Curieuse cette façon d’annoncer brusquement les élections villageoises. Il semble que, comme pour l’annonce des dernières élections générales, Pravind Jugnauth ait voulu jouer de l’effet de surprise pour dérouter ses adversaires.

Mais le MSM n’a pas d’adversaires puisqu’il est connu qu’aucun grand parti ne participe aux élections villageoises, en les laissant aux villageois, ce qui est une bonne chose. Il est également de notoriété publique que tout en n’étant pas impliqué directement dans ces élections, les grands partis, surtout le MSM et le PTr, tirent les ficelles officieusement afin de pouvoir espérer contrôler les Conseils de districts où les villages sont représentés. En tout cas, il semble que les villageois soient, eux, très intéressés par ces élections, déjà renvoyées en deux occasions, si l’on se réfère au nombre d’alliances et de partis inscrits.

À vendredi, date de clôture des inscriptions, 610 groupes s’étaient fait enregistrer, ce qui représente 200 de plus qu’aux dernières élections. Il y aura, donc, 5490 candidats – dont 2440 femmes pour respecter une clause de la loi Aimée sur les administrations régionales – inscrits pour le Nomination Day, samedi prochain. Ces élections seront aussi marquées par une grande première : la Commission électorale annonce que pour la première fois dans l’histoire du pays, les résultats du vote seront comptabilités et proclamés le soir même des élections. Ce qui mettra fin à une pratique héritée du passé qui consistait à faire le dépouillement le lendemain, les bulletins de vote étant gardés sous scellés la veille au soir par les soldats de la Special Mobile Force, eux-mêmes surveillés de près par les agents des candidats. Mais eu égard aux critiques faites contre l’organisation des dernières élections, espérons que la Commission électorale prendra toutes les mesures pour que les villageoises soient visiblement free and fair. Que ce soit au niveau de la liste des électeurs, du traitement informatique des votes ou celui de la règle magique du comptage des bulletins…
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Les ministres des Finances semblent avoir besoin de formules pour marquer leur passage. C’est ainsi que le tout dernier en date – dans une tentative de faire oublier sa Contribution Sociale Généralisée, dont on ignore toujours les détails de la mise en pratique – avait annoncé, il y a quelques jours, qu’il avait noté des signes de reprise de l’économie mauricienne. Ce qui semblait prouver que les mesures qu’il avait prises pour lutter contre les conséquences économiques de la covid 19 avaient donné des résultats positifs. On s’est dit que, finalement, Maurice avait toujours sa bonne étoile et qu’alors que les économies du monde entier, dont ceux des grands pays, plongent et que la récession devient un mot commun, comme le port des masques, Maurice parvenait à tirer son épingle du jeu économique.

Avec cette reprise annoncée, l’actuel Grand Argentier devenait, du coup, le meilleur ministre des Finances de notre histoire, battant de loin ses prédécesseurs. Mais voilà que, vendredi, quelques jours à peine après l’annonce de la reprise, le même ministre nous a annoncé, avec le même sérieux de celui qui sait, que Maurice est en récession économique. Mais alors, soulignent les économistes avec une touche d’ironie qui n’est pas passée inaperçue : comment peut-il y avoir de reprise dans une année de contraction économique ? Serions-nous en train d’assister a un autre miracle économique mauricien ou de découvrir une nouvelle doctrine économique révolutionnaire inventée par le dernier Grand Argentier ?
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Comme tous les leaders de partis politiques, Navin Ramgoolam est un grand démocrate, aussi longtemps que son leadership n’est pas remis en question. Pratiquement tous les leaders des partis politiques mauriciens restent en poste même après les défaites électorales subies par leurs partis suite à leurs stratégies. Quand ce leadership est, même de très loin, remis en question, le démocrate se transforme en autocrate et adopte le vocabulaire des lider maximo. C’est ce que vient de faire Navin Ramgoolam suite à des souhaits selon lesquels il serait mieux pour l’avenir du PTr qu’il abandonne son leadership. Après avoir déclaré au congrès de Kawal Nagar que “mo pou allé quand mo pou envi !”, il a, en fin de semaine dernière, précisé sa pensée sur ce sujet par une formule lapidaire : “J’y suis, j’y reste.” Plus démocrate que ça, tu meurs !