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Une dérive complète

Non, il n’y a rien d’anecdotique, d’accidentel ou de fortuit dans tout ce qui se passe dans le pays. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, une dérive complète, est la conséquence d’un exercice du pouvoir autoritaire, intolérant, répressif et qui présente des caractéristiques fascistes. Et le pire, c’est qu’il verse, en plus, dans le sectarisme le plus abject et répugnant dès que la situation se retourne contre lui.

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L’Immigration Bill, ce projet controversé qui fait du Premier ministre le décideur exclusif et définitif de nos amours, de nos envies, de nos vies et du sort de nos enfants, est l’exemple le plus éloquent de ce que cette dérive représente.

Si on veut chercher des symptômes de ce qui ne va pas, il y en a beaucoup. MedPoint est, entre autres, un puissant symbole. Le scandale du siècle n’en finit pas de se réinventer. Après toute la saga autour du volet de la corruption, voilà que 12 ans après, les patients en attente de leur centre de cancérologie auront encore patienter parce que le site de MedPoint, où il été construit, est sur un genre de marécage qui exige des aménagements supplémentaires.

Mais venons-en au scandale du moment. La démission de Sherry Singh a été un vrai coup de tonnerre. Ce n’est certainement pas le départ du jeudi de quelques faux militants, fragilisés et appâtés par quelques prébendes immédiates que fait miroiter le Monsieur Merveille de Pravind Jugnauth. L’ancien directeur général de Mauritius Telecom est sorti, a dit et cela a fait boum à la figure du Premier ministre. Il est tellement habitué aux courbettes permanentes de ses suiveurs que, dès qu’on le contredit, il perd ses moyens et raconte n’importe quoi. La réaction du Premier ministre sur l’intrusion à Baie-du-Jacotet a été une suite d’approximations lorsque ce ne sont pas carrément des contre-vérités qui ont été balancées au public.

Il cite des lettres, celles du 21 octobre et du 20 décembre 2021 à l’Assemblée nationale, mais ne les dépose même pas en prenant pour prétexte qu’elles se trouvent entre les mains de la police qu’il a alertée au crépuscule du 11 juillet. Comme si des copies ne pouvaient pas, au moins, être circulées. Mais il ne l’a pas fait parce que, comme l’a souligné Xavier Duval mardi dernier au Parlement, aucune de ces correspondances ne fait de mention spécifique de « survey ». Son fameux « survey », terme bateau qui cache les pires intrusions.

D’autres faits révélés de ce dossier de « sniffing » par une tierce partie sont très embarrassants pour le Premier ministre et pour tous ceux qui ont fabriqué du matériel, document ou rapport, pour essayer de le tirer d’affaire. Les dates citées par l’une et l’autre des parties engagées dans ce bras de fer corroborent rarement. La lettre du 2 juillet, écrite sous contrainte, un samedi, par le Chief Technical Officer, deux jours après la démission de Sherry Singh et le lendemain de son grand déballage, devait servir d’absolution au chef du gouvernement, mais lorsqu’il a été révélé que cette missive était le résultat d’une bataille de mots et une foire d’empoigne, plus personne n’a cru dans la crédibilité de son contenu.

L’élément important qui est sorti du dossier est qu’il y a un rapport, le vrai, rédigé par le CTO Girish Guddoye le 12 juillet et adressé, non pas aux subordonnés de Pravind Jugnauth au PMO, au commissaire de police ou à ses hommes de loi personnels, mais au directeur général de MT, le Français Michel Degland, et à la conseillère légale de l’opérateur historique de téléphonie, Velamah Cathapermal-Nair. Si la lettre du 2, obtenue sous la contrainte, avait été écrite dans un langage résolument équivoque et délibérément diplomatique, celle du 12 est limpide quant à ce qui s’est réellement passé le 15 avril dernier à Baie-du-Jacotet. Et avec les images et les explications fournies vendredi soir, il n’y a plus de place pour le doute. Tout cela conforte la thèse défendue par Sherry Singh depuis le début.

Le Premier ministre et leader du MSM ne pourra pas, cette fois, faire comme à son habitude. Il ne pourra pas s’abriter derrière le commode et stupide alibi que Navin Ramgoolam, Paul Bérenger, Arvin Boolell ou Xavier Duval ont eux aussi fait sauter les verrous de Baie-du-Jacotet pour autoriser l’intrusion de tierces personnes. Ceux-là ont, certes, leurs défauts, mais ils n’ont jamais été des « marionnettes sponsorisées » prises la main dans le sac en train de se soumettre à des étrangers pour des basses œuvres et des actes illégaux qui sont nuisibles à la nation mauricienne.

Après la divulgation de ces faits d’une extrême gravité, pas de trace du Premier ministre, alors que le pays est dans l’attente d’une décision forte et immédiate de sa part. C’est Deepak Balgobin et Bobby Hureeram qui ont été envoyés au front hier pour une parade. Rien de bien signifiant sur le fond, sur les faits désormais connus du grand pubic mais, encore une fois, il s’agirait, selon les porte-parole du PM, d’un complot politique et d’une guerre d’audience entre deux médias. C’est médiocre, c’est léger et c’est surtout pathétique.

Et même s’il n’y a pas eu de conférence de presse de Kalpana Koonjoo-Shah et de ses soutiens de poids que sont Sandra Mayotte et Dorine Chukowry, grande experte du micro, hier, il nous revient que, suite à l’incident survenu durant le concert de Pawandee Rajan-Arunita Kanjilal à Cote d’Or vendredi soir, KKS a juré qu’elle n’y mettra plus jamais les pieds, à moins que les gestionnaires de ce lieu, pourtant presque sacré pour le Premier ministre, ne démissionnent.

On prévoit une marche de protestation des organisations socioculturelles et même des dépositions aux Casernes centrales pour exiger que ceux qui, lors d’un joyeux concert vendredi, ont osé huer la ministre de l’Egalité du Genre, soient identifiés et forcés à présenter des excuses publiques et devant l’Hôtel du gouvernement à la défenderesse en chef du Premier ministre.

Il y a tant de pitreries de la part de la nouvelle génération du Sun Trust qu’il faut de temps en temps prendre le pari d’en rire. Mêmes lorsqu’elles peuvent s’avérer dangereuses.

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