des opérations qui les couvrent de ridicule et obligent à se demander si leurs dirigeants se rendent comptent de ce qu’ils font. Commençons par la police. Alors que les critiques sur son fonctionnement inondent les réseaux sociaux après la diffusion de vidéos montrant certains de ses membres se comportant comme des tortionnaires, quelle est sa priorité ? Elle a ouvert une grande enquête sur Ivander Jummun, chanteur du groupe Armada 666, interprète d’une chanson intitulée Polico Crapo, dont les paroles seraient dégradantes — pour ne pas dire outrageantes — et porteraient atteinte à l’image de la police. Selon la police ! Ce morceau, qui n’était pas un succès, est devenu un hit sur les réseaux sociaux depuis que la police a ouvert son enquête. Dans un premier temps, elle a arrêté un marchand de sorbet… parce qu’il écoutait cette chanson ! Puis, la police a affirmé que cette chanson a été diffusée dans un mariage où des enfants l’auraient écoutée, ce qui serait, d’après elle, un délit. Mais qui faut-il punir dans ce cas précis : le chanteur, celui qui a diffusé la chanson pendant le mariage ou les enfants qui l’ont écoutée ? Ce que la police ne semble pas réaliser, c’est que c’est à cause de ses agissements que Polico Crapo est devenu un succès national avec plus de DEUX MILLIONS de vues sur YouTube quand elle a arrêté le marchand de sorbet. Il est à parier que l’arrestation du chanteur, cette semaine, va provoquer un regain de popularité de la chanson. En fin de compte, le meilleur agent de la chanson et celui qui fait augmenter ses ventes et ses vues sur YouTube est… la police elle-même. En ce qui concerne l’image dégradée de la police, c’est aux flics que la police doit s’en prendre. Car après l’arrestation du marchand de sorbet, les internautes se sont intéressés davantage à découvrir cette chanson. C’est après l’avoir écoutée et s’être rendu compte qu’il n’y avait rien d’outrageant dans les paroles qu’ils ont écrit les commentaires ironiques sur les réseaux sociaux qui ont blessé la police et l’ont poussée à ouvrir cette enquête. Est-ce un vent mauvais qui souffle sur le pays ou est-ce que, malgré l’hiver, les flics sont en délire ?

- Publicité -

On dirait que c’est le même vent qui a soufflé fort en fin de semaine au Parlement. Alors que l’on croyait nos ministres plongés dans les débats sur le budget, on a découvert qu’une d’entre eux était plongée dans les bras de Morphée, comme l’a révélé une photo prise par un membre de l’opposition. Et au lieu de reprocher à la ministre de ronfler pendant les débats, le Speaker a fait ouvrir une enquête pour savoir qui avait pris la photo. Quand la “coupable” fut identifiée comme étant la députée rouge Stéphanie Anquetil, elle fut convoquée dans le bureau du Speaker et sommée de présenter ses excuses à la Chambre. C’est donc un délit de photographier une ministre en train de dormir au Parlement, mais ce n’est pas un délit de le faire ! Ulcérée par cette politique de deux poids deux mesures, la députée fit remarquer à un confrère que dans son cas, l’enquête avait été ultra rapide, mais que dans d’autres — notamment celle ou on entendit une voix féminine proférer des jurons — elle n’aboutissent pas. Et elle ajouta : « Voilà ce qu’est le temple de la démocratie. » Comme la police avait été blessée par la chanson Polico Crapo, une députée de la majorité ressentit une intense souffrance en lisant la phrase de Stépahnie Anquetil. Vendredi soir, elle fit part de sa grande souffrance à la Chambre en arguant que sa collègue avait commis un outrage au Parlement et qu’il fallait saisir le DPP pour de possibles sanctions contre elle et contre le journal qui avait publié ses propos. Cette “motion” fut secondée par une autre députée et votée par la majorité. Voilà à quoi les députés ont passé leur temps, vendredi soir : à voter une motion pour référer une de leurs collègues au DPP parce qu’elle avait photographié une ministre en train de ronfler pendant les débats. Une des ironies de ce gag parlementaire est que la ministre endormie a probablement voté en faveur de la motion…

Est-ce que cette enquête et cette motion vont rétablir l’image de la police et du Parlement qui se disent outragés ?

- Publicité -
EN CONTINU

l'édition du jour